HistoriqueIl y a 20 ans, Fränk Schleck remportait l’Amstel Gold Race

Christophe Nadin
Le Mondorfois signait sa première victoire majeure et lançait le cyclisme grand-ducal dans une folle décennie de victoires.
© VINCENT JANNINK / AFP

On ne parle pas de l’un des 5 Monuments (Milan - San Remo, Tour des Flandres, Paris -Roubaix, Liège-Bastogne-Liège, Tour de Lombardie) mais d’une course que l’on considéra longtemps comme la sixième roue du carrosse avant que les Strade Bianche ne prennent de l’épaisseur.

L’Amstel Gold Race est ancrée dans le calendrier international depuis 1966. Trait d’union entre les “flamandes” et les “ardennaises”, la classique néerlandaise disputée aux alentours de Maastricht convient aux coureurs complets capables de bien franchir les côtes avec, si possible, des qualités de puncheur bien utiles lorsque l’arrivée est déplacée au sommet du Cauberg.

Echappé en rase campagne

Le début du XXIe siècle est source de renouveau pour le cyclisme luxembourgeois. Kim Kirchen a amorcé la pompe en remportant notamment la semi-classique Paris-Bruxelles en 2003 mais il manque encore un petit quelque chose pour définitivement replacer ce sport national sur la carte mondiale.

Parmi les coureurs en vue, Fränk Schleck commence sérieusement à faire parler de lui alors qu’on promet un avenir radieux à son jeune frère, Andy.

Le frère cadet de Steve, honnête cycliste quant à lui, est bien intégré dans la structure danoise CSC. Sa saison 2005 renvoie l’image d’un garçon capable d’en “claquer” une belle après sa deuxième place au Championnat de Zurich et au Tour d’Emilie, son troisième rang au Tour de Lombardie et sa quatrième place au Tour de Suisse.

D’ailleurs, 2006 a débuté sous les meilleurs auspices avec une échappée dans Milan – San Remo, ouverture des classiques. À l’Amstel, ce dimanche 16 avril, c’est Karsten Kroon qui semble avoir les mains libres dans la structure scandinave. Les difficultés écrèment le peloton et un groupe d’une bonne vingtaine de coureurs se retrouve à chasser derrière l’Allemand Steffen Wesemann. Parmi eux, l’Italien Paolo Bettini, qui semble le plus fort de la meute alors que le Néerlandais Michael Boogerd rêve de l’emporter sur ses terres pour la deuxième fois.

En rase campagne, à 12 km de l’arrivée, alors qu’il ne sont plus qu’une dizaine de coureurs en tête après le passage du redoutable Keutenberg, Fränk Schleck tente sa chance. Dans le jargon cycliste, on dira qu’il part “en facteur”.

“Un truc de fou”

Très vite, il porte son avance à une quinzaine de secondes. L’entente n’est guère cordiale derrière lui et Kroon joue parfaitement son rôle d’équipier en cassant les relais. La sortie de Wesemann dans le final n’empêche pas le champion national de savourer sa première grande victoire à quelques dizaines de mètres de la ligne d’arrivée et d’inscrire pour la première fois le nom d’un Luxembourgeois au palmarès de l’Amstel. “Un truc de fou car l’Amstel ne se gagne pas en partant d’aussi loin”, confessera-t-il. “Je n’y croyais pas trop, surtout avec un gars comme Bettini derrière, mais quand je revois les images, je suis quand même à l’aise dans le Cauberg.”

Il fallait remonter à 1954 et la victoire de Marcel Ernzer à Liège-Bastogne-Liège pour voir triompher un coureur grand-ducal sur une classique XXL.

Ce coup d’éclat fut l’alpha d’une dizaine d’années formidables pour le cyclisme luxembourgeois avec des victoires d’étapes dans le Tour de France pour Fränk Schleck et Kim Kirchen, des maillots jaunes portés par les deux coureurs, un succès de prestige pour “KK” dans la Flèche Wallonne en 2008 et l’avènement d’un Andy Schleck qui allait régaler les puristes en domptant la Doyenne des classiques et en s’adjugeant trois étapes de la Grande Boucle ainsi que le classement final en 2010, 52 ans après Charly Gaul.

Si elle fut moins folle que sa précédente, la décennie 2010-2020 permit notamment à Bob Jungels d’étaler toute sa classe avec une victoire dans Liège-Bastogne-Liège ainsi des victoires d’étapes au Giro et au Tour de France. Mais il y a 20 ans, jour pour jour, c’est Fränk Schleck qui levait les bras à Valkenburg!

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