
Pour Anja, Sven et Dany, l'avion c'est un peu comme s'il étaient chez eux à la maison. Se déplacer dans les airs fait partie de leur quotidien. Mais la pandémie est venue chambouler ce quotidien tant pour les pilotes que pour le personnel de cabine.
Comme l'activité a fortement diminué, il n'y a plus de travail pour tout le monde. Certains sont au chômage partiel, d'autres sont employés ailleurs, comme Dany Gilbertz. Il est pilote chez Luxair depuis onze ans. Depuis novembre 2020, il travaille au Findel mais à quelques kilomètres de l'aéroport: il est au service du ministère de la Santé. Fini le cockpit, il passe ses journée derrière un bureau pour s'occuper des infections dans les écoles. "Un spectacle inhabituel", confie le pilote qui a aussi dû s'habituer au trafic de pointe matinal.

Parfois, Dany vole encore. Ce mois-ci, il a 3 vols au planning après des mois sans faire décoller un avion. Même s'il se réjouit de chaque vol, Dany est reconnaissant de pouvoir bénéficier du «prêt de travail temporaire», comme près de 80 autres collègues de Luxair. "C'est génial que nous ayons cette opportunité au Luxembourg. Que l'on puisse se donner un coup de main de façon solidaire".
Pour le directeur général de Luxair, Gilles Feith, qui a repris le poste de PDG l'année dernière et qui ne cache pas que "l'entreprise va très mal", le plus important est que personne n'a été licencié jusqu'ici. Garantie de l'emploi pour 600 personnes rendue possible par la tripartite aviation. La signature d'un "plan de maintien de l'emploi" reste un grand succès à ses yeux. "On peut donner de nouvelles opportunités aux gens, que ce soit pour aller chez notre grand frère Cargolux ou réaliser d'autres tâches au sein de l'entreprise. Ce qui permet de mieux dormir", estime Gilles Feith.

Luxair affiche près de 155 millions d'euros de perte pour 2020. Ce sont surtout les voyages d'affaires et les vols de correspondance qui font défaut explique le PDG. L'introduction de nouvelles destinations a été un choix stratégique pour compenser les vols manquants. Sans quoi, il y aurait eu encore moins de recettes pour couvrir les coûts. Mais il est impossible d'éviter les mesures d'austérité. A tous les niveaux. Que ce soit pour les fournisseurs, pour le Crémant ou pour les salaires, qui seront gelés jusqu'en 2023.
Gilles Feith: "Il faut être objectif. Toutes les mesures que l'on doit rendre quand on est dans une entreprise, ne sont pas toujours évidentes, c'est malheureusement comme ça. Mais ça aide à penser au collectif. 3000 personnes travaillent ici, mais je pense aussi à tous ceux qui dépendent de Luxair, ce sont 9.000 personnes."
Des pilotes ont continué à pouvoir voler, mais chez un autre employeur. Sven Lefèvre est pilote depuis sept ans, dont trois ans et demi chez Luxair. Récemment, il est passé chez Cargolux, où il a un CDD jusqu'en mars 2023. Pendant ce temps, il est en «congé sans solde» chez Luxair et garde son ancienneté.

Ce qu'il voit comme une opportunité de découvrir une toute nouvelle forme de mode opératoire, explique Sven avec enthousiasme. "Des vols long-courriers, un autre type d'avion et voler à nouveau plus régulièrement", ce sont les raisons pour lesquelles il avait répondu à l'appel. Il le fait aussi aussi par solidarité avec ses collègues de travail chez Luxair, qui du coup, peuvent voler plus souvent.
Sven est actuellement en formation sur le simulateur. Son premier vrai vol chez Cargolux doit avoir lieu début juin. Au lieu de passagers, il transportera des marchandises. Son avion ne pèsera alors plus 70 tonnes, mais 450 tonnes.
Son retour chez Luxair semble loin. "Nous devons regarder ce que l'avenir nous réserve", dit Sven. Tout dépend de la situation chez Luxair et de la demande chez Cargolux.

Anja Leick travaille comme hôtesse de l'air chez Luxair depuis 24 ans et continue d'être au chômage partiel comme la plupart de ses collaborateurs. Depuis fin mai 2020, ils sont tour à tour au travail ou à domicile. Ils ont reçu une formation Covid-19, où ils ont été préparés aux différentes situations d'une pandémie.
S'assurer que les règles d'hygiène soient respectées par tout le monde à bord et aider à remplir les formulaires font désormais partie de la normalité. Tout comme les masques ont naturellement impacté la communication avec les passagers.
"La flexibilité est encore plus importante aujourd'hui. Les changements d'horaire de vol à court terme sont plus probables que d'ordinaire", a déclaré Anja. Le fait qu'aucun jour ne ressemble à l'autre, fait déjà partie du quotidien de son job. La pandémie n'a pas remis en cause sa motivation pour son job: "J'aime trop ce métier, que je n'ai jamais remis en question" durant la pandémie, assure Anja.
Notre reportage vidéo en luxembourgeois: