
Quand on vous dit "frontaliers", vous pensez certainement aux plus de 200.000 Français, Belges et Allemands qui viennent travailler chaque jour au Luxembourg.
Mais savez-vous qu'il existe aussi une autre catégorie, les "neo-frontaliers atypiques"? Cette appellation un peu barbare cache un phénomène grandissant: l'essor des frontaliers de nationalité luxembourgeoise, qui continuent donc de travailler au Luxembourg mais qui vivent désormais chez nos voisins.

Autrefois marginaux, ces frontaliers luxembourgeois commencent à peser dans la balance. En témoignent ces chiffres révélés par la Fondation Idea dans son dernier rapport : "Entre 2017 et 2022, 70% des 67.900 nouveaux salariés au Luxembourg sont de nationalité étrangère (45% sont des frontaliers étrangers et 25% des résidents étrangers), et seulement 30% ont la nationalité luxembourgeoise (21% de résidents et 9% de frontaliers). Sur les 5 dernières années, près d’un nouveau salarié sur 10 (9%) est donc un frontalier de nationalité luxembourgeoise, qui sont désormais 13.350."

Pourquoi autant de Luxembourgeois déménagent-ils à l'étranger? Il faudrait évidemment poser la question à chacun d'entre eux, mais nul doute que, pour beaucoup, cet exode est lié à un autre phénomène: la gentrification. Autrement dit, le fait que les classes sociales les moins favorisées sont repoussées toujours plus loin des villes, puis des frontières luxembourgeoises. Et le coupable principal est bien connu: l'immobilier, dont les tarifs astronomiques ne sont plus supportables pour une part croissante de la population.
À lire sur ce sujet: "J'ai 41 ans, je ne pourrai plus acheter au Luxembourg, c'est foutu"
Mais cet exode d'une partie des Luxembourgeois ne signifie pas une baisse de la population totale. Au contraire. Avec une population (projetée) de 660.780 habitants en 2022, "le nombre de résidents dans le pays aura augmenté de 46.880 personnes depuis 2018, soit l’équivalent du nombre d’habitants des
communes de Differdange et de Hesperange" note Idea.
C'est le marché du travail qui dicte ce dynamisme, avec l’apport de nouveaux actifs venus vivre dans le pays mais aussi de nouveaux frontaliers, dont la part dans le total des créations nettes d’emplois a progressé de 49% à 54% ces cinq dernières années. Les nouveaux résidents étrangers représentent un quart des créations d'emplois.
Il faut noter, enfin, qu'en dépit de l'importante immigration nette, la part des étrangers dans la population totale "a eu tendance à (marginalement) reculer, passant de 47,9% en 2018 à 47,1% en 2022". Là encore, il n'y a pas de secret, ce recul s’explique par le niveau soutenu des naturalisations qui a vraisemblablement connu un effet "Brexit", conclut Idea.