Letz Be HealthyComment aider un enfant à faire son deuil ?

Sabrina Frohnhofer
Vivre un décès quand on a 30, 7 ou 13 ans, ce n’est pas la même chose. Chacun ressent la situation différemment. Mais comment peut-on épauler un enfant qui a perdu un proche ou un de ses parents? Le pédopsychiatre Ghazi Dali nous livre quelques pistes.
© Letz Be Healthy

Perdre un proche, ce n’est jamais évident, mais un parent c’est encore pire quand on est jeune. Imaginez un enfant, privé du jour au lendemain, de son père ou de sa mère à la suite d’un accident ou d’une maladie… "Lorsqu’on vit une situation, bonne ou mauvaise, c’est la personne qui éprouve ce drame», admet le docteur Ghazi Dali, pédopsychiatre au CHL. Selon lui, il n’existe pas de bonnes façons de faire, par contre on peut éviter certaines maladresses.

Mon enfant ne pleure pas, est-ce grave?

"Lors d’un décès, on pleure. Cela semble normal. Mais un enfant qui ne pleure pas est aussi normal. Il ne faut pas juger." Ce n’est pas être insensible. "Surtout, je déconseille de forcer un enfant qui ne souhaite pas aller au cimetière ou à la morgue. Ce n’est pas nier les choses, mais il a besoin de faire son deuil et le processus peut prendre du temps. Il n’est pas identique d’une personne à l’autre." Ce n’est pas parce qu'on est triste que l’autre doit l’être aussi. "On peut trouver des livres qui abordent ce sujet."

© Photo fournie par Letz Be Healthy

Les différentes étapes du deuil

Dans un deuil, il y a des phases: on nie, on est sidéré, on est révolté, on est triste… "Tout cela n’est pas linéaire. On peut fonctionner par automatismes, faire les choses car il le faut, ensuite on enchaîne les émotions. En principe, il faut six mois pour se sentir mieux. Pour un enfant, cela peut surgir des années après, alors il ne faut pas que le sujet devienne tabou." Ni qu’il vire à l’obsession. "On n’accroche pas de photos partout, on ne parle pas tout le temps du défunt. Il faut que chacun réapprenne à vivre sans." Quant aux dates anniversaires, au premier Noël sans… "c’est normal de ressentir des émotions. Ne les cachez pas."

Parler est essentiel

Un enfant, même petit, a besoin de comprendre avec des mots adaptés. Si le parent restant ne se sent pas capable d’aborder le sujet, il peut demander de l’aide à un proche. "Il est important de déculpabiliser le jeune. Ce n’est pas de sa faute si papa ou maman est triste." Selon le médecin, il n’y a pas d’obligation de consulter, "du moment que l’enfant joue, va à l’école, mange, c’est qu’il va bien. Vous pouvez surveiller les petits changements, mais ça ne sert à rien de s’inquiéter." Ultime conseil: "Un parent qui va mal, ne peut aider son enfant. Il nous arrive en consultation, de recevoir des enfants. Au final, c’est l’adulte qui a besoin d'être accompagné." Le travail de deuil consiste à passer du vécu aux souvenirs. Il ne s’agit pas de tourner la page, mais d’avancer sans, donc différemment.

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