
Durant plus d'un mois au printemps 2026, une enquête publique organisée par l'État a permis d'étudier de plus près le projet d'A31bis, pensé spécifiquement pour améliorer la circulation vers et depuis le Luxembourg.
Péage, tunnel, report de trafic, pollution et nuisances pour les riverains et les usagers ont notamment été abordées une dernière fois. Ce temps d'échanges a notamment permis aux opposants de faire valoir leurs arguments, sur le projet globalement, mais également d'alerter sur certaines spécificités du dossier et de demander des adaptions. Une dernière chance de se faire entendre avant que l'État ne s'engage dans la dernière ligne droite.
Une commission d'enquête s'est réunie cet été et a livré ses conclusions fin août 2026, accordant un avis favorable au projet de déclaration d'utilité publique, à condition de lever certaines réserves.
Annoncé sans frais pour l'État français, l'élargissement de l'A31 et la création d'un tunnel sous Florange pour contourner Thionville seront financées par la mise en concession auprès d'un gestionnaire privé et l'installation d'un péage. L'A31bis sera donc payée par les usagers.
Dans ses conclusions, la Commission d'enquête rappelle que l'État a fait du péage une condition indispensable de la future A31. L'État ayant maintes fois insisté sur son incapacité (et en filigrane, son manque de volonté) de financer lui-même les travaux. Le péage est "indissociable" du projet, relève la commission.

Avec une facture estimée pouvant atteindre 8€ par jour (donc plus de 160€ par mois), le coût du péage reste une crainte pour les usagers. Et un motif de colère face au possible enrichissement du concessionnaire sur les dos des automobilistes. Bien que les contours du coût moyen pour l'usager ne soient pas encore connus, les prix déjà estimés sont "cohérents" avec ce que les automobilistes devront payer.
La commission rappelle que l'État devra encadrer les tarifs pratiqués et devra encourager le concessionnaire à proposer des abonnements (pour réduire le coût final qui pèse sur les frontaliers) et à encourager une modulation du prix en heures creuses. "De la même manière, une réflexion sur un tarif différencié pour les covoitureurs semble être opportune."
Enfin, la réflexion reste ouverte concernant la concession. Une durée relativement courte pourrait être envisagée afin de mieux faire jouer la concurrence sur cet axe emprunté par plus de 80.000 personnes.
L'installation d'un péage fait craindre un report important des automobilistes vers le réseau secondaire. Réseau qui traverse plusieurs communes n'ayant pas été pensées pour accueillir un trafic motorisé de ce type. Et qui sont déjà victimes d'une pollution sonore, visuelle et atmosphérique due à la circulation automobile quotidienne au départ ou à destination du Grand-Duché.
Comme le note la commission, "aucun bénéfice du projet ne semble pouvoir être espéré pour les habitants de ces territoires proches de frontière, et plus globalement des communes situées au nord de Thionville". Il est même à craindre que les riverains de l'A31 "ne subissent que les effets négatifs du projet".
La commission a donc émis "un avis réservé" sur ce point. Elle demande de "tout mettre en œuvre" pour éviter un report du trafic sur le réseau secondaire. Notamment via des tarifs adaptés, qui encourageront les frontaliers et les véhicules en transit "à rester sur l'autoroute". Ainsi qu'à instaurer "des tarifs modérés" à certaines heures. Elle incite enfin la Dreal à "exiger" du futur concessionnaire qu'il accompagne les communes, y compris financièrement, pour s'adapter et limiter le report de trafic.
Long de 2,6 km, le tunnel doit permettre de passer sous la ville de Florange et de relier l'A30 à l'A31, depuis Fameck jusqu'à l'échangeur du Bois de l'Etoile.
Côté sud, un échangeur doit remplacer l'infrastructure existante à hauteur de la zone Sainte Agathe (voir plus bas), puis créer un tronçon autoroutier à 2x2 voies jusqu'à Florange. Une entrée de tunnel sera créée à proximité de la rue nationale. L'État s'est engagé à allonger la partie souterraine sur cette zone afin de limiter les nuisances sonores pour les riverains.

Côté nord, le tunnel doit sortir de terre à environ 200 mètres de l'allée des marronniers, puis l'autoroute longerait Terville et la D653 pour récupérer l'A31 déjà existante et passerait à 2x3 voies à partir de l'échangeur de Bétange. Une station de mesure de la qualité de l'air devra être installée près de la tête du tunnel (c'est l'une des réserves formelles de la commission au projet).
La Dreal s'est engagée à faire constater par huissier les effets du percement du tunnel sur les habitations voisines. "De fait, les riverains auraient l’assurance que les dommages seraient à la charge du concessionnaire sachant que le Tribunal judiciaire le mettrait en demeure en cas de dommages éventuels" conclut la commission.
Les gains de temps annoncés sur des trajets entre Richemont et le Luxembourg (8 à 9 minutes en moyenne) avaient été accueillis avec scepticisme par les automobilistes et les opposants à l'A31bis. Après comparaison avec un projet voisin (le contournement ouest de Strasbourg), la commission d'enquête a toutefois jugé que les données partagées par la Dreal étaient "pertinentes".
Elle note surtout que le contournement par le tunnel permettra d'alléger la traversée de Thionville, qui sera déclassée, notamment en redirigeant obligatoirement les camions vers la nouvelle A31.
Au-delà du gain de temps attendu, la commission estime que le principal bénéfice pour les usagers sera une meilleure "fiabilité" du temps de parcours. Dit autrement, les particuliers comme les entreprises feront moins souvent face au caractère imprévisible d'un trajet sur l'A31.
Malgré tout, il est attendu que le trafic s'intensifie de 30% sur le sillon lorrain d'ici 2050, avec une "diminution relative de la fluidité" à horizon 2050. Soit 15 ans environ après la possible mise en service de la nouvelle infrastructure.

Sujet sensible et menaçant de nombreux emplois, l'échangeur permettant la création du nouveau tronçon autoroutier pour rejoindre le tunnel depuis l'A30 va empiéter sur une partie de la zone industrielle Sainte Agathe. Plusieurs entreprises représentant quelque 700 emplois vivent toujours dans l'incertitude. Certaines sont menacées d'expropriation et de relocalisation.
La Dreal Grand Est, maître d'ouvrage de l'A31bis, "a entendu ces préoccupations et s’engage à revoir l’échangeur pour réduire considérablement l’impact sur les entreprises et donc le besoin en relocalisation". La commission lui recommande de vite éclaircir les zones d'ombre qui subsistent sur le tracé du nouvel échangeur de Sainte Agathe.
Concernant la relocalisation des entreprises, la commission juge "inopportune" la solution évoquée précédemment : implanter les entreprises sur une zone agricole voisine du domaine de Bétange et de l'allée des marronniers.

Les propriétaires du domaine de Bétange, site classé aux Monuments historiques, sont historiquement opposés au projet. Et dénoncent la pollution sonore, visuelle et atmosphérique induite par la circulation autoroutière.
En plus du dérangement de la faune locale, ils craignent également la création du tunnel juste sous l'allée des marronniers. Selon la Dreal, le tunnel serait toutefois créé "à plus de 12 mètres de profondeur" sous l'allée, sous le système racinaire de ses arbres bientôt doublement centenaires. Une affirmation que la commission d'enquête assure avoir vérifiée "par plusieurs sources dont la Société Nationale d’Horticulture de France".
L'enquête publique a pris fin le 27 juin 2026. À partir de cette date, l'État a un an et demi au maximum pour réaliser, ou refuser, la déclaration d'utilité publique. L'État rédigera ensuite un cahier des charges pour mener les travaux de l'A31 avant de publier un appel d'offre pour choisir un concessionnaire. Les travaux ne devraient pas débuter avant 2031, au mieux. À terme, l'A31 devrait ressembler à la portion d'A3 déjà rénovée : une bande d'arrêt d'urgence ouverte aux transports en commun et trois voies de circulation par sens, dont une voie de gauche éventuellement réservée aux bus et au covoiturage.