Le projet d'A31bis embête aussi les entreprises. À Florange, la création d'un tunnel sous la ville va s'accompagner d'une reconstruction complète de l'échangeur de Sainte-Agathe. Celui-ci deviendra le nœud principal de la nouvelle A31 et assurera la jonction entre la partie sud vers Metz (l'autoroute sera à 2x3 voies de l'échangeur jusqu'à Richemont), le tunnel sous Florange (en 2x2 voies), l'A30 vers Longwy et la D652 (2x2 voies qui serpente jusqu'à Rombas et aurait dû se prolonger à travers Florange il y a des années).
En plus du passage à quelques mètres d'habitations à Florange, la construction de cette portion de l'A31bis va nécessiter l'expropriation de plusieurs entreprises pour faire passer le nouveau tronçon autoroutier, qui plongera sous terre juste après avoir traversé la zone industrielle. C'est également là que le projet prévoit la création du très coûteux "péage de Sainte-Agathe". Il fonctionnera en "flux libre", c'est-à-dire sans barrière.
Comme le dit l'adage, même en voulant "limiter au maximum l’impact du projet sur cette zone d’activité et les entreprises qu’elle accueille", l'omelette ne se fera pas sans casser des œufs. Les expropriations ont non seulement un coût financier important (environ 61 millions d'euros sur les 898 millions d'euros hors taxes estimés pour la réalisation du projet), mais ont surtout un coût humain immense. Une procédure qui brouille déjà l'État et les entreprises.
William Pedrini, directeur de CMI équipement, menacée d'expropriation, n'a pas caché sa colère : "On a décidé de supprimer la moitié de cette zone Sainte-Agathe pour faire passer l'autoroute. Et à aucun moment on ne considère ni l'emploi, ni le social, ni les employés. Aujourd'hui, on voudrait connaître notre avenir et personne n'est capable de nous le dire."
À ce stade, 17 sociétés et 700 emplois directs sont menacés. La "seule solution concrète" évoquée auprès des entreprises concernées est une délocalisation vers une nouvelle zone économique qui serait créée de l'autre côté de la ville de Florange.

Cet espace de substitution, une zone agricole, est plus petit que la zone Sainte-Agathe. Et est surtout voisin de l'allée des Marronniers, dont la récente inscription aux monuments historiques souligne l'absurdité de la situation. "J'ai du mal à croire qu'on nous laisse installer une zone industrielle à côté d'un site qui vient d'être classé" juge William Pedrini.
Et si installation il devait y avoir, à quel prix se ferait-elle ? Selon le chef d'entreprise, l'enveloppe de 33 millions d'euros prévue par l'État pour indemniser les sociétés est au moins trois fois inférieure au coût attendu d'un tel déménagement. Sans parler des normes de construction potentiellement plus restrictives à proximité d'un monument historique.
Le directeur de CMI équipement n'est pourtant pas opposé au projet d'A31bis mais regrette sa tournure. "Une jonction A30/A31, économiquement parlant, c'est intéressant pour vraiment lier le Val de Fensch au thionvillois mais en espérant ne pas sacrifier tout ce qui fait vivre le territoire : les entreprises concernées."
Au domaine de Bétange, ce projet s'apparente à une double peine : l'entrée du tunnel et la zone économique encercleraient le site. La propriétaire-gestionnaire et membre de l'Association de Sauvegarde du Site de Bétange, Fanny Aymer, dénonce une décision vide de sens. "Le tunnel a été envisagé pour préserver l'allée des Marronniers et on veut nous installer ici des entreprises avec des enseignes lumineuses, un flux supplémentaire de camions, des constructions pas toujours très esthétiques, à proximité d'un corridor écologique qui va se retrouver pris en étau par ces terrains artificialisés. C'est quelque chose de totalement insoutenable et inaudible. C'est une nouvelle fois la démonstration qu'il y a des effets cumulés de ce projet d'A31bis qui montre que c'est une absurdité totale."

Les effets de pollution visuelle, lumineuse, atmosphérique et sonore seront effectivement néfastes pour les espèces animales et végétales abritées par le domaine. Dont l'importance patrimoniale et paysager n'est plus à prouver.
Il faudra attendre la fin de l'enquête publique et patienter fébrilement durant plusieurs mois pour savoir si le projet sera déclaré d'utilité publique. Même en cas d'approbation par l'État, l'A31bis nécessitera ensuite plusieurs années de procédures et de travaux avant de voir le jour. Sans compter les possibles recours en justice évoqués par les opposants à sa construction.