La concertation est terminéeEt maintenant, que va devenir l'A31bis?

Thomas Toussaint
La concertation du projet A31bis a pris fin. Quelle est la suite du programme pour l'autoroute? Premiers éléments de réponse.
© Maxime Gonzales / Archives RTL

Après un peu plus de deux mois, la concertation de l’A31bis prend fin. Jeudi soir, le préfet, la Dreal et les nombreux groupes de participants, d’opposants au projet et d’élus se sont réunis une dernière fois pour une réunion de synthèse.

Un long moment d’échange rythmé par les dernières prises de parole de toutes les parties prenantes. À commencer par l’État, à travers la voix du préfet, qui a renouvelé son vœu de voir le projet avancer: “Nous sommes tous d’accord pour dire que la situation actuelle est insatisfaisante a fait valoir Laurent Touvet. Et elle sera encore plus, avec un trafic annoncé comme catastrophique à Thionville en 2030. “Ça nous oblige à faire des choix.”

Riverains, habitants des communes proches, certains menacés d’expropriation, d’autres membres d’association écologiques, étaient nombreux ce jeudi, et ont donné de la voix pour rappeler leur position: “L’A31bis, on n’en veut pas. Et d’ailleurs, on devrait la faire passer dans les jardin des élus. On verra s’ils en veulent toujours.”

Environ 250 personnes étaient présentes jeudi soir pour la réunion de clôture de la concertation A31bis.
Environ 250 personnes étaient présentes jeudi soir pour la réunion de clôture de la concertation A31bis.
© Thomas Toussaint / RTL

Les élus en faveur de l’A31bis

Justement, les élus locaux qui ont pu se prononcer ont assuré que le projet autoroutier était “l’un des leviers” pour améliorer la mobilité dans le nord mosellan. Plusieurs communes, le département ou encore la métropole de Metz ont voté une motion appelant à le faire avancer.

Les quatre tracés à l'étude pour l'A31bis.
Les quatre tracés à l’étude pour l’A31bis.
© Dreal

“L’A31bis n’est pas la réponse attendue mais elle permet la remise à niveau d’une infrastructure qui aurait dû être rénovée il y a vingt ans déjà a clamé Pierre Cuny, maire de Thionville, soucieux de voir l’A31 existante s’alléger enfin. Oui, mais à une condition, que “l’on opte pour le tunnel profond” pose Rémy Dick, maire de Florange. Une position partagée par le département, qui souhaite une “réalisation rapide” et un tunnel profond pour “protéger les populations”. Ce qui écarte le tracé F10, moins cher mais moins avantageux en termes de trafic et d’environnement. Surtout que son viaduc encerclerait Terville.

“Nous sommes contre cette variante F10, qui coincerait la ville entre deux autoroutes” a déclaré le maire, Olivier Postal. “Mais nous avons beaucoup de frontaliers et d’usagers de l’A31. C’est d’ailleurs avec cette autoroute que nous avons aussi pu développer notre ville. Maintenant, il faut les 2x3 voies au nord de Thionville et des échangeurs pour garantir une utilité à l’infrastructure.”

À lire également - Voici les quatre tracés en concurrence pour le contournement A31bis de Thionville

Les opposants à l’A31bis ne sont pas convaincus

Des propos qui tranchaient radicalement avec les points de vue des groupes qui ont fait le débat ces deux derniers mois. Les écologistes ont rappelé “l’inadéquation” entre l’ambition climatique de la France et la construction d’une nouvelle portion d’autoroute. Ainsi que le caractère d’un projet qui “porte atteinte à notre santé, au climat et à la biodiversité” s’insurge le groupe Alternatives 31, qui demande d’autres solutions que le routier.

“Nous pouvons développer les moyens de transports alternatifs à la hauteur de nos besoins” a justement fait valoir Eliane Romani, conseillère régionale des Verts. Mais ni le train, ni le covoiturage, ni les bus, ni le télétravail ne semblent pouvoir réellement améliorer les conditions de trafic si ces solutions ne sont pas pleinement engagées.

À Florange, où de nombreux habitants s’inquiètent des expropriations exigées par certains tracés, on a l’impression d’avoir “le couteau sous la gorge” pour un projet “obsolète, qui manque de clarté”. Un “aspirateur à voiture” qui va créer un appel d’air et amener plus de camions et d’automobilistes, pour lequelFlorange sera une ville sacrifiée”, ont-ils scandé pendant plusieurs semaines.

Quand bien même le débat “a eu lieu” et n’a “pas été bâclé”, eux gardent le sentiment d’un projet “décidé d’avance”. Un “simulacre pour justifier une décision prise en haut lieu” estiment les associations Air Vigilance et Lorraine Nature Environnement.

C’est tout de même ce débat qui a mis en lumière les limites de l’A31bis et ses défauts à corriger. Comme cet échangeur nord, à Bétange, pour l’instant supprimé mais que les élus demandent à revoir. Ou la proximité du château de Bétange et son allée des marronniers, domaine inscrit aux monuments historique mais “menacés” par un projet dont ses défenseurs réclament l’abandon, sinon l’éloignement.

Qui va payer 8€ par jour pour aller au Luxembourg?

Reste la question du péage, annoncé très cher pour les automobilistes: “Mais qui dans la vallée de la Fensch et de l’Orne va payer 8€ par jour pour aller au Luxembourg” a demandé une élue d’opposition de Florange, alors que ce sont justement ces territoires que l’État veut relier à l’autoroute.

Au nord de Thionville, on s’inquiète justement du péage et des automobilistes qui voudront l’éviter à tout prix.“Nos villages sont devenus des enfers. Et ça commence dès 5h du matin, avec des voitures à trois mètres de nos fenêtres parce que les gens prennent les petites routes pour éviter les bouchons sur l’A31" s’alarme un membre de l’association “Non au péage sur l’A31bis”. Celui-ci semble pourtant inéluctable car l’État ne veut pas payer et compte bien mettre en concession l’autoroute.

À lire également - Péage de l’A31bis: “Je ne payerai pas 8€ par jour pour finir dans les bouchons”https://5minutes.rtl.lu/actu/frontieres/a/2019866.html

Et maintenant, que va devenir l’A31bis?

La concertation se terminant ce 3 février, les deux garants du débat vont rédiger un rapport d’ici fin février. Ensuite, le préfet aura deux mois pour rédiger son propre rapport et “faire une proposition au ministre des Transports”, qui prendra la décision finale, vraisemblablement avant l’été.

On ne peut pas ne rien faire, on ne peut pas en rester là

“Ce n’est pas ce soir que j’émettrai une préférence entre les quatre tracés” a temporisé Laurent Touvet ce jeudi. “Je vais garder une distance intellectuelle avec le projet. Chaque tracé présente des défauts mais ils peuvent être corrigés. Mais pour lui, une chose est sûre: “On ne peut pas ne rien faire, on ne peut pas en rester là.”

Une position certainement partagée par des milliers de frontaliers, qui perdent un temps précieux chaque jour dans les bouchons et espèrent une amélioration de leurs conditions de transport. Ce qui n’arrivera de toute façon pas avant 2030. Au mieux.

👀 LE PROJET A31BIS EN BREF

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