Les départements hésitentRester à 80 km/h ou revenir à 90 km/h?

Romain Van Dyck
De nombreux départements hésitent encore à revenir à 80km/h, redoutant un "piège" du gouvernement. De l'autre côté de la frontière, la Meurthe-et-Moselle a déjà fait un choix.
© AFP

La Loi d’orientation des mobilités (LOM), en cours d’examen par le Conseil constitutionnel, doit être promulguée “en fin d’année, début d’année prochaine”, indique-t-on à la Sécurité routière. Dans certains départements, on s’impatiente. Le texte va permettre de repasser à 90 km/h une partie des routes secondaires à double sens sans séparateur central. Depuis le 1er juillet 2018, la limitation de vitesse y avait été abaissée à 80 km/h, déclenchant une fronde d’automobilistes, de motards et d’élus.

Vingt-cinq départements (Cantal, Côte-d’Or, Corrèze, Haute-Saône, Loir-et-Cher, Lozère, Orne, Maine-et-Loire, Tarn...) ont d’ores et déjà annoncé leur intention de repasser une partie des routes à 90 km/h.

En juillet dernier, on apprenait que sur les 10 départements du Grand Est, la Meurthe-et-Moselle et les Ardennes sont les seuls à vouloir conserver la limitation à 80 km/h sur les routes secondaires.

LES ÉLUS SE MÉFIENT

Mais une majorité de chefs d’exécutifs locaux (42) -y compris de fervents pro-90 km/h- se montre méfiante et attend de voir les modalités qui seront fixées par la loi.

“Il y a des sous-entendus et des non-dits” dans le texte, estime Jean-Marie Bernard, président du conseil départemental des Hautes-Alpes. Pour beaucoup, l’assouplissement permis par le gouvernement -en réponse à la crise des “gilets jaunes"- est “une mascarade”, un “piège grossier”.

Repasser à 90 km/h, “ce sont des décisions qui sont lourdes et qu’il faut assumer en conscience”, avait prévenu Edouard Philippe en janvier dernier, en annonçant des chiffres “historiques” à la baisse de la mortalité routière (3.488 tués en 2018) après six mois de 80 km/h.

QUI SERA RESPONSABLE EN CAS D’ACCIDENT?

Les routes envisagées pour repasser à 90 km/h devront être soumises pour avis consultatif à une commission départementale de sécurité routière. Mais “en cas d’accident, notre responsabilité pourrait d’évidence être engagée si l’on décide tout de même de relever la vitesse”, craint le président du conseil départemental de la Marne, Christian Bruyen.

Repasser ces 1.000 kilomètres de routes à 90 km/h nécessitera la pose d’environ 780 panneaux, soit un montant de 333.000 euros. Dans certains départements, comme la Nièvre, ce coût est dissuasif.

Par choix ou “contraints”, vingt départements (dont Gironde, Ardennes, Bouches-du-Rhône, Gard, Morbihan, collectivité de Corse, Loire-Atlantique, Ille-et-Vilaine...) ont donc annoncé qu’ils resteront à 80 km/h.

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