
Comme ce lundi soir, qui eut tous les atouts pour satisfaire pleinement le cinéphile exigeant, le mercredi allait être de la même veine. Pour le premier film, programmé par le sponsor Orange du festival, nous avons de suite été prévenus par le présentateur Alexis Juncosa, qui annonça un “petit grand film” dont il s’était entiché dès le début du travail de sélection.
Petit film par les moyens, grand par le résultat obtenu. L’EnKas est un long-métrage français qui s’apparente pour le fond à l’italien Selfie et peint une génération “no future”. La jeune réalisatrice Sarah Marx, qui connait l’univers carcéral d’un travail précédent, dépeint ici les difficultés de réinsertion d’un jeune détenu remis en liberté, qui se voit obligé de transgresser les formes de vie professionnelle loyales pour subvenir aux besoins de sa mère dépressive qui, elle, a besoin d’une aide à domicile.
Par ses méthodes utilisées dans l’urgence, à savoir la vente de stupéfiants via un foodtruck dans une rave, toutes les relations sociales d’Ulysse, interprété par un époustouflant Sandor Funtek (aperçu dans La vie d’Adèle) virent au cauchemar. Le cercle vicieux de ses activités et de sa situation pourrie ne pourra pas améliorer son sort, mais jusqu’au bout il agira avec ténacité et détermination.

En filigrane, le film démontre à quel point il est parfois illusoire pour des ados en difficulté à obtenir une véritable aide sociale, même s’ils sont prêts à accepter les règles du jeu pour y arriver.
Dans la salle avec une partie de son équipe, la réalisatrice a affirmé après la projection que l’histoire d’Ulysse concernait aujourd’hui des classes de jeunes en difficultés dans le monde entier. Un membre du groupe La Rumeur l’accompagnait, en tant que producteur du film, et a ajouté que si Sandrine Bonnaire avait accepté à participer au film en incarnant la mère en dépression, c’est parce qu’elle était, comme eux “une prolo” issue des cités.
Après cette rencontre qui s’est faite dans l’émotion sincère et un film convaincant auquel on ne peut souhaiter qu’il soit projeté devant des lycéens du monde entier, place à un des ovnis du festival. Co-produit par le Luxembourg via la société Deal Productions de Désirée Nosbusch et Alexandra Hoesdorff, Flatland est un produit de niche difficile à classer dans un genre précis et qui sera sans doute malheureusement limité à faire une tournée de festivals.

Pourtant, ce film est annoncé comme le premier western au féminin et sud-africain de surcroît. Sur place, l’assistant de coproduction Jean-Claude Schlim a confirmé en introduction que, oui, il y aurait des femmes, des chevaux et des armes. Il ne croyait pas si bien dire. Mais le plus étonnant est le fait que ces amazones, dont l’une veut fuir son mari dès la nuit de noces, la seconde est enceinte jusqu’aux yeux et la troisième est une femme flic qui veut faire sortir son mari de taule, ne vont pas s’y prendre avec des méthodes de suffragettes, loin de là.
Comme la vie le dicte souvent, elles retomberont maintes fois dans les pièges de ce sentimentalisme qui sied à tant d’entre elles. Tout ceci dans une ambiance des plus loufoques, le sarcasme de la réalisatrice Jenna Bass donnant naissance à des scènes d’une originalité et d’un humour noir inclassables et qui se dirige vers une dernière partie où les surprises hilarantes arrivent en rafales. On n’aurait rien contre le fait de revoir les décapantes Natalie, Poppie et Beauty dans une suite de leurs aventures, la main sur la gâchette. Il nous reste à espérer que la programmation de Kinepolis le mette à l’affiche dans le courant de l’année.