En MoselleUne professionnelle offre chaque mois une reconstruction du téton par tatouage

Anaïs Riffi
"Je voulais retrouver la femme que j'étais avant." Après un cancer du sein, Joëlle Hoffmann et Brigitte ont toutes deux franchi une ultime étape de leur reconstruction : la dermopigmentation de l'aréole mammaire. Installée à Thionville, Marine Muck offre chaque mois cette prestation à une personne ayant terminé son parcours médical. Une initiative ouverte aux femmes de France, du Luxembourg et de Belgique.
La dermopigmentation réparatrice de l'aréole mammaire, une ultime étape de la reconstruction après un cancer du sein.
La dermopigmentation réparatrice de l'aréole mammaire, une ultime étape de la reconstruction après un cancer du sein.
© DR

"Mon sein avait été reconstruit, mais il me rappelait encore ce que la maladie m'avait enlevé." Huit ans après l'annonce de son cancer du sein, Joëlle Hoffmann pensait avoir parcouru le plus difficile. Les traitements étaient derrière elle, la reconstruction mammaire aussi. Pourtant, lorsqu'elle se regardait dans le miroir, quelque chose manquait encore.

La reconstruction de l'aréole mammaire par dermopigmentation a marqué, pour elle, la fin d'un long chemin. "Aujourd'hui, ce tatouage représente l'aboutissement d'un parcours commencé en 2018. J'ai le sentiment d'avoir enfin tourné une page, de regarder mon corps avec davantage de sérénité et de m'être réconciliée avec mon image."

Brigitte, 59 ans, décrit une sensation similaire. Son combat débute en février 2021 avec la découverte d'une tumeur au sein droit. S'ensuivent une chimiothérapie, une mastectomie totale, une hormonothérapie, puis une reconstruction mammaire par lambeau DIEP en 2023. Son parcours est également marqué par une thrombose et une embolie pulmonaire.

"Je voulais continuer d'avancer. Je voulais me retrouver. Me voir comme la femme que j'étais avant." La reconstruction de l'aréole n'efface ni la maladie ni les épreuves traversées. Elle constitue, dit-elle, une manière de retrouver une image d'elle-même plus apaisée.

Une étape encore peu connue

La dermopigmentation réparatrice intervient uniquement lorsque les traitements sont terminés, que les cicatrices sont stabilisées et avec l'accord de l'équipe médicale. Grâce à un travail minutieux sur les pigments, les couleurs et les effets de volumes, elle recrée visuellement une aréole mammaire et un mamelon afin de compléter une reconstruction du sein.

Formée à cette spécialité en 2022, Marine Muck a choisi d'en faire une part de son activité. "Je suis convaincue que la reconstruction ne s'arrête pas au bloc opératoire", explique-t-elle. Au fil des consultations, elle dit avoir constaté que cette ultime étape restait inaccessible pour certaines patientes en raison de son coût, fixé à 300 euros pour une aréole et 550 euros pour les deux.

Une reconstruction offerte chaque mois

C'est ce constat qui l'a conduite à lancer son initiative. Chaque mois, une reconstruction d'aréole mammaire est offerte à une personne ayant terminé son parcours médical. Installée à Thionville, elle reçoit également des patientes venues du Luxembourg et de Belgique. Son dispositif est donc ouvert aux femmes de ces trois pays.

Les candidates sont invitées à adresser un e-mail dans lequel elles racontent leur histoire et les raisons qui les poussent à entreprendre cette démarche. "Il n'y a ni classement ni tirage au sort", précise la professionnelle, qui dit choisir la bénéficiaire au regard des témoignages reçus.

Pour Joëlle Hoffmann comme pour Brigitte, cette reconstruction dépasse largement la dimension esthétique. Toutes deux parlent d'une étape qui leur a permis de refermer un chapitre ouvert plusieurs années auparavant. Sans effacer la maladie, elles disent avoir retrouvé une part d'elles-mêmes.

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