
Le Royaume-Uni et l’Union européenne sont arrivés jeudi, à l’issue d’âpres négociations, à un accord de libre-échange post-Brexit, permettant in extremis d’éviter un “no deal” potentiellement dévastateur, selon une source gouvernementale britannique.
“Un accord a été trouvé”, a déclaré cette source. “Tout ce qui avait été promis aux Britanniques lors du référendum de 2016 et des législatives de l’année dernière est réalisé dans cet accord”, a-t-elle ajouté.
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le négociateur européen Michel Barnier devraient donner une conférence de presse dans l’après-midi, a indiqué un porte-parole de l’exécutif européen sur Twitter. Selon cette dernière, il s’agit d’un “bon accord, équilibré” et “juste” pour chaque partie.
“L’accord avec le Royaume-Uni est essentiel pour protéger nos citoyens, nos pêcheurs, nos producteurs. Nous nous assurerons que c’est bien le cas”, a averti cependant le président français sur Twitter, ajoutant que “l’Europe avance et peut regarder vers l’avenir, unie, souveraine et forte”.
Le Royaume-Uni restera l’“ami”, “l’allié” et “le premier marché” de l’Union européenne malgré le Brexit, a assuré jeudi le Premier ministre Boris Johnson après la conclusion avec Bruxelles d’un accord commercial “bon pour toute l’Europe”.
“Nous avons conclu le plus grand accord commercial jusqu’à présent, pour 660 milliards de livres (733 milliards d’euros) par an”, un “accord de libre-échange complet à la canadienne entre le Royaume-Uni et l’Union européenne”, “sans droits de douane, sans quotas”, s’est félicité Boris Johnson lors d’une conférence de presse.
Le Parlement européen a salué jeudi l’accord post-Brexit conclu entre Londres et Bruxelles, tout en avertissant qu’il “poursuivra ses travaux (...) avant de décider de donner ou non son approbation l’an prochain”, a déclaré son président David Sassoli.
Le Parlement “regrette que la durée des négociations et le caractère in extremis de l’accord ne permettent pas un véritable contrôle parlementaire avant la fin de l’année (...). Le Parlement poursuivra ses travaux au sein des commissions compétentes et en session plénière” avant une décision début 2021, a-t-il souligné.
Le feu vert des eurodéputés est indispensable pour l’entrée en vigueur officielle de l’accord qui sera cependant appliqué de manière provisoire pour éviter un “no deal”.
L’Ecosse s’est montrée sceptique sur l’accord. La Première ministre Nicola Sturgeon (indépendantiste) a estimé jeudi qu’il était temps pour la province britannique de devenir une “nation européenne indépendante”, après la conclusion d’un accord commercial post-Brexit entre le Royaume-Uni et l’Union européenne.
“Le Brexit arrive contre la volonté du peuple d’Ecosse”, qui a voté à 62% contre la sortie de l’UE, a tweeté Nicola Sturgeon, soulignant qu’“aucun accord ne pourra jamais compenser ce que le Brexit nous enlève”. “Il est temps de tracer notre propre avenir en tant que nation européenne indépendante”, a-t-elle affirmé, alors que Londres refuse à l’Ecosse un nouveau référendum sur l’indépendance.
La conclusion d’un texte en à peine dix mois - quatre ans et demi après le référendum de juin 2016 sur le Brexit - constitue une prouesse pour Londres et Bruxelles, surtout pour un accord de cette envergure qui prend en général des années.
Deux ans et demi avaient été nécessaires pour négocier le traité de retrait scellant le départ britannique, conclu fin 2019, un texte fournissant une sécurité juridique aux expatriés des deux côtés de la Manche et des garanties pour le maintien de la paix sur l’île d’Irlande.
Avec cet accord, l’UE offre à son ancien Etat membre un accès inédit sans droit de douane ni quota à son immense marché de 450 millions de consommateurs.
Mais cette ouverture sera assortie de strictes conditions: les entreprises d’outre-Manche devront respecter un certain nombre de règles évolutives au fil du temps en matière d’environnement, de droit du travail et de fiscalité pour éviter tout dumping. Des garanties existent aussi en matière d’aides d’Etat.
Un mécanisme permettra aux deux parties d’activer rapidement des contre-mesures, comme des droits de douane, en cas de divergences sur ces normes.
Dans le cadre de l’accord post-Brexit, l’UE transférera au Royaume-Uni 25% de la valeur des produits pêchés dans les eaux britanniques par les flottes européennes, à l’issue d’une période de transition jusqu’en juin 2026, a indiqué jeudi un haut responsable européen.
Le détail des espèces et zones concernées par ce pourcentage n’est pas encore déterminé, a ajouté ce responsable. Après cette période de cinq ans et demi, cet accès sera renégocié annuellement. Par ailleurs, les pêcheurs de l’UE conserveront jusqu’en 2026 l’accès garanti aux zones situées dans les 6-12 milles marins au large des côtes britanniques (eaux territoriales) où ils se rendaient traditionnellement.