
Le nouveau Plan d'aménagement général (PAG) de la ville d'Esch-sur-Alzette renferme une mesure controversée. C'est un agent administratif de la ville qui aurait allumé la mèche. Dans un courriel publié sur les réseaux sociaux il y a quelques jours, il affirme que le nouveau PAG "ne permet plus aux locataires ou propriétaires de déclarer des non-apparentés chez eux".

Autrement dit, seuls les membres d'une même famille ou ceux qui peuvent prouver un lien affectif auraient le droit de vivre ensemble dans la même maison. Les simples colocataires, qui n'ont pas de tels liens, seraient eux priés de prendre la porte. Une interprétation nuancée par la municipalité, qui a écrit qu'avec ce nouveau PAG, "la ville d'Esch entérinera un certain nombre de mesures afin de remédier à des abus au niveau du logement. En effet, ces dernières années, la Ville d'Esch a dû lutter notamment contre la prolifération de chambres meublées non conformes et insalubres (...) Le nouveau PAG prévoit donc une réglementation de la cohabitation."
Sauf que ce projet passe très mal. Comme nous le rapportions il y a quelques jours, l'opposition s'est dite "scandalisée" en apprenant ces nouvelles mesures. L'ancienne bourgmestre socialiste Vera Spautz a d'abord cru à une erreur avant de fustiger "une attaque inacceptable des droits individuels".
Marc Baum, député et conseiller communal déi Lénk, a renchéri: "Que se passe-t-il lors d'une séparation en cours de route tout en restant sous le même toit ? Qu'en est-il pour un couple homosexuel qui veut s'inscrire, doivent-ils fournir au bureau de la population une preuve qu'ils sont homos ? C'est de la folie pure ! Je pense que si on suit cette logique, on pourrait même se heurter à la Constitution".
D'ailleurs, une jurisprudence existe à Mondercange où la commune avait pris une disposition similaire qui avait finalement été rejetée par le tribunal administratif.
Le bourgmestre de Esch-sur-Alzette Georges Mischo (CSV) a finalement décidé de s'exprimer sur le sujet, en rappelant qu'il "ne s'agit pas d'interdire, mais de réglementer la colocation".

Ce mardi 30 juin, la ministre de l'Intérieur Taina Bofferding a justement fourni une longue réponse parlementaire sur le sujet. Une réponse en forme de rappel à la loi et interrogeant le caractère "discriminatoire" et "intrusif" du PAG d'Esch. Voici quelques extraits:
Lors d’une récente conférence de presse, le Collège des bourgmestre et échevins a justement annoncé le report du vote du Conseil communal au sujet du projet d’aménagement général, initialement prévu pour le 3 juillet, à une date ultérieure non encore fixée.
D'ici là, des citoyens se sont déjà mobilisés, via une pétition (en ligne, cliquez ici) et une page Facebook, "Save Co-housing in Esch", a été créée. Une manifestation était initialement prévue ce vendredi matin, mais suite au report du conseil communal, cette action, peut-on lire, "est annulée (ou reportée!). En revanche, nous nous réunirons à 20h au kiosque du Gaalgebierg pour discuter de la suite des actions à mener. La situation n'est pas résolue et d'ici à l'automne nous continuerons à nous battre pour pouvoir disposer de nos droits".
