Ne les touchez pas!De plus en plus d'animaux abimés au musée

Maurice Fick
Queues et pattes cassées, ossements brisés, plumes et poils arrachés,... Les responsables du Musée national d'histoire naturelle tirent la sonnette d'alarme. De plus en plus souvent les animaux exposés sont dégradés.
Les animaux exposés dégradés par les visiteurs
Queues et pattes cassées, ossements brisés, plumes et poils arrachés,... Les responsables du Musée national d'histoire naturelle tirent la sonnette d'alarme!

"On a un rythme de dégradations vraiment très important en ce moment!", lance Guillaume Becker, taxidermiste du Musée national d’histoire naturelle (MNHN) dans le Grund à Luxembourg-Ville. Celui dont le métier est de "prélever la peau avec les poils des animaux ou la peau avec les plumes chez les oiseaux, pour ensuite leur redonner forme", en voit de toutes les couleurs depuis plusieurs semaines.

"Nous avons beaucoup de problèmes au niveau des gens qui touchent les animaux", résume-t-il poliment. "Généralement une fois par semaine", à présent, il lui arrive de devoir remettre les poils à des animaux dans le bon sens. Ça peut paraître banal, mais se révéler catastrophique pour les animaux exposés.

Guillaume Becker reconnaît volontiers que certaines fourrures, comme celles des animaux blancs, le lièvre ou l’ours polaire par exemple, donnent envie de passer la main dedans. Mais "malheureusement ce sont de vrais animaux et c’est vraiment très importants de ne pas les toucher pour ne pas les dégrader. Toucher un animal vivant n’est pas très grave, mais un animal mort ça se dégrade", explique le taxidermiste en insistant sur la fragilité des animaux naturalisés.

Des exemple de dégradations, il y en a foison. Il montre la queue brisée d'un canard sarcidiorne (canard à bosse) qui fait partie des collections du musée depuis... 1897. Un renard et un lièvre blanc dont la queue a été arrachée.

© Maurice Fick / RTL

Ou encore le superbe fennec dont la patte "a été cassée à plusieurs reprises". Réparé à plusieurs reprises, la patte du renard du désert est définitivement détériorée: "On ne pourra plus jamais l’avoir comme elle était auparavant", sait le taxidermiste. Un animal naturalisé par la célèbre Maison parisienne Deyrolle qui faisait pourtant la fierté du musée.

Queues, pattes, oreilles, ce sont "les parties les plus fragiles qui cassent le plus vite", raconte le taxidermiste. Sans oublier les plumes d'oiseaux. Ni les ossements exposés. "Le squelette de renard je l’ai réparé déjà trois fois depuis le 1er janvier", avoue Guillaume Becker, un peu las.

ILS SONT "TRÈS DIFFICILES À REMPLACER"

Face aux dégâts "vraiment importants", Alain Faber, directeur du MNHN tire la sonnette d'alarme et "lance un appel à respecter ces animaux et de les traiter de façon qu’on puisse les conserver encore longtemps". Son travail est de veiller à la conservation des collections des objets naturalisés pour les "montrer aux générations futures", mais aussi permettre aux scientifiques de les "ausculter" de très près.

Certains animaux ont une valeur historique inestimable et sont tout simplement irremplaçables. De manière générale, "ces animaux ne se trouvent pas au coin de la rue. Primo, ils sont de plus en plus rares dans la nature, secundo nous devons attendre qu’un animal meurt dans un zoo", explique Alain Faber.

Les plus grands spécimens, comme l'ours blanc, le lion ou l'onyx par exemple, "sont très difficiles à remplacer". "C’est très compliqué d’en acquérir, même pour un musée, parce qu’il faut récupérer des animaux décédés dans un zoo ou qui ont eu un accident. Mais beaucoup de musées cherchent des pièces et on doit attendre jusqu’à ce qu’il y ait une offre qui nous convienne", raconte le directeur des lieux. Les listes d'attente, surtout pour des animaux emblématiques comme le lion, sont très longues.

DES VITRINES POUR RÉGLER LE POBLÈME ?

"Ce n'est pas du vandalisme" gratuit ou une mauvaise intention de la part de certains visiteurs, estime le directeur du musée. Ces gestes sont plutôt liés à la curiosité mais aussi à une méconnaissance de la fragilité de toutes les pièces exposées.

Mais pas question pour les responsables du MNHN de faire marche arrière et de mettre les animaux "sous cloches". "C'était notre choix délibéré de présenter les animaux sans vitrine, comme dans la Grande Galerie de l'Évolution au Musée d'histoire naturelle de Paris", explique Patrick Michaely, chargé de la communication du MNHN. Et il précise aussitôt: "Nous ne regrettons pas ce choix".

Une scénographie qui permet de créer une vraie proximité avec les animaux, d'autant que "les gens ne peuvent presque plus avoir de contact avec des animaux sauvages. Ici, ils peuvent les voir de près. Mais nous devons mieux les sensibiliser à la fragilité des pièces".

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