La "malheureuse et délicate" affaire WilmesLe Dr Schockmel serait content "d'en savoir plus sur le fond" de l'affaire

Carine Lemmer
traduit pour RTL Infos
Le docteur Gérard Schockmel a qualifié mercredi sur RTL l'affaire Wilmes, du nom du chirurgien orthopédiste suspendu parce qu'il est suspecté d'avoir pratiqué des opérations non nécessaires, de "malheureuse et délicate".
© Carine Lemmer

Normalement, le seuil de réticence d’un médecin à dénoncer un confrère est très élevé”, a déclaré mercredi matin sur RTL le député DP et médecin Gérard Schockmel à propos de l’affaire concernant le docteur Wilmes.

Ce qui est généralement constaté comme problème dans le secteur de la Santé, c’est que les médecins ne signalent justement pas lorsqu’ils remarquent que des choses ne tournent pas rond chez des confrères. Et bien sûr, celui qui dénonce doit être certain de ce qu’il avance, sinon le retour de flamme peut être violent”, a-t-il ajouté, en concédant “nous serions contents d’en savoir un peu plus sur le fond.

Le docteur Schockmel réclame depuis des années davantage de qualité et plus de sécurité pour les patients. Dans ce domaine, nous sommes très mal positionnés au Luxembourg, estime le médecin.  Si dans cette affaire, “cela reste encore à déterminer”, comme le souligne celui qui est aussi député, “un problème survient généralement lorsqu’un médecin ne respecte pas les normes communes reconnues et suit sa propre voie. Autrement dit, dans la gestion de la qualité, des normes communes sont véritablement essentielles, car c’est la seule aide et la seule référence permettant de garantir qu’une procédure est maîtrisée. Si chacun fait autrement, ou à sa manière, ou bien s’il n’existe aucune procédure, alors il n’y a pas de maîtrise non plus. Et lorsque nous parlons de gestion de la qualité dans le système de santé, nous parlons toujours aussi de sécurité des patients, car les deux sont directement liés”, selon le député DP. C’est pourquoi des normes communes, par exemple pour déterminer quand une intervention est appropriée, sont importantes.

Manque de supervision dans les hôpitaux

La gestion de la qualité et des normes communes sont donc essentielles. “Le problème au Luxembourg, c’est la  liberté thérapeutique, qui peut être interprétée plus largement ou plus strictement”, souligne Gérard Schockmel. “Le fait est que si un médecin dit : ‘je décide comme je veux’ et si l’hôpital souhaite peut‑être proposer une certaine démarche, le médecin peut toujours répondre : “non, j’ai la liberté thérapeutique, je fais comme je l’ai toujours fait”. Et c’est évidemment là que réside le problème.” 

Un autre “handicap” du système luxembourgeois est aussi le manque de hiérarchie et de supervision dans les hôpitaux, estime Gérard Schockmel. “C’est un fait que l’hôpital a la responsabilité de garantir la sécurité des patients. Et avec cette responsabilité vient aussi un devoir de supervision.” À l’étranger dans les hôpitaux universitaires, il existe des notions telles que “médecin-chef” ou " chef de service”, “cette hiérarchie-là n’existe pas chez nous”, souligne le médecin.

Au Luxembourg, “nous avons effectivement des directeurs médicaux. Je dirais cependant que ce sont des directeurs médicaux qui, en réalité, n’en sont pas vraiment, puisqu’ils n’ont pas de véritable pouvoir d’instruction en matière médicale.” En plus, ce directeur médical travaille le plus souvent à temps partiel. Il s’occupe principalement de ses patients et de son cabinet. “Et un directeur médical n’a pas forcément envie de se rendre impopulaire auprès de ses confrères en les surveillant de trop près”, ajoute Gérard Schoclmel. “Ces deux éléments - l’absence de pouvoir d’instruction en matière médicale et le fait que personne ne souhaite jouer au shérif - s’opposent naturellement à l’obligation de supervision. Et cela peut être problématique.

Un centre qui regroupe tous les résultats

Le Dr Gérard Schockmel plaide pour un “centre d’excellence médicale”. Celui-ci figure également dans l’accord de coalition. Un tel centre, où tous les résultats de traitement seraient enregistrés numériquement, serait maintenant très important. Car l’objectif est de pouvoir identifier les points faibles. Avec des données concrètes et structurées, ceux-ci pourraient être détectés, afin de permettre des améliorations. Pour cela, il faut toutefois aussi une meilleure et véritable numérisation. Dans ce domaine, le Luxembourg est vraiment en retard.

En ce qui concerne la formation continue des médecins, le député libéral voit également une grande marge de progression. “Le Luxembourg est la lanterne rouge en Europe en matière de formation continue”, selon le médecin. “La loi prévoit que chaque médecin doit se tenir à jour, tant en ce qui concerne ses connaissances que les règles de l’art”, mais dans les faits rien n’est prescrit, rien n’est contrôlé.

Ce qu’il faut, c’est un système — un système de reconnaissance — qui définisse clairement ce qui est exigé d’un médecin en matière de formation continue au cours d’une année, un système de validation tel que celui prévu dans le programme gouvernemental”. Le député espère qu’un tel système sera mis en place avant la fin de la législature.

Back to Top
CIM LOGO