Pas de pelouse naturelle ni de tribunes bondées, mais une scène, des écrans et une concentration maximale. À Bertrange, dans le “Digital Center” de l’opérateur téléphonique, l’Orange eLeague a donné le coup d’envoi de sa nouvelle saison le 19 février dernier, confirmant un peu plus la place de l’esport dans le paysage du football luxembourgeois.
Organisée depuis six ans par la Fédération luxembourgeoise de football (FLF) et Orange Luxembourg, la compétition réunit cette année encore l’élite des joueurs du Grand-Duché – et d’ailleurs – sur le jeu vidéo FC26 (ex-Fifa).
Seize joueurs composent la première division. Quatre journées sont au programme (19 février puis 5, 19 et 26 mars) avant une phase finale à huit joueurs, prévue le 18 avril. À la clé, bien plus qu’un simple titre national : une qualification pour la Champions League esport (la “eCL League Phase”), mais aussi une étape du championnat du monde (les “FC Pro World Championship Play-Ins”).
La compétition est ouverte aux joueurs étrangers, à une condition toutefois : représenter un club affilié au football luxembourgeois. Une règle qui renforce le lien entre esport et football traditionnel.
“La Champions League est un élément très important, pour nous comme pour les clubs, explique Gilles Faber, responsable esport à la FLF. Certains clubs n’ont pas forcément la possibilité d’y accéder dans le football réel. Ici, un club est garanti de jouer la phase de groupes et d’affronter les meilleurs clubs européens.”
Année après année, l’Orange eLeague franchit un nouveau cap. Scène, mise en scène, structure du championnat : l’événement se professionnalise petit à petit.
“Chaque année, on essaie de mettre la barre un peu plus haut, souligne Barbara Fangille, responsable communication chez Orange Luxembourg. L’objectif est toujours d’aller un cran plus haut, notamment pour promouvoir le Luxembourg à l’international dans l’esport.”
Derrière l’image ludique du jeu vidéo se cache un engagement total. Quentin Vande Wattyne, alias ShadooW, joueur belge représentant l’UNA Strassen, en sait quelque chose.
“Je joue entre quatre et cinq heures minimum par jour. J’ai une pièce chez moi consacrée uniquement à ça”, explique-t-il. Compréhension de la “méta”, adaptation aux mises à jour, préparation mentale : chaque détail compte.
Même exigence chez Sam Ross (SaRo_09x), joueur du FC Käerch, qui nourrit une ambition claire : “Gagner le tournoi. Je progresse chaque année et j’essaie d’aller au bout.”
À ce niveau, la réussite ne repose pas uniquement sur la manette. Depuis trois saisons, les organisateurs s’appuient sur un partenaire académique : la LUNEX (Établissement d’enseignement supérieur spécialisé dans la santé, le sport et le management), à Differdange.
Gestion du stress, temps d’écran, alimentation, préparation mentale : des formations sont proposées aux joueurs pour mieux appréhender l’exigence du haut niveau.
L’Orange eLeague s’affirme aussi comme une rampe de lancement. Vainqueur de la dernière édition, “Ivanilson” a rejoint le club professionnel d’Angers il y a quelques mois, preuve que l’esport peut aujourd’hui ouvrir des portes bien réelles.
Reste un défi de taille : la mixité. Pour l’instant, la compétition n’attire que des hommes. Un déséquilibre que les organisateurs souhaitent corriger en rendant l’esport plus visible et plus accessible aux femmes.
“Il faudra peut-être recruter différemment et aller à leur rencontre”, estime Barbara Fangille.