
Au plus tard depuis Akira Kurosawa et Wong Kar Wai, on se dit que bon nombre de cinéastes asiatiques doué(e)s semblent touché(e)s par une certaine grâce. On peut maintenant sans hésiter ajouter à cette liste la jeune Ash Mayfair, qui se taille une bonne place dans cette lignée dès son premier long-métrage, The Third Wife, lequel nous arrive dans le festival comme la tête d’une fleur de pissenlit dont les aigrettes blanchâtres s’envolent au moindre souffle.
Comme nous l’a appris la présentatrice du film, Spike Lee a reconnu très tôt le talent de la débutante en lui accordant une aide au développement par le biais d’un workshop dans le cadre de son fonds à la production. Il en résulte un film dont la beauté plastique est étonnante et de tous les plans, baignant ainsi le film dans une douceur bienveillante malgré la rudesse du propos.
On y assiste au mariage et à la grossesse d’une adolescente de 14 ans qui doit partager son statut matrimonial avec deux autres concubines. Dont la plus âgée, incarnée par la sublime Tran Nu Yen Khem, est d’une sensualité et d’une élégance hors normes. De facture classique, le film pourrait paraître un peu suranné avec son descriptif de jeunes filles forcées au mariage dès l’adolescence et obligées d’accepter toutes les turpitudes et fantasmes imposés par la dominance mâle. Mais ce serait oublier que dans pas mal de régions du globe, cette torture psychologique, et souvent physique, est toujours présente.
La force du long-métrage se fait surtout ressentir dans la façon dont ces trois rivales se respectent et s’observent avec silence, dans une forme de communion solidaire et non dite. Un amour saphique ira même jusqu’à naître entre les deux plus jeunes d’entre elles. Quant au monde des hommes, la cinéaste le divise entre l’univers des conquérants, dont l’époux exigeant et directif est le symbole le plus représentatif, et celui des sensibles, dans lequel le grand-père lucide et le fils éploré car amoureux fou de sa belle-mère se partagent la vedette. Tout cela mélangé aux images de paysages merveilleux nous entraîne dans une espèce de rêve éveillé et enchanteur malgré la dureté de la situation.
Pour passer du rêve à la réalité, je me suis rendu de l’Utopia au Casino, histoire de voir comment se porte la manifestation “Openscreen”, happening devenu culte qu’a fait naître il y a quelques années la peu conventionnelle et engagée productrice Tanja Frank. Plutôt content de voir beaucoup de têtes très jeunes deviser dans le grand hall du lieu en attendant les projections, je le fus un peu moins en voyant tout ce beau monde s’entasser dans l’Info-Lab, bien trop petit pour cet événement.
Un travesti scandinave au look pas très maîtrisé de débutant(e) à la recherche de ses repères y expliquait son travail avant de présenter certaines de ses vidéos.

Pour soigner ma claustrophobie, je préférais aller m’entretenir au bar improvisé pour le festival avec Alexandra von Hoesdorff de son travail de productrice sur le très réussi Flatland (voir la chronique d’hier) et avec Bernard Michaux de ses nouveaux projets, en attendant de découvrir demain soir, à l’issue de la remise des prix, Tel Aviv on Fire, sur lequel il a assuré la production pour Samsa film.
Deux rendez-vous d’importance nous attendent encore aujourd’hui. Celui, à midi au Casino, avec Edwy Plenel de Médiapart, qui débattra sur la façon de se faire entendre dans le bruit médiatique ambiant du moment. Et puis, un brin plus jouissif, ce soir à la Cinémathèque, celui qui nous fera rencontrer les deux critiques phares de la RTBF, Hugues Dayez et Rudy Léonet, qui feront de la critique sur demande du public. On y affiche complet, ce qui n’a rien de surprenant.