Au terme d'une année chargée, le Grand-Duc Henri a fait part de son émotion ressentie lors d'événements difficiles survenus en 2019, comme le décès de deux militaires dans une explosion au Waldhof, les obsèques du Grand-Duc Jean et la destruction de nombreuses habitations par une tornade le 9 août. Il a également évoqué des moments de joie, de satisfaction et d'espérance. Notamment à l'annonce de la naissance l'an prochain du premier enfant du Grand-Duc héritier Guillaume et de la Grande-Duchesse héritière Stéphanie.
Le Grand-Duc Henri a également rappelé qu'il était fier du succès du forum "Stand Speak Rise Up" soutenu par la Grande-Duchesse Maria Teresa et d'avoir vu l'archevêque Jean-Claude Hollerich devenir cardinal sous l'impulsion du Pape François.
Son discours reflète également un devoir de mémoire, 75 ans après le débarquement en Normandie et quelques jours après la commémoration de la bataille des Ardennes.
Le Grand-Duc Henri a conclu sa déclaration par un appel à la tolérance et à la solidarité, au respect des droits fondamentaux et à la promotion des valeurs piliers du Luxembourg.
Son discours, prononcé en langue luxembourgeoise, a été traduit par la rédaction.
Mes chers compatriotes,
En jetant un regard en arrière sur cette année, nous pouvons dire qu'elle a été marquée par de nombreuses et intenses émotions.
Il y a eu de la tristesse, mais aussi de la joie, des souvenirs et de l'espérance. Tous ces sentiments sont très personnels, mais ce sont eux qui font que les êtres humains se rassemblent et grandissent ensemble. Nous l'avons déjà souvent prouvé en tant qu'Etat. Nous pouvons nous réjouir ensemble et nous pouvons aussi pleurer ensemble.
C'est ainsi qu'en février, tout le pays s'est associé au deuil des familles des deux soldats du Service de déminage, qui ont trouvé la mort au dépôt de munitions de Waldhof dans l'explosion d'une bombe de la Deuxième Guerre mondiale. En cette année, où nous célébrons à travers tout le pays le 75e anniversaire de la libération du Luxembourg, les vestiges de la guerre ont coûté un lourd tribut.
Le chagrin est aussi une émotion que tout le pays et bien au-delà des frontières, a partagé avec moi et ma famille, quand nous avons dû, le 23 avril, dire adieu au Grand-Duc Jean. Nous avons perdu un père bon et attentionné. Il nous laissera le souvenir d'un chef d'Etat dévoué et admirable.
C'est toute une population sous le choc qui a fait preuve d'une grande solidarité, quand, au cœur de l'été, une tornade a frappé le sud du pays, entraînant la dévastation sur son passage.
En ce jour, la Grande-Duchesse et moi nous sentons particulièrement proches de tous ceux qui ont souffert cette année.
Ce fut une grande joie pour moi de voir l'énorme succès du forum "Stand Speak Rise Up", qui s'est tenu en mars à l'initiative de la Grande-Duchesse. Il a non seulement pointé du doigt une réalité épouvantable, mais aussi célébré la vie et la survie. Des milliers de gens se sont mobilisés pour vaincre le passé et réaliser quelque-chose de positif, pour rendre le monde un peu meilleur.
L'élévation de l'archevêque Jean-Claude Hollerich au rang de cardinal à Rome a honoré et réjoui l'Eglise catholique au Luxembourg.
Nous avons tous été très heureux aussi à l'annonce de la nouvelle que le Prince Guillaume et la Princesse Stéphanie vont avoir un enfant l'an prochain.
Cette année a également été placée sous le signe du souvenir. Les cérémonies de commémoration organisées dans tout le pays pour le 75e anniversaire de la libération nous ont rappelé combien nous devions être reconnaissants vis-à-vis de ceux qui se sont engagés pour notre liberté et la défense de nos valeurs. Un engagement qu'ils ont trop souvent dû payer de leur vie.
Ce qui nous reste, c'est la liberté, la mémoire et l'espoir que la guerre ne soit plus jamais considérée comme une solution.
Mes chers compatriotes,
À chaque instant, nous constatons combien notre monde et notre environnement changent rapidement. Seule notre capacité d'adaptation, en tant qu'individu ou en tant que collectivité, nous permet de suivre la cadence. Ce soir, je souhaite revenir sur quelque-chose qui, à mes yeux, est tout aussi important que les êtres humains, leurs repères et leurs racines.
La modernité ne doit pas être conditionnée à l'abandon de nos racines et à la perte de notre identité. Les valeurs sur lesquelles sont fondées notre vie commune, ne doivent pas être relativisées au point que nous ne les reconnaissions plus.
Tout être humain doit pouvoir bâtir sa vie sur des fondements solides et avoir des repères.
Le cadre institutionnel et démocratique dans lequel nous évoluons depuis des décennies, nous procure une grande stabilité politique. Ce cadre est aussi le fondement de la liberté d'expression ainsi que des droits et des libertés garantis à chaque citoyen. Ils ne sont pas des évidences, mais des acquis précieux pour lesquels il faut sans cesse renouveler notre engagement.
La façon dont nous nous comportons ici les uns avec les autres, dans notre société, dans notre famille ou dans notre cercle d'amis sont des repères importants, pour que chacun trouve sa place. Le cadre familial joue un rôle irremplaçable, même si malheureusement tout le monde n'a pas la chance d'avoir une famille. Au Luxembourg, nous voulons écrire le mot solidarité en majuscules. Nous y parvenons souvent, mais pas toujours. Nous devons poursuivre l'effort. Nous pouvons cependant être fiers que notre sentiment de solidarité ait fait ses preuves lors de moments importants. Seuls, nous atteignons rapidement nos limites.
Des opinions politique ou morales, des idées philosophiques ou religieuses contribuent aussi au fait que nous ne nous considérons pas seulement en tant qu'individu, mais en tant que partie d'un tout. Aussi différentes soient-elles dans notre société pluraliste, les opinions ont le plus souvent les mêmes prémices: que nous pouvons changer le monde, que le progrès est possible pour un avenir meilleur.
C'est pour cela qu'il est important d'avoir des idéaux et des modèles, ou au moins de croire en des valeurs solides, telles que le respect, la compassion et la tolérance pour nos semblables.
La culture, la langue et les traditions sont aussi des repères importants et constituent une partie du ciment qui fonde notre vie ensemble.
Mes chers concitoyens,
Noël est un moment important de l'année pour la plupart d'entre vous. C'est une belle tradition que nous associons avec des sentiments tels que la joie, l'amour et les souvenirs.
Nous pouvons être heureux et reconnaissants envers ceux qui partagent notre route, qui nous accompagnent ou qui sont là pour nous.
La vie nous confronte parfois à de durs défis. Il est alors essentiel de ne pas renoncer et de ne pas désespérer, mais de se relever et d'aller de l'avant.
Mes chers compatriotes,
Avec la Grande-Duchesse, le Prince Guillaume, la Princesse Stéphanie et tous nos enfants, nous vous souhaitons du fond du cœur de passer de très bonnes fêtes de Noël et une nouvelle année pleine de joie et de succès.