LuxFilmFestJournal d’un ciNEUphile (5)

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Pour bien commencer la semaine; Claude Neu nous livre ses impressions d’un dimanche venteux où il était bon se réfugier dans les salles obscures.

Comme le titre d’un film de John Schlesinger sorti en 1971, on aurait pu l’appeler Sunday, bloody sunday. Hier, des arbres à moitié déracinés barraient la route, les poubelles et les panneaux de signalisation se retrouvaient étalés le long des trottoirs et l’Utopia se vit obligé de fermer sa salle 3 parce qu’une partie de sa toiture était, elle aussi, devenue la victime d’un vent trop virulent.

Cela n’empêcha pourtant pas de nombreux cinéphiles de faire leur pèlerinage vers le complexe du Limpertsberg, où la première nationale du film belge Pour vivre heureux, coproduit par Tarantula Luxembourg, fit salle archicomble.

Réalisé par Dimitri Linder et Salima Sarah Glamine, dont ce n’est pas la première collaboration mais le premier long métrage, le film raconte l’histoire d’amour impossible entre un jeune Pakistanais et une Algérienne, les deux issus de cultures où le mariage est encore arrangé et n’est toléré qu’entre ressortissants de même nationalité. Tout cela est traité avec beaucoup de finesse, de pudeur ainsi que de matière à débattre. Les questions ne se firent pas attendre à la fin de la projection, car l’équipe s’était déplacée pour défendre le produit.

Montrer ce film riche en matériel pédagogique dans l’enseignement semble un but majeur, mais il devrait être vu par tout le monde selon la jeune actrice principale, époustouflante de justesse en jeune tête brulée dans le film. Pour elle, il s’agit surtout d’une histoire d’amour défendu, en dehors de toutes barrières nationales ou culturelles. Le thème principal semble être cher au coproducteur luxembourgeois Donato Rotunno, car il est très proche de celui de Noces de Stephan Streker, qui, l’an passé remporta deux statuettes à la cérémonie des Magritte et qui avait aussi été coproduit par Tarantula Luxembourg.

Pour vivre heureux semble engagé sur une bonne voie, car il a lui-même déjà remporté trois prix au Festival international du film de Namur, dont celui du public et de la critique, deux secteurs qui ne sont pas souvent du même enthousiasme. Le seul bémol personnel que j’apporterai à cette petite œuvre simple mais très convaincante, est celle du son qui est par moments un peu limite et rend difficile la compréhension de dialogues susurrés. Ceci ne devrait pourtant pas freiner l’affluence vers l’Utopia, où «Pour vivre heureux» sortira le 20 mars en programmation normale. Il est à souhaiter que le personnel enseignant de nos lycées le recommande chaudement à ses élèves ou les accompagne même pour mieux en débattre avec eux par la suite.

VOX LUX : UN SCÉNARIO À TROUS

Je ne conseillerai pas la même chose concernant l’explosif Vox Lux, que je suis allé voir ensuite dans la catégorie “avant-premières” au Kinepolis. Où le critique du Hollywood Reporter» Boyd van Hoeij se retrouva devant une salle à moitié vide malgré un complexe bien rempli et la présence sur l’écran de l’épatante Natalie Portman en superstar, secondée par un Jude Law en manager dépassé par les frasques et crises égomanes de la vedette.

Pour expliquer, voire justifier, le comportement surmené et démoniaque de la chanteuse interprété en seconde partie seulement par Portman, le film se base dans un premier chapitre sur un des événements meurtriers qui se sont produits en séries dans des lycées américains et dont la future star aurait été témoin et presque victime.

Mais comme si cela se suffisait, rien par la suite n’est vraiment expliqué, ni au niveau psychologique personnel de l’héroïne, ni dans ses rapports difficiles avec sa sœur, sa fille ou son imprésario. Élément perturbateur supplémentaire: l’actrice Raffey Cassidy, qui interprète la super vedette Céleste dans la première partie, se glisse dans la peau de la fille de celle-ci lorsque Portman prend la relève par la suite. Que de trous de scénario, de moments vagues et de scènes superflues par ailleurs, pour en arriver au moment où Portman fait son numéro oscarisable et se lâche dans une interminable tirade de mégère droguée et alcoolisée avant de livrer sur scène un spectacle impeccable, à presque faire pâlir Lady Gaga, Madonna et Shakira.

Pour l’amour des acteurs, la mise-en-scène léchée, les décors fabuleux, maquillages impeccables, et surtout les compositions pop de Sia qui pourraient grimper dans les «charts», le film vaut qu’on s’y aventure. Pour se laisser raconter une histoire originale et nuancée, il vaudra mieux aller voir ailleurs.

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