Moi, frontalier“On ne reste pas 30 ans dans une société si on n’y est pas bien”

Jérôme Didelot
En dépit des aléas parfois pénibles de la vie de frontalière, Anne Hinzelin est restée fidèle à la société qui lui a donné sa chance. 30 plus tard, toujours plus de positif que de négatif.

Depuis sa période lycéenne dans la région de Nancy, Anne Hinzelin sait qu’elle veut s’orienter vers le secteur de l’alimentaire. Après un DUT en industrie biologique et alimentaire puis l’obtention d’un diplôme de cadre commercial franco-allemand suivie d'une première expérience professionnelle en France, Anne a l'opportunité de travailler pour une société luxembourgeoise, la Provençale.

Je venais d'une société qui était basée à Jarny et pour moi, c'était le rêve de travailler au Luxembourg, d'être au milieu de personnes qui venaient d'autres pays, qui venaient de France, du Portugal, d'Italie. Ça nous permet aussi de connaître différentes cultures.”

Au fil du temps, la Française connaît une ascension régulière dans cette entreprise familiale mais à la croissance ambitieuse, d’abord assignée à la télévente avant de devenir responsable de département, congélateur puis épicerie depuis 12 ans.

“Dans la balance, il y a plus de positif”

Mais c’est également une vie de frontalière que découvre la jeune employée, et les aléas qui vont avec, comme le temps passé dans les bouchons.

Comment on tient le coup ? Ben en fait, on prend sur soi, on s'y habitue et c'est devenu une routine. On sait qu'on n’a pas vraiment le choix. Donc on les fait, les kilomètres. Moi avant je faisais la route entre Thionville et Luxembourg. Et maintenant j'habite à Sierck. C'est quand même beaucoup plus pratique.

Anne avait même envisagé de déménager au Luxembourg : “À cette époque, j’habitais à Terville, je voulais quand même avoir une surface conséquente, dans les 80 mètres carrés. Et une telle surface, ça chiffre vite au Luxembourg. Donc j’ai ciblé Sierck, ce qui m’évite de prendre l’A31.

Un choix gagnant, même si la fatigue la gagne occasionnellement : “Je vois d'abord le positif. J'essaye de peser le pour et le contre et je m'aperçois que dans la balance, il y a plus de positif qu'autre chose. Je me dis qu'il y a d'autres personnes qui travaillent dans des grandes villes, qui subissent exactement les mêmes choses. Si vous habitez à Paris ou en banlieue parisienne et que vous travaillez à Paris, vous êtes aussi impactés par les transports en commun ou par la circulation sur le périph. Parfois, on aimerait bien habiter plus près. Mais je me rends compte qu'il y a aussi des Luxembourgeois qui habitent plus vers le nord, vers Junglinster ou à Echternach, ou des gens qui habitent à la frontière vers Oberpallen, Niederpallen… qui mettent autant de temps que moi.

“J’aime beaucoup mon travail, ça aide”

Non seulement Anne est restée fidèle au Luxembourg, mais également à la société qui l’emploie, grâce notamment à l’amitié qui existe entre elle et son patron, Georges Eischen.

Tout le monde est assez étonné qu'on puisse rester, à notre époque, encore 30 ans dans la même société, parce que maintenant c'est rare. Beaucoup de gens sont opportunistes et changent tous les quatre, cinq ans. Ils se disent : j'ai fait le tour de la question, je vais changer d'atmosphère. Moi, j'aime beaucoup mon travail, ça aide.

Comme tous les employés de la société ayant atteint une durée honorable de collaboration, Anne peut admirer son portrait sur un des camions de la Provençale, signe de la valeur accordée aux salariés fidèles : “C'est super d'avoir fait partie de l'aventure, de son développement. C'est valorisant de se dire qu’on a grandi avec l'entreprise.

© RTL

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