LuxFilmFestJournal d'un ciNEUphile (3)

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Pas de répit pour les braves, surtout quand la programmation du Lux Film Fest s'étend sur toute la journée. Voici le 3e billet de notre chevalier du 7e art, Claude Neu.
© Claude Neu

Le festival part sur les chapeaux de roue, affirmation qui n’est pas exagérée lorsqu’on constate l’affluence immédiate vers les salles.

Au Casino Luxembourg, où se tient le Quartier général, les acheteurs de pass et de billets font la file devant le guichet d’accueil et dans l’aquarium tous les casques de VR sont vissés sans exception sur des têtes de spectateurs désireux de voir le monde en apesanteur.

Rassuré par cette ambiance conviviale, je pars pour deux séances à la Cinémathèque où, fort heureusement, on a fini par extraire les petites bêtes des fauteuils avant le début du festival (des punaises de lit avaient élu domicile dans les sièges, ce qui avait mené à une fermeture temporaire du lieu en janvier). À la caisse du rez-de-chaussée, un ancien directeur de cinémas s’impatiente car la queue est longue et les billets se font rares.

Au premier, excellente surprise, la salle est remplie à 99%. Pour une des nouvelles séances non stop, un résultat pareil à seize heures est à considérer comme une vraie réussite. La présentatrice se prend un peu les pieds dans son anglais mais l’émotion semble l’habiter, ça ira mieux la prochaine fois.

Place au premier film en compétition: Firecrackers, estimable “non road movie” dans lequel deux jeunes filles délaissées par toute aisance sociale et sentimentale se battent pour prendre le large vers un avenir meilleur, mais piétineront pas mal sur place avant de se libérer de leurs contraintes. Avant de pouvoir jouer à Thelma et Louise à la toute fin du film, on les voit face à un entourage hostile, machiste et sans avenir.

Ce qui mène à des situations extrêmes où le mal finit toujours par se combattre par le mal. Il y a beaucoup de compréhension de la part de la réalisatrice Jasmin Mozaffari pour ses deux anti-héroïnes, et même dans les moments graves et incisifs elle les filme de façon plutôt poétique, le tout baignant dans une certaine chaleur malgré la dureté du microcosme dans lequel elles sévissent.

À part quelques lenteurs, ce film est un bon document sur les rêves déçus d’une certaine adolescence aux Etats- Unis, où le côté parental est en grande partie responsable du désarroi des jeunes, les géniteurs étant souvent tout aussi, sinon plus paumés que leurs gosses. Comme il s’agit d’un film sur la problématique de deux filles face à leurs difficultés en fin d’adolescence, il tombait à pic pour la Journée internationale des droits des femmes. Avec un témoignage supplémentaire démontrant que la lutte pour la parité est loin d’être gagnée.

© Claude Neu

Beau succès un peu plus tard dans la même salle pour le très particulier et seul film russe de la compétition: The man who surprised everyone. Un garde forestier s’y retrouve confronté à une maladie mortelle. On lui prédit deux mois à vivre, qu’il essaiera de meubler en trompant la mort grâce à un procédé qui donnera du fil à retordre à son entourage.

À partir du moment où il se replie sur lui-même et se travestit en femme, l’hostilité ambiante se manifestera avec perfidie et lâcheté machiste (oui, une fois de plus). Le tout est filmé de façon très intimiste, uniquement de l’angle du condamné qui est de pratiquement de tous les plans et surprend par son jeu à fleur de peau. Beauté de la nature et son très soigné nous font assister à un moment exceptionnel extrait de la fin de vie d’un être particulièrement solitaire, mais la fin du film se permettra, comme par défi à la fatalité de la situation, une ouverture sur un rayon de lumière insoupçonné.

© Claude Neu

Un premier candidat pour un prix semble ainsi acquis dès le premier jour de festival, et la productrice du film, présente dans la salle, a affirmé avant projection que jamais elle n’aurait imaginé, en acceptant ce projet réalisé par un couple, qu’il lui serait permis un jour d’assister à une projection au Luxembourg.

Chose qui ne lui était acquise que grâce à la cinéphilie des habitants de notre pays. Tout le plaisir fut pour nous, chère Madame. Nous attendrons avec curiosité la suite de la filmographie de Natalia Merkoulova et Alexeï Tchoupov. Tout comme les deux films que nous allons voir aujourd’hui. Cette fois, nous prendrons aussi la direction Utopia. Petit état des lieux demain avant midi. Car pendant les festivals, on ne se repose pas le dimanche. On déguste.

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