
Depuis le début de son mandat, le maire de L’Hôpital reverse l’intégralité de ses indemnités d’élu au Centre communal d’action sociale. Le montant cumulé atteint aujourd’hui 149.800 euros bruts. Une mesure annoncée dès la campagne municipale et formalisée par un vote du conseil municipal le 17 juillet 2020, dans un contexte marqué par la crise sanitaire et économique liée au Covid-19. “Chose promise, chose due”, glisse Emmanuel Schuler.
Concrètement, l’indemnité du maire est fixée à 23 % de l’indice brut, contre 53 % lors de la précédente mandature. Le montant, d’environ 690 euros nets par mois, est reversé depuis le début du mandat au CCAS, le Centre communal d’action sociale. Les indemnités des adjoints, indexées sur celle du maire, ont été ajustées en conséquence.
Selon les chiffres communiqués par la municipalité, les sommes reversées ont permis de contribuer à plusieurs projets communaux. La commune cite notamment des travaux de voirie, avec la réfection complète d’un tronçon de 500 mètres, comprenant chaussée et trottoirs, pour un montant global de 180.000 euros, financé en partie grâce à ces fonds.
Opticien de formation, Emmanuel Schuler dirige aujourd’hui cinq magasins au Luxembourg et emploie une trentaine de salariés. Une activité professionnelle qu’il met en avant pour expliquer son choix de se passer de son indemnité d’élu.
Selon lui, cette organisation lui permet de consacrer du temps à une fonction municipale qu’il qualifie de “travail à temps plein”, sans dépendre financièrement de la commune.
Depuis 2020, la municipalité indique avoir revu certaines dépenses de fonctionnement. Frais de restaurant, lignes téléphoniques professionnelles et dépenses de représentation ont été supprimés. “Depuis que je suis maire, il n’y a pas eu un seul euro de frais de restaurant”, affirme Emmanuel Schuler.
Une manière, pour l’actuelle majorité, de marquer une rupture avec la précédente mandature, dirigée pendant 19 ans par Gilbert Weber, arrivé aux responsabilités en 2001 après avoir succédé au père de l’actuel maire.
Sur la situation financière héritée, les lectures divergent. Gilbert Weber rappelle qu’à son arrivée en 2001, la commune faisait face à une dette de 8,6 millions d’euros. “À mon départ, elle était ramenée à 4 millions, avec 500.000 euros laissés en trésorerie de fonctionnement”, assure l’ancien maire.
Contactée par la rédaction, son épouse conteste les accusations portées par l’actuelle municipalité. “Pendant 19 ans, ça s’est bien passé. Il a une haine depuis toujours. Il le salit publiquement. La justice tranchera en avril”, indique-t-elle, avant d’ajouter : “Que Monsieur Schuler balaie devant sa porte”.
De son côté, Emmanuel Schuler évoque des irrégularités présumées dans la gestion passée. Il fait notamment état de “bons pour de fausses factures” concernant des travaux qui, selon lui, n’auraient jamais été réalisés au cimetière communal. “Les corps baignaient dans l’eau. Il n’y avait jamais eu de travaux”, affirme-t-il.
Le maire actuel met également en cause une pratique qu’il estime contraire aux règles en vigueur : l’attribution, par l’ancien maire, d’une concession funéraire située à un emplacement particulièrement visible, face à l’entrée de l’église. “En tant que maire, on ne peut pas s’attribuer des emplacements comme on le souhaite”, soutient-il, ajoutant : “Il voulait qu’on le voie pour l’éternité”. Des accusations contestées par Gilbert Weber, qui réfute toute irrégularité.
Plusieurs dossiers sont aujourd’hui entre les mains de la justice, notamment devant le tribunal administratif. “Nous avons été débouté, on attend la suite ", explique le maire de l’hôpital. À ce stade, aucune décision définitive n’a été rendue.
Selon la municipalité, les comptes communaux affichent aujourd’hui un excédent de 1,6 million d’euros. Aucun emprunt n’aurait été contracté depuis 2020. Des investissements ont été réalisés, notamment le passage de l’éclairage public à la technologie LED et le développement des services périscolaires.
Candidat déclaré à sa succession, Emmanuel Schuler indique réfléchir à l’avenir de son renoncement aux indemnités, sans en faire un enjeu électoral. Il annonce par ailleurs vouloir lancer un audit financier, à l’image de celui mené dans la commune voisine de Saint-Avold, afin, dit-il, d’apporter “plus de transparence”.
Dans une commune de 5.280 habitants, le feuilleton politico-financier continue, lui, de s’écrire devant les tribunaux.