40.000€ volés et un appartement saccagéUn propriétaire du Kirchberg arnaqué par un entrepreneur véreux

Rodrigo Costa Ribeiro
traduit pour RTL Infos
Un résident luxembourgeois affirme avoir perdu près de 40.000 euros aux mains d'un entrepreneur trouvé sur Facebook. Ce dernier a mis son appartement du Kirchberg à nu avant de disparaître. Au moins quatre personnes ont déclaré à RTL avoir été escroquées par le même individu.
Situé au Kirchberg, l'appartement de José a été complètement détruit par un entrepreneur qui s'est volatilisé.
© José Sanchez-Lopez

José Sanchez-Lopez a acheté son appartement dans un immeuble des années 1970 au Kirchberg en mars 2025 et avait prévu une enveloppe de 80.000 € pour le rénover juste après l'acquisition. Quelques mois plus tard, il se retrouvait devant la porte d'un appartement mis à nu, amputé de la moitié de son budget, avec un crédit immobilier dont il ne pouvait se défaire et un entrepreneur qui s'était volatilisé.

Le projet était simple : abattre une cloison, refaire la salle de bain et les sanitaires et installer une nouvelle cuisine. Un projet serré au niveau du budget, mais réalisable.

Dès qu'il a eu les clés en main, José Sanchez-Lopez a commencé à chercher des entrepreneurs, d'abord en demandant des recommandations sur Facebook, au sein d'un groupe destiné aux hispanophones du Luxembourg. C'est là qu'un homme se présentant sous le nom d'Alejandro, de nationalité bolivienne, l'a contacté. "Il est venu vers moi en me disant qu'il pouvait m'aider", raconte-t-il.

Passer par les voies officielles tenait à cœur à l'heureux propriétaire : payer les taxes, rémunérer les ouvriers équitablement et respecter la loi. Il affirme qu'Alejandro lui a assuré que tout serait fait dans les règles de l'art. Les deux hommes ont alors commencé à négocier les modalités, principalement par messages et appels WhatsApp. Le coût total des travaux, réglés en six étapes au fur et à mesure de l'avancement du chantier, devait s'élever à un peu plus de 60 000 €.

Plusieurs indices auraient dû l'alerter

Ce que José décrit ensuite correspond, selon lui, à une valse de documents qui aurait dû l'alerter. Et dont la chronologie a pris cette forme :

  • Mars 2025 : José Sanchez-Lopez signe le contrat,
  • 26 août 2025 : il reçoit un devis d'Alejandro au nom d'une société espagnole portant son nom de famille, mais dépourvue de numéro d'immatriculation valide,
  • 28 août 2025 : il reçoit un devis définitif d'Alejandro au nom d'une société luxembourgeoise disposant d'un numéro d'immatriculation valide au Registre de Commerce et des Sociétés,
  • 4 septembre 2025 : début des travaux de démolition.

Le propriétaire confie qu'à ce stade, sa confiance envers l'entrepreneur commençait à vaciller. Toutefois, ce dernier a insisté, partageant des messages vocaux d'autres collaborateurs et contacts susceptibles, selon lui, de se porter garants de son sérieux. Les deux hommes ont convenu d'abandonner le principe d'un acompte initial de 40 % au profit d'un échelonnement des paiements en six étapes.

Début septembre 2025, Alejandro a reçu les clés de l'appartement.

Les travaux ont débuté par la démolition. Mais l'entrepreneur fantôme a rapidement insisté sur le fait que le chantier serait plus vaste que prévu : il fallait arracher le revêtement de sol pour remplacer les canalisations et les câbles électriques situés en dessous. Des travaux qui, selon lui, étaient inclus dans le prix initial.

Il a ensuite commencé à faire pression sur José Sanchez-Lopez pour qu'il s'affranchisse du calendrier de paiements échelonnés convenu, arguant qu'il avait besoin de fonds pour embaucher des ouvriers supplémentaires et commander des matériaux pour les étapes ultérieures, comme les stores et la cuisine. Ces frais, soutenait-il, devaient être réglés même en l'absence de progrès visibles sur le chantier.

À la fin du mois de septembre, M. Sanchez-Lopez avait déjà versé près de 40.000 euros, sous la pression insistante d'Alejandro. Ce dernier affirmait que plusieurs tâches étaient menées en parallèle et que les paiements devaient suivre le rythme pour permettre la poursuite de la rénovation. Alejandro avait initialement déclaré qu'il réaliserait l'essentiel des travaux lui-même, mais il a finalement fait appel à des sous-traitants : un électricien et un plombier. Fin septembre, José raconte que le plombier l'a pris à part pour lui demander pourquoi il n'avait pas encore effectué le paiement. Or, l'argent destiné à la plomberie et à l'électricité avait déjà été transféré à Alejandro, suite à ses pressions répétées. Pour autant, aucune partie de cette somme n'était parvenue aux ouvriers. Le lendemain, tous deux ont confronté l'entrepreneur.

"C'est le dernier jour où je l'ai vu. Il m'a dit avoir des problèmes avec les paiements mais que tout le monde serait rémunéré. Puis il a disparu."
José Sanchez-Lopez

En examinant de plus près ce qu'il restait des lieux, il a pris la mesure des dégâts, qui allaient bien au-delà de ce qu'il avait imaginé. "Il a saccagé l'appartement", déclare-t-il auprès de nos confrères de RTL Today. Les travaux de démolition – qui auraient dû laisser intactes les installations électriques et de plomberie – ont abouti à un appartement mis à nu jusqu'au plancher, avec des canalisations sectionnées, des radiateurs arrachés et un câblage électrique irrémédiablement détruit. "Il a coupé les canalisations, l'eau et le chauffage. Il n'y a plus d'électricité", précise Sanchez-Lopez.

Face au silence d'Alejandro, José Sanchez-Lopez a déposé plainte auprès de la police. Il explique que les forces de l'ordre lui ont indiqué qu'il existait déjà d'autres signalements à l'encontre d'Alejandro. Toutefois, "la police m'a dit qu'elle ignorait où il se trouvait et qu'elle ne pouvait donc rien faire", a-t-il ajouté.

Un homme aux multiples facettes

RTL s'est entretenu avec trois autres personnes affirmant avoir eu des échanges avec Alejandro. Chacune décrit un scénario similaire, impliquant souvent une proposition d'aide, une demande d'argent préalable, puis le silence.

Carlos*, également d'origine bolivienne, affirme avoir travaillé avec Alejandro en 2021 alors qu'il était employé par une entreprise de construction spécialisée dans la couverture et les échafaudages. Il soutient que la plupart des personnes présentes sur le chantier travaillaient illégalement et qu'il n'a jamais été intégralement payé pour son travail.

Luisa* raconte avoir loué une chambre à Alejandro en 2018, dans un logement qu'il sous-louait selon elle. D'après des documents judiciaires consultés par RTL, elle a déclaré au tribunal de paix de Luxembourg qu'il l'avait expulsée tout en conservant sa caution et ses effets personnels. Elle réclame leur restitution ainsi que des dommages et intérêts.

Alejandro ne s'est jamais présenté à l'audience, ni en personne ni par l'intermédiaire d'un représentant, bien que la convocation lui ait été remise en main propre, selon le jugement. Le tribunal a tranché partiellement en sa faveur, ordonnant à Alejandro de restituer 2.000 euros au titre de la caution, majorés des intérêts et des frais de justice. Luisa affirme n'avoir jamais reçu cette somme.

Un troisième homme, également bolivien, a confié à RTL avoir perdu environ 10.000 euros après qu'Alejandro a proposé d'aider sa compagne et l'enfant de celle-ci à émigrer en Espagne. Tout contact a cessé peu après le paiement, explique-t-il. Il s'est ensuite rendu au Luxembourg pour tenter de retrouver Alejandro, mais sans succès. RTL a obtenu une copie de la plainte qu'il a déposée auprès de la police espagnole. Celle-ci mentionne le même nom et le même numéro de téléphone luxembourgeois, ainsi que l'une des entreprises citées par plusieurs personnes nous ayant contactés.

Une enquête est en cours, mais l'entrepreneur évite les questions gênantes

Le parquet a confirmé à RTL qu'une enquête était en cours concernant le cas de José Sanchez-Lopez, mais a refusé de communiquer davantage de détails. Aucune des allégations décrites dans cet article ne semble avoir abouti à une condamnation pénale.

RTL a tenté de joindre Alejandro par téléphone et par e-mail pour recueillir son témoignage. Bien qu'il ait répondu au téléphone, il a indiqué ne pas parler suffisamment bien le français pour comprendre notre demande et nous a invités à le contacter par e-mail. RTL a par la suite envoyé deux messages de relance à une adresse qu'Alejandro avait confirmée comme étant la sienne. Cette même adresse e-mail figure sur des factures et dans des documents obtenus par RTL. Aucun de ces e-mails n'a reçu de réponse.

Aucune issue en vue

"Aujourd'hui, je vis chez ma copine. Je n'ai pas les moyens de payer quoi que ce soit, car j'ai un crédit immobilier très lourd à rembourser."

Pour José, savoir que l'enquête est ouverte ne lui apporte guère de réconfort. Il s'appuie sur sa compagne et ses amis pour surmonter cette épreuve : "Aujourd'hui, je vis chez ma copine. Je n'ai pas les moyens de payer quoi que ce soit, car j'ai un crédit immobilier très lourd à rembourser."

Les mois qui ont suivi septembre 2025 ont été éprouvants, tant physiquement que mentalement, explique-t-il : "À cause du stress, je ne pouvais plus bouger à cause de mon dos. J'ai vraiment souffert de problèmes de dos pendant des mois, au point de ne même pas pouvoir entrer dans l'appartement."

Depuis, le propriétaire de l'appartement en ruine a pris les choses en main : il a déblayé les décombres lui-même et a fait appel à un électricien pour réparer les dégâts ainsi qu'à un plombier pour refaire la tuyauterie.

L'appartement, censé devenir son foyer, est encore loin d'être habitable, et les 80.000 euros mis de côté pour le rénover ont fondu pour ne plus représenter qu'une fraction de cette somme. "Le problème, c'est que je suis bloqué. Je n'ai pas 100 000 euros. J'ai un crédit immobilier énorme. La banque ne me prêtera pas davantage d'argent."

Le reportage de nos confrères de RTL Today :

How a Luxembourg homeowner was scammed of €40,000 – and left with a gutted apart
Le propriétaire d'un appartement du Kirchberg témoigne après avoir été arnaqué d'environ 40.000€ par un entrepreneur.

Note de la rédaction : Au moment de la rédaction de cet article, José Sanchez-Lopez avait reçu des nouvelles du service du parquet chargé de la criminalité organisée et des stupéfiants concernant sa plainte, confirmant que l'enquête est toujours en cours.

* Tous les noms, à l'exception de celui de José, ont été modifiés par RTL.

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