
Vendredi dernier, à 18h, une bombe est lâchée dans les médias luxembourgeois: l'explosion du prix du diesel (+18,5 centimes) est prévue dès le lendemain. Aussitôt, les automobilistes se ruent dans les stations-services du pays. Des files d'attentes interminables se forment, certains forcent le passage pour faire le plein avant l'heure fatidique...
Hélas, cette "folie" est loin d'être terminée. La guerre en Ukraine n'en finit plus de souffler sur les braises. L'essence et le mazout flambent à leur tour, et on nous prédit encore de fortes hausses pour les jours à venir. Les clients des stations-services n'ont plus que leurs yeux pour pleurer...
Va-t-on bientôt dépasser les 2 euros du litre? Faut-il craindre une pénurie? Qui gagne de l'argent durant cette crise? Nous avons posé cinq questions à Mike Schmitt, le président de la fédération des stations-services au Luxembourg.
Mike Schmitt: "C'était incroyable! Je n'avais jamais vu ça. Habituellement, quand les prix augmentent de quelques centimes, les gens viennent aussi la veille et l'affluence augmente un peu. Mais là, c'était du jamais vu, je crois! On aurait cru qu'on était en guerre! Mais on ne pouvait rien faire contre cette affluence, à part servir les clients, donc c'était "business as usual", et les clients ont dû prendre leur mal en patience."
"Je suis comme tout le monde, je vois monter le prix du baril de brut, jour après jour, donc oui, probablement, les prix vont suivre. Je vois aussi que chaque pays commence à puiser dans ses réserves (NDLR: les réserves stratégiques de carburant), mais cela a un impact minime sur cette flambée. Ce qui est sûr, c'est que le consommateur est durement impacté. Ceux qui gagnent le salaire social minimum et qui font 30 ou 40 kilomètres chaque jour pour aller travailler, cela devient déjà très compliqué avec ces prix-là."
"Pour l'instant, je ne vois pas de problème de livraison des carburants, même si cela peut encore venir. mais c'est plutôt le groupement pétrolier qui peut répondre à cette question."
"L'Etat fait partie des gagnants de cette crise, oui. Pour l'instant, l'Etat s'enrichit, donc il pourrait diminuer les accises tout en gagnant assez d'argent pour maintenir son budget. Je crois que le ministère a parlé de les diminuer un peu, mais ils ont une marge de manœuvre limitée au niveau européen. Mais oui, il s'agit là d'un des principaux leviers sur lequel l'Etat peut intervenir, car l'État a plus de 50% d'accises sur le carburant. Si on vend le carburant 1 euro le litre, l'État récupère 50 cents. Donc pour moi, c'est clair que l'Etat doit diminuer les accises, c'est un pas dans le bon sens. Mais de combien peuvent-ils encore réduire ces taxes, c'est la question, effectivement."

"Ça, c'est une bonne question, car les gens croient toujours que lorsque les prix montent, les stations-services gagnent plus. En réalité, c'est l'inverse. Car si le prix augmente, notre marge par litre de carburant vendu, elle, reste fixe. On ne gagne pas un centime de plus! Au contraire, on perd de l'argent, car on a des frais sur les cartes de crédit qui sont proportionnels au montant payé. Donc plus le client paie cher, plus les stations services paient de frais bancaires."
"Et une autre conséquence, à moyen et long terme, c'est que la hausse des prix va accélérer l'achat de véhicules électriques, donc on doit compenser cette chute des ventes de carburant par autre chose, mais on vend déjà presque tout, des fleurs, de la viande, etc, dans nos shops."
"Mais si ca continue comme ça, on finira par vendre le carburant à perte! Les stations services ont connu clairement des jours meilleurs. En plus, on espérait, après deux années de covid et l'an passée catastrophique avec la météo et les inondations, revoir cette année les touristes belges, néerlandais, qui viennent habituellement faire le plein au Luxembourg. Mais avec les prix de l'essence, on ne sait même pas si ces touristes pourront encore se payer des vacances."
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