Letz Be HealthyOctobre Rose : là où la peur s'est arrêtée, la vie a recommencé

Sandrine Stauner-Facques
À 55 ans, Carla pensait vivre une simple mammographie de contrôle. Quelques mois plus tard, elle traversait un parcours bouleversant: diagnostic, double mastectomie, reconstruction immédiate, puis nouvelle intervention.
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Aujourd’hui, elle raconte avec sincérité ses peurs, ses choix et cette force qu’elle a découverte en elle. Un témoignage lumineux qui rappelle qu’après la maladie, il existe un chemin pour se reconstruire et continuer à vivre.

Des semaines d’attente avant de mettre un nom sur la maladie

Tout commence en janvier 2025 lors d’un rendez-vous de contrôle. Une mammographie révèle des images inhabituelles et une macrobiopsie doit être programmée. Avant même le diagnostic, Céline doit surmonter une première difficulté: trouver un établissement capable de réaliser cet examen spécifique, et rapidement. "Il a été compliqué d’obtenir un rendez-vous. Les macrobiopsies ne se font pas partout, ce n’est pas une biopsie classique."

En février, les prélèvements sont réalisés sur les deux seins. Commence alors une période éprouvante, rythmée par l’attente des résultats et des rendez-vous.

Début mars, le verdict tombe: un adénocarcinome canalaire in situ est diagnostiqué au sein gauche, un cancer détecté à un stade précoce. Le sein droit présente également des cellules précancéreuses, mais dans une moindre mesure.

"J’ai craqué plusieurs fois, chez mon gynécologue, avec l’infirmière d’annonce, chez le chirurgien esthétique, car je savais que je m’embarquais dans une spirale infernale."

Le choix d’une double mastectomie: reprendre le contrôle

Plusieurs options sont alors évoquées avec Carla, dont celle de retirer uniquement le sein gauche et de traiter le sein droit par radiothérapie. Mais elle sait immédiatement ce qu’elle veut.

"Ma décision était prise: on enlève les deux seins. Et je voudrais une reconstruction, si c’est possible, le jour même."

Son chirurgien lui confirme que cette reconstruction mammaire immédiate est envisageable. Cette décision, Carla la prend pour elle, mais aussi pour ses proches. "Je voulais me donner un maximum de chances pour que cela ne revienne pas. Je voulais qu’on retire ce risque et qu’on me reconstruise directement pendant la même intervention."

Avec le recul, elle estime avoir eu une chance: celle d’avoir pu faire ce choix, parce que son cancer avait été détecté suffisamment tôt.

Le jour de l’opération: affronter l’inconnu

Avant l’intervention, Carla doit surtout apprivoiser une peur qu’elle ne connaît pas: celle de l’inconnu. Elle n’a jamais été opérée auparavant.

"Je me demandais si tout allait bien se passer, si j’allais avoir d’énormes douleurs. J’avais peur de l’inconnu."

Le 29 avril 2025, elle subit cette double mastectomie avec reconstruction immédiate. L’intervention dure trois heures trente et, contrairement à ce qu’elle imaginait, tout se passe mieux que prévu.

"Tout s’est très bien passé. Les douleurs ont été très bien prises en charge. Les techniques et les soins ont certainement beaucoup évolué."

Une nouvelle attente commence alors: celle des résultats des analyses, notamment des ganglions prélevés pour vérifier que la maladie ne s’est pas propagée. "L’opération est une chose, mais ensuite il faut encore attendre à nouveau. Heureusement, les résultats étaient bons."

La reconstruction: un chemin, pas une étape unique

Après cinq jours d’hospitalisation, Carla rentre chez elle. Elle n’a pas eu besoin de beaucoup de médicaments après l’intervention et dit avoir bien géré cette période: "J’ai été opérée le mardi, je suis sortie le dimanche. Lors de mon hospitalisation, on m’a expliqué que j’avais bénéficié d’une nouvelle méthode de cicatrisation avec les pansements PICO: il s’agit d’un traitement des plaies par pression négative. La douleur la plus marquante restera toutefois le retrait des drains mais c’était le point de départ de ma sortie et d’un nouveau commencement."

Puis vient un moment symbolique: découvrir son nouveau corps. Carla avait été prévenue. Une reconstruction mammaire demande du temps et plusieurs interventions peuvent être nécessaires avant le résultat définitif.

"Au début, ce n’était pas vraiment beau. Je pense que je faisais surtout le deuil de ma poitrine." Mais progressivement, son regard évolue. "Finalement, quand je me suis regardée, j’étais contente. Ça me correspondait. C’était assez naturel."

Le 2 février 2026, une seconde intervention finalise la reconstruction: une cicatrice est reprise, la prothèse est repositionnée et un lipofilling est réalisé pour corriger un léger creux. Aujourd’hui, Carla est pleinement satisfaite.

"Je me sens mieux dans mon corps. Je suis moins pudique. Il faut s’habituer à ce nouveau corps, cette nouvelle silhouette. Pourtant, je suis ravie."

Retrouver sa féminité autrement

La mastectomie soulève souvent une grande question: peut-on rester pleinement femme après avoir perdu une partie de son corps? Pour Carla, la réponse est évidente. Sa féminité n’a pas disparu. Elle a simplement changé de regard sur elle-même.

Elle insiste aussi sur l’importance de la relation de confiance avec son chirurgien. "Il a été fabuleux avec moi. Cette relation a été très importante dans ma reconstruction."

Le soutien de ses proches a également été essentiel. "Mon mari a été mon pilier, avec mon fils, ma maman et ma grande sœur. Ils m’ont accompagnée avec beaucoup de douceur, de compréhension et d’amour. Mon fils a été ma motivation et ma force. Peu de personne étaient informées de mon problème mais mes deux amies les plus proches m’ont accompagnée pendant mon séjour à l’hôpital et tout au long de ma convalescence."

Pendant son hospitalisation, Carla avait toutefois choisi de ne recevoir aucune visite. Elle avait besoin de se retrouver, de récupérer et de reprendre des forces.

Le 21 mai 2025: le retour à la vie

Une date restera gravée dans sa mémoire: le 21 mai 2025. Ce jour-là, après l’analyse de son dossier en Réunion de Concertation Pluridisciplinaire, Carla reçoit enfin les résultats définitifs. Les ganglions sont sains. Aucun traitement complémentaire n’est nécessaire. "C’est ce jour-là que j’ai repris ma vie en main."

Très rapidement, elle reprend son travail. Pour elle, retrouver son quotidien signifie sortir de cette spirale médicale et retrouver une forme de normalité.

Une nouvelle façon de regarder la vie

Lorsqu’on lui demande ce que cette épreuve lui a apporté, Carla reste fidèle à sa personnalité positive. Elle hésite même à employer le mot "épreuve". "Je me dis qu’il y a toujours pire. Peut-être que j’essaie aussi de minimiser ce qui s’est passé."

Mais une chose a changé: elle a gagné en confiance. "Je pense que j’ai peut-être gagné un peu plus confiance en moi. Cette histoire m’a surtout rappelé que j’aime la vie et qu’elle est courte."

Son message aux femmes

Aujourd’hui, Carla poursuit un suivi médical régulier (IRM, échographies et mammographies), qu’elle accepte avec sérénité.

À une femme qui vient d’apprendre son diagnostic, elle adresse un message simple: "Chaque expérience est différente. Il ne faut pas comparer son histoire à celle des autres. Il faut faire confiance aux chirurgiens, aux équipes médicales et aux techniques qui ont énormément évolué. Il faut garder confiance."

Carla n’oublie ni les moments difficiles ni les cicatrices. Mais elle retient surtout le chemin parcouru: celui d’une femme qui a affronté la peur, accepté un nouveau corps et retrouvé l’essentiel, la confiance en elle et l’envie de profiter pleinement de la vie.

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