LuxFilmFestJournal d’un ciNEUphile (7)

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Notre festivalier attitré se lance dans l’exercice d’équilibriste de la critique du film luxembourgeois Peitruss de Max Jacoby.

La critique d’un film luxembourgeois est toujours une chose délicate. Parce qu’au petit duché tout le monde connait tout le monde, parce qu’on aime bien ce microscopique univers dans lequel des gens dévoués font leur métier avec amour et souvent sans grands revenus, et que l’on sait pertinemment qu’un film représente beaucoup de temps, d’argent et de patience investis qu’on va estimer et même juger en quelques mots qui pourront être, le cas échéant, assassins.

Ce ne sera pas le cas, disons-le d’emblée, pour le Peitruss de Max Jacoby , qui a été présenté hier soir en avant-première au Kinepolis devant une salle à nouveau bien remplie. Mais le discours du producteur Jani Thiltges (Samsa Film) a semblé un peu tiède et nous avons bien compris par la suite pourquoi il n’a pas été tout à fait enthousiaste. Car nous sommes finalement nous aussi ressortis du film en nous sentant mi-figue-mi-raisin.

Le parcours de Max Jacoby a débuté sur les chapeaux de roues par quelques courts-métrages remarqués comme The Lodge ou Butterflies. Il était déjà clair qu’il s’agissait d’un cinéaste en herbe hyper doué, d’un esthète capable de créer des ambiances particulières et de fabriquer des images assez exceptionnelles.

Son premier long-métrage, Dust avait toutes ces qualités, mais il boitait un peu du côté du scénario. On lui reprochait de rester trop énigmatique au niveau des personnages, qui agissaient un peu au hasard et restaient opaques dans ce conte apocalyptique aux images sublimes.

IMAGES SUBLIMES, SCÉNARIO BOITEUX

Le cinéaste a mis dix ans à tourner son second long et s’est dirigé vers un genre plus accessible: le thriller, sulfureux de surcroît. À l’arrivée, nous sommes de nouveau en présence d’un produit formellement impeccable, qui nous livre des images de la capitale comme ils n’ont jamais été mis en boîte. Du Pfaffenthal à la vieille ville, les plans extérieurs sont irréprochables, l’emballage musical bien choisi, le montage correct.

Les acteurs sont bien à leur place, de Jules Werner en flic délaissé par sa femme qui se retrouve au centre d’une histoire de meurtres commis sur des adolescentes, jusqu’à Josiane Peiffer dans un petit rôle en vendeuse revêche de boutique pour hipsters. Je donnerai une mention spéciale à l’actrice principale Peri Baumeister, très convaincante dans sa fragilité. En ce qui concerne son amant dans le film et suspect numéro un, interprété par le chanteur néerlandais Maarten Heijmans, il parait effacé par rapport au personnage énigmatique qu’il est censé être.

Mais c’est encore au niveau du scénario que cela coince. N’est pas Hitchcock qui veut et le niveau de la trame ne s’élève pas vraiment au-dessus de celui d’un téléfilm du dimanche soir. Le film est truffé de petites erreurs de scénario que nous laisserons au spectateur le soin de les détecter (ou pas), histoire de ne pas spoiler le film.

Enfin, les nombreuses scènes chaudes entre les deux amants sont filmées à l’américaine et semblent plutôt chorégraphiques et techniques que sensuelles. Nous sommes loin de la façon dont Patrice Chéreau capta les corps enflammés en étreinte dans Intimité.

En tout et pour tout, ce film est à voir pour le talent de mise-en-scène et de photographie de son auteur et pour le plaisir de voir des images de la capitale et de ses faubourgs d’un angle différent. Mais qu’il fasse un carton au niveau international serait fort surprenant.

PETIT TOUR VIRTUEL

Nous venons ainsi d’entamer cette seconde partie de festival pour lequel l’engouement reste le même et les tickets se font rares. Au Casino, l’affluence des premiers jours s’étant un peu calmée, n’hésitez pas à aller découvrir les bijoux de la réalité virtuelle, dont le point d’orgue est pour moi le petit bijou créé autour du tableau Le cri d’Edward Munch. Très interactif, il vous révèle le mystère de la création en vous faisant vous-même peindre les murs d’une galerie ou faire exploser des flocons.

Au sous-sol, The Kobold vous garantit des frissons dans un univers plus hanté, ou encore la belle amitié de deux punkettes dans les années soixante-dix. Ne pas hésiter à s’y aventurer.

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