Les chantiers à l'arrêtBâtiment: "les carnets de commandes seront toujours pleins"

Romain Van Dyck
Depuis le 20 mars, le secteur du bâtiment luxembourgeois est en pause forcée. Mais gare aux abus de certains employeurs et aux congés collectifs, témoigne un responsable de l'OGBL.
Les chantiers sont au point mort au Luxembourg depuis le 20 mars.
Les chantiers sont au point mort au Luxembourg depuis le 20 mars.
© AFP

PAUSE FORCÉE DEPUIS LE 20 MARS

Un calme surréaliste règne au Luxembourg depuis que les grues, pelleteuses et autres marteaux-piqueurs se sont tus. En effet, un règlement grand-ducal a interdit depuis le 20 mars tous les chantiers de construction (à l'exception des chantiers hospitaliers et de ceux concernant les infrastructures critiques).

Une décision logique, estime Jean-Luc de Matteis, du secteur bâtiment à l'OGBL: "Le secteur était globalement soulagé de cette décision, car il y avait quand même un grand risque de contagion. Sur un chantier, on croise de nombreuses personnes, on mange dans le même bungalow, on prend des camionnettes ensemble..."

"METS-TOI EN MALADIE": DES EMPLOYEURS ABUSENT

Et si les délégués syndicats ont déserté les chantiers, ils ont encore du pain sur la planche. Ils doivent notamment répondre aux inquiétudes et plaintes des salariés: "On a reçu des appels de salariés qui ont eu des problèmes avec leurs employeurs à cause de cette crise".

Aux habituels problèmes de licenciements, de chômage, etc, s'ajoutent quelques abus liés à la crise sanitaire. "Il y a des gens qui nous appellent car leur employeur leur a dit 'bah reste en congés pour raison familiale', ou 'mets-toi en maladie' au lieu d'être mis en chômage partiel." Ou encore "des gens qui s'inquiètent que leur employeur les fassent signer un papier de chômage partiel alors qu'ils ont télétravaillé!" Mais "ce sont des cas isolés" rassure-t-il.

ET APRÈS LA CRISE?

Cette pause forcée aura forcément un impact économique même si le secteur du bâtiment luxembourgeois n'a pas trop d'inquiétude à se faire: "les carnetsdecommandes étaient pleins avant la crise et ils le seront toujours après" estime-t-il.

Mais "il faudra rester attentif" car le secteur va forcément rencontrer des difficultés. Attentif au retour de bâton, notamment: "Ce n'est pas parce qu'on a pris un retard qu'il faudra demander aux employés de travailler deux ou trois fois plus après la crise".

Sans oublier la question délicate des congéscollectifs: "On ne va pas dire aux gens de renoncer à leurs congés, mais il faudra peut être trouver des solutions pragmatiques. En attendant, c'est trop tôt pour en discuter, on n'a pas de visibilité sur la fin de la crise. En tout cas, ce n'est pas au gouvernement de décider de ce que deviendra le congé collectif, mais aux partenaires sociaux, donc le patronat et les syndicats" prévient-il, réagissant aux propos du ministre des finances Pierre Gramegna qui a laissé entendre l'annulation probable de ces congés cette année.

Le secteur de la construction emploie plus de 46.000 personnes au Luxembourg selon les chiffres du Statec.

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