
Les dirigeants de l'Union européenne se réunissent ce vendredi en sommet à Bruxelles pour discuter de la relance de l'économie sur le Vieux Continent. Le plan de relance ne fait pas l'unanimité et les négociations entre les 27 s'annoncent longues et difficiles. Le premier ministre Xavier Bettel exprime ses attentes dans une interview accordée jeudi soir à l'AFP.
Cela va être un sommet difficile sur le plan de relance, comment convaincre les Etats frugaux?
Xavier Bettel: "J'ai connu peu de sommets faciles, ces dernières années on a eu beaucoup de discussions difficiles, mais à la fin, toujours en trouvant des compromis.
Je comprends que pour avoir une certaine solidarité, certains se disent "il faut avoir des règles". Comment est-ce que cette solidarité est utilisée puis contrôlée ? J'ai l'impression que certains veulent la solidarité sans les règles, d'autres veulent des règles sans solidarité, et je pense qu'on devra chacun mettre un peu d'eau dans son vin pour avancer.
Cette solidarité est une solidarité qui est réfléchie. On sait très bien que si on a d'autres pays qui tombent, ça entraîne l'Europe, donc il est important de se soutenir mutuellement.
Je sais qu'il y a des sujets qui fâchent: il y a les rabais, il y a l'Etat de droit, il y a les réformes, pour certaines structurelles, qui devraient avoir lieu.
(Sur l'équilibre entre les prêts et les subventions du plan de relance) Ils doivent se compléter. A quoi ça sert de demander à un pays dont on sait très bien qu'il ne pourra pas rembourser, de faire des prêts? C'est ridicule, donc on doit aussi savoir donner. Parce qu'aujourd'hui je donne, mais peut-être qu'après-demain, c'est moi qui vais recevoir quelque chose".
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban menace de mettre son veto au plan de relance si l'aide est conditionnée au respect de l'Etat de droit...
Xavier Bettel: "Si chacun arrive à Bruxelles en ayant sa liste des sujets sur lesquels on ne peut pas discuter, autant rester chez soi. On doit pouvoir parler de tout.
Maintenant, c'est très délicat de dire que l'aide pour l'Italie et l'Espagne, les deux plus grands pays bénéficiaires (du plan), sera conditionnée à un compromis avec la Hongrie et la Pologne. Je pense que ce serait terrible de dire aux Italiens et aux Espagnols: "on n'a rien trouvé pour vous parce que les Hongrois ne voulaient pas sur l'Etat de droit".
On ne peut pas rendre les Espagnols et les Italiens otages du bon vouloir d'Orban ou de la Pologne".
Le Luxembourg pratique des tests Covid-19 à grande échelle, le nombre de cas déclarés a grimpé au Grand-Duché, et certains pays ont restreint les déplacements des Luxembourgeois. Allez-vous évoquer le sujet ?
Xavier Bettel: "Bien sûr. L'OMS et l'ECDC (Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, ndlr) nous disent: "Testez, testez, testez". C'est ce qu'on fait, on teste 20 fois plus que la France, 20 fois plus que la Belgique, plus de 10 fois plus que l'Allemagne, parce qu'on a décidé que le fait de tester permettait de plus rapidement stopper que les gens s'infectent les uns les autres.
On teste plus de 10.000 personnes par jour. J'ai un taux de mortalité qui est un des plus bas.
Je préfère tester, je préfère connaître mon chiffre, et aujourd'hui si du coup on nous sanctionne parce qu'on est honnête, parce qu'on est transparent, parce qu'on est prévoyant, ce n'est pas non plus l'esprit solidaire que j'attends de mes collègues et je le dirai [ce vendredi] sans problème".