Deux ans maximumLa réforme du chômage, source d’inquiétudes en Belgique

Luc Suriant
Le droit aux allocations est désormais limité à deux ans maximum de l’autre côté de la frontière. Les CPAS absorberont-ils le choc?
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Plusieurs changements majeurs sont entrés en vigueur dans le Royaume depuis le 1er janvier. La limitation au droit de chômage n’est pas le moindre. Elle va impacter toutes les provinces. Selon les estimations de l’ONEM (office national de l’emploi) et du SPW (Service public de Wallonie), 85.000 personnes seront exclues du chômage en Wallonie, ce qui représente près de 1.100 exclus en Province de Luxembourg sur l’ensemble des vagues.

La première qui vient de débuter devrait affecter près de 19.000 personnes affichant plus de vingt ans d’inactivité dans l’ensemble du pays. «Pour notre province, ça concerne environ 400 personnes», détaille Yannick Vincent, représentant syndical CSC. «Ce seront les personnes qui, par définition, seront les plus difficiles à remettre au travail car elles sont éloignées de l’emploi depuis longtemps

Les syndicats travaillent main dans la main avec la quarantaine de CPAS (centre public d’action sociale) de la province. Un fonctionnement en bonne intelligence qui visera à limiter le plus possible l’impact de ces mesures gouvernementales qui agacent les syndicats. «C’est un non-sens total. Le gouvernement enlève des subsides à des organismes qui aident les personnes à retrouver de l’emploi comme le CISP (centre d’insertion socio-professionnelle) alors qu’en parallèle, il prône une relance de ce même emploi. C’est du sabotage», poursuit Yannick Vincent.

Il est encore trop tôt pour mesurer les conséquences de ces mesures. Le mois de février sera davantage un phare. «Mais la détresse sociale guette. Nous avons peur que ces personnes concernées par cette première vague ne se rendent pas compte de l’urgence de la situation. Toutes les personnes ont reçu une invitation pour une séance d’information ainsi qu’un sms mais la participation fut faible. Du jour au lendemain, certaines personnes se retrouveront sans revenu.» Les communes à forte densité seront plus concernées comme celles d’Arlon, de Bastogne, voire de Libramont.

Le Forem multiplie les formations

La Province de Luxembourg connaît un taux de chômage de 12%. En chiffres, cela représente environ 16.000 demandeurs d’emploi. Elle a pourtant la particularité de proposer une offre d’emploi qui correspond à peu de choses près au nombre de demandeurs. «Mais tout le monde ne peut pas devenir maçon ou électromécanicien» prend comme exemple Yannick Vincent qui pointe aussi le défi de la mobilité comme handicap majeur. «On fonctionne aujourd’hui avec des mi-temps et même des tiers temps. Imaginez quelqu’un qui doit se retrouver un lundi matin à Paliseul et l’après-midi dans le sud de la province. Les transports ne sont pas gratuits comme au Grand-Duché et les facilités sont moindres aussi.»

Le Forem (office wallon de la formation professionnelle) multiplie aussi les initiatives mais certaines entreprises ne passent pas par cet intermédiaire et de nombreux demandeurs ignorent les formations proposées, préférant les réseaux sociaux ou le bouche à oreille.

Les vagues suivantes auront lieu en mars et en avril. En mars, les exclusions viseront les personnes inactives depuis huit à vingt ans. En avril, ce seront celles dont la période d’inactivité est comprise entre deux et huit ans.

A partir de juillet, la logique d’exclusion sera automatisée à la date anniversaire du droit. Toute personne ayant perçu une allocation de chômage pendant deux ans ou une allocation d’insertion pendant un an sera exclue à cette échéance.

En mars sera instauré un droit au rebond. Un travailleur disposant d’une carrière d’au moins dix ans pourra démissionner et conserver pendant six mois son droit aux allocations de chômage.

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