
"On prépare au mieux cette Coupe du monde, on essaye de faire fi du contexte politique ambiant localement. On essaye d’être focus sur le sportif", explique le sélectionneur Sébastien Migné dans un entretien accordé à l’AFP. Malgré les affres affectant l'île également gangrennée par les gangs, il est satisfait des conditions qui sont améliorées ces dernières années et sont désormais quasi identiques à celles en clubs.
Grâce à cela, il a pu attirer des joueurs binationaux d'assez gros calibres, comme Wilson Isidor (Sunderland) ou Jean-Ricner Bellegarde (Wolverhampton) même s’il n’a pas encore réussi à convaincre le Lensois Odsonne Edouard.
"Depuis l'arrivée de certains joueurs, le niveau de la sélection n'a fait qu'augmenter, je trouve que c'est plus professionnel", estime auprès de l'AFP Stephane Lambese, défenseur de Fleury (National), qui a participé aux qualifications mais n'a pas été finalement appelé pour la phase finale.
Avant de composer sa liste, l'ancien sélectionneur du Kenya, du Congo et de la Guinée Equatoriale, réalisé un "gros travail de réflexion avec pour but de composer le meilleur groupe possible": pas forcément "les meilleures individualités mais surtout des éléments qui peuvent constituer le meilleur groupe pour faire bonne figure lors de cette Coupe du monde", a ajouté le technicien, qui ne s'est encore jamais rendu à Haïti à cause du contexte social compliqué depuis la prise de son poste en 2024.

Selon lui, il y a un "bon mélange" d'anciens, de jeunes, de binationaux, de garçons nés à Haïti, d’anglophones, de francophones: "cette diversité amène de la force à la sélection", abonde Stéphane Migné, qui vit à 53 ans sa 12e compétition internationale, en tant que sélectionneur ou adjoint.
"Il va falloir hausser le curseur vu le niveau des adversaires et il ne s’agira pas de parquer un bus devant la surface mais de mettre de l’allant dans notre jeu", prévient le coach, qui s'appuie sur un "conseil des sages" dont le gardien et capitaine de 37 ans Johny Placide, qui vivra sa dernière grande compétition avec sa sélection et le vice-capitaine Ricardo Adé. "Ce sont de formidables relais" pour la vie de groupe, selon ses mots.
Particularité de cette sélection composée majoritairement de joueurs binationaux: peu jouent dans le championnat haïtien et certains n'ont même jamais posé un pied sur l'île.
C'est le cas de Josué Casimir, l'attaquant de l'AJ Auxerre: "Je n'y suis jamais allé. Nous n'avons pas pu jouer nos matches qualificatifs de la zone Concacaf (Amérique du Nord, centrale et Caraïbes) là-bas car c'était un peu la guerre civile" en Haïti, rappelle-t-il à l’AFP.
Leur matches (contre Honduras, Nicaragua, Costa Rica) à domicile ont en effet été disputés à Curaçao. "Evidemment c'était une frustration pour nous d'évoluer hors d'Haïti", reconnaît Casimir.
"Nous avions peu de supporteurs pour nous encourager, mais nous avons fait avec, nous n'avions pas le choix. Et nous nous sommes quand même qualifiés", rappelle-t-il.
Reste à savoir si à Boston, Philadelphie et Atlanta, lieux de leurs trois matches face à l'Ecosse (13 juin), au Brésil (19) et au Maroc (24), les Grenadiers pourront bénéficier du soutien dans les stades de la diaspora haïtienne, présente sur place mais majoritairement établie à New York et Miami, compte tenu des prix très élevés des billets.