
"C'est clair que dans tous les cas, avec du recul on est toujours plus intelligents." C'est ce qu'a déclaré Nicolas Mackel, CEO de l'agence de développement Luxembourg for Finance, à propos de la résistance du secteur banquier, lorsqu'à l'époque le secret bancaire avait été aboli pour les non-résidents.
Mais c'était nécessaire, selon Nicolas Mackel. "Ça a permis au Luxembourg de pouvoir continuer à travailler. Parce que si on n'avait pas fait ça, on serait devenus des parias, tout simplement!", affirme le chef du LFF. Le risque aurait été que le Luxembourg "ait une telle mauvaise réputation, que les autres activités en auraient pâti aussi."
Le LFF travaille beaucoup sur la bonne réputation du Luxembourg, qui était souvent remise en question ces dernières années par des questions comme le secret bancaire ou la fiscalité des entreprises.
Un quart de l'équipe de 19 personnes travaille dans la communication, s'occupe des publications, réseaux sociaux et le site web. Nicolas Mackel lui-même, depuis sa prise de poste en tant que CEO, est devenu un point de repère pour les journalistes luxembourgeois et étrangers, lorsqu'il s'agit de commenter des sujets sur la place financière.
Il a donc une réponse de prête à propos du fait que le Luxembourg est actuellement sous les critiques à cause de structures d'entreprise complexes. Malgré de nombreuses réformes du paysage fiscal international, les holdings ou soparfis - donc des sociétés dont le seul but est de prendre des participations dans d'autres sociétés - ne disparaissent pas au Luxembourg.
"Ils contribuent par exemple à un quart de la taxe professionnelle, à un quart des taxes communales au Luxembourg. Pourquoi cela est-il toujours aussi grand et important? Eh bien, parce que les investissements internationaux ne peuvent pas être effectués sans de telles structures de société."
Depuis la création du LFF, l'agence a bien grandi et occupe désormais 19 collaborateurs. "Nous devons aider à pénétrer de nouveaux marchés", explique leur CEO Nicolas Mackel, "des marchés géographiques, mais aussi thématiques. Le LFF doit donc aider les acteurs de la place financière - les banques, sociétés de fonds, assurances, à trouver des clients dans de nouveaux pays mais aussi, à développer de nouveaux produits pour ces clients."
Mais le LFF réfléchit aussi à son environnement: "Nous devons aider à réfléchir ici au Luxembourg, à ce que le Luxembourg peut offrir aux instituts financiers dans son environnement, afin de devenir plus attractif."
Le budget de l'agence se situe aux alentours de 6,25 millions d'euros par an. L'État contribue à 80% et le secteur privé à 20%. La stratégie et le plan d'action du LFF sont établis lors du conseil d'administration qui est présidé par la ministre des Finances et dans lequel les syndicats et la Chambre de Commerce sont représentés.
Un des grands bouleversements qui a occupé le secteur ces dernières années, est la digitalisation. Ça ne concerne pas que les produits et nouvelles applications pour les clients tels que les payements digitaux, mais aussi à l'intérieur même de l'entreprise avec les processus, ce qui a des conséquences pour les employés. Ça ne veut pas forcément dire que des places vont disparaître, parce qu'il "faut toujours qu'il y ait quelqu'un qui aide à écrire ces programmes de digitalisation, il faut de l'aide pour mettre ça en œuvre, il faut ensuite l'appliquer. Ce sont des nouveaux emplois."
C'est pourquoi un des grands défis comme dans d'autres branches est :"Des talents, des talents, et encore des talents". Pour que le Luxembourg reste attractif avec ces loyers et revenus élevés et son système d'index, il faudrait investir beaucoup plus que ce qui a été fait jusqu'à présent, affirme Nicolas Mackel. "La formation des gens, la formation continue, ce qu'on appelle l'"upskilling" et "re-skilling"."
D'après Nicolas Mackel, le gouvernement doit faire partie de ce défi. En clair, ça signifie qu'ils doivent contribuer aux coûts. Les entreprises étrangères ne sont en effet pas obligées de venir au Luxembourg. "Nous aimerions qu'ils développent des activités ici, parce que ça nous est bénéfique, mais ils ont le choix de le faire aussi ailleurs."
Il y a aussi d'autres défis pour l'avenir. "Il n'y a presque plus aucun produit financier qui ne soit décrit par des mots tels que "durable"." Mais les règles européennes ont été constamment ajustées ces dernières années", explique Nicolas Mackel, qui voit ainsi le risque de repousser involontairement les acteurs.
Le risque du greenwashing est une réalité. Une bonne réglementation pour des produits financiers verts est ainsi le sujet le plus important à côté de la digitalisation, selon Nicolas Mackel. "Parce que premièrement, c'est existentiel pour l'humanité. Si on n'atteint pas les objectifs de Paris, nous n'existerons plus sous la forme que nous connaissons aujourd'hui. Mais c'est aussi là qu'on remarque que toute l'industrie de la finance s'oriente vers cela, et s'est engagée pour y arriver. Et c'est pourquoi, en tant que place financière internationale et sophistiquée, nous devons non seulement accompagner cette tendance, mais aussi aider à la mener."