
L‘Orange Week, la campagne annuelle destinée à sensibiliser la population aux violences faites aux femmes, a cette année pour slogan "Toutes les 10 minutes, une femme est tuée par son compagnon ou par un parent". Son lancement officiel a eu lieu lundi à Luxembourg-ville.
L’objectif de l'Orange Week est d’attirer l’attention sur l’escalade alarmante de la situation, qui ne cesse de s’accentuer. Même si les hommes sont de plus en plus victimes de violences, il est statistiquement* évident que les femmes sont bien davantage concernées proportionnellement.
Lundi vers midi, quelque 120 personnalités issues de la société civile et de la classe politique se sont réunies dans la capitale pour former une chaîne humaine en mémoire des femmes qui ont été victimes de violences domestiques. Selon l’ONU, une femme sur trois est victime de violences physiques ou sexuelles au cours de sa vie, ce qui en fait l’une des formes de violations des droits humains les plus fréquentes dans le monde.
"C'est vraiment une très triste réalité que cela arrive encore aux femmes," explique Isabelle Becker de "Zonta Lëtzebuerg", une organisation qui vient en aide aux femmes qui se retrouvent dans de telles situations. "Il y a tellement de femmes qui n’osent rien dire. C'est de la violence conjugale. La violence dont on entend parler aux informations. Nous sommes là pour donner du courage aux femmes."
En Europe, 2.300 femmes en moyenne sont tuées chaque année par leur compagnon ou ex-compagnon. En Allemagne, les statistiques du ministère de l'Intérieur indiquent que rien que l'an dernier, 360 femmes ont été victimes d'un féminicide dans ce pays, ce qui correspond à près d'une femme victime chaque jour.
Les violences contre les femmes constituent également un problème au Luxembourg. En 2023, la police grand-ducale a répertorié plus de 2.000 cas de violences domestiques. Le nombre de cas non recensés pourrait être bien plus élevé. Les violences contre les femmes – physiques ou psychologiques – sont souvent minimisées, comme le déplorent de nombreuses femmes. Avec pour conséquence que la police n'est pas prévenue et qu'aucune aide externe n'est sollicitée. Ce vécu est refoulé et l'auteur n'est pas sanctionné.
En France, le cas de Gisèle Pelicot, actuellement examiné par la justice, a mis en avant le drame des agressions sexuelles. Gisèle Pelicot a été droguée à son insu pendant plus de 10 ans par son mari, et violée par plus de 50 hommes.
"Cela prouve aux femmes qu'elles doivent avoir du courage," selon Isabelle Becker. "Mais aussi qu'au fond, une telle chose peut arriver à n'importe qui. Personne n'est à l'abri. C'est pour cela qu'il ne faut pas avoir peur de dénoncer une telle chose, une telle expérience."
Ce qui manque, c'est un signal clair, aussi de la part du public. Une main aux fesses, une gifle, une humiliation ou un harcèlement sont souvent considérés comme insignifiants. La revendication des participants à la chaîne humaine lundi devant la mairie de la capitale, était aussi de faire preuve de davantage de courage civil en matière de violences faites aux femmes.
L'intégralité du programme de l'Orange Week est disponible sur cnfl.lu
*Selon les chiffres de l'Office fédéral suisse de la statistique, en 2022, 29,8% des victimes de violence domestique étaient des hommes, plus de 70% des victimes étaient des femmes.
