Fuites de gazNordstream: une bombe climatique?

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Le méthane qui s'échappe des gazoducs Nordstream aura des conséquences désastreuses pour le climat. Explications.
Fuites sur les gazoducs Nordstream : une bombe climatique
Le méthane qui s’échappe des gazoducs Nordstream aura des conséquences désastreuses pour le climat. C’est l’équivalent de millions de tonnes de CO2 chaque jour.

Un désastre en mer Baltique. Les fuites vont libérer “plusieurs millions de tonnes d’équivalent CO2” dans l’atmosphère, affirme Sasha Müller-Kraenner, de l’ONG environnementale allemande DUH. C’est certain, le gaz libéré générera des “conséquences dramatiques” en matière de réchauffement climatique, a-t-il ajouté. Les gazoducs renferment du gaz naturel, à 90% composé de méthane, un gaz à effet de serre redoutable.

Selon les experts du GIEC, le méthane est un gaz au pouvoir réchauffant 84 fois plus puissant que le CO2 sur vingt ans. Même s’il se dégrade assez rapidement dans l’atmosphère, sur un siècle, son pouvoir de réchauffement reste environ 28 fois supérieur à celui du CO2.

DIFFICILE À QUANTIFIER

Jasmin Cooper, chercheur associé au Sustainable Gas Institute de l’Imperial College de Londres, a déclaré qu’il serait difficile de quantifier exactement la quantité de gaz atteignant l’atmosphère, en particulier compte tenu des rares données existantes sur les fuites des pipelines sous-marins. Mais une chose est sûre, il s’agit bien d’un désastre environnemental.

Selon un porte-parole de Nord Stream 2 - un des deux pipelines qui fuient - contiendrait à lui seul 300 millions de mètres cubes de gaz.

La libération de cette quantité dans son intégralité dans l’atmosphère entraînerait environ 200.000 tonnes d’émissions de méthane, a déclaré l’ingénieur chimiste Paul Balcombe de l’Université Queen Mary de Londres.

Plusieurs chercheurs parlent d’une véritable bombe climatique. Greenpeace affirme que ces fuites pourraient avoir le même potentiel destructeur pour le climat que les émissions annuelles de 20 millions de voitures!

D’autres scientifiques se veulent un peu plus rassurants sur les conséquences pour l’environnement. Elles devraient être un peu plus limitées car le méthane se dissout en partie dans l’eau, ce qui réduit fortement sa toxicité. Le climatologue Zeke Hausfather le gaz qui s’échappe de Nord Stream 2 correspond à 6 millions de tonnes d’équivalent CO2, soit l’équivalent des émissions annuelles de 1,4 million de voitures.

Cela correspond à peu près à la quantité de CO2 émise au cours d’une année entière par des villes de taille moyenne telles que La Havane, Helsinki ou Dayton, Ohio.

Pour Serge Zaka, Docteur en agroclimatologie, chaque jour de fuite sur ces gazoducs devrait libérer l’équivalent des émissions de gaz à effet de serre de toute la France en 24 heures”.

L’ impact climatique anticipé du méthane est doublement inquiétant, car le monde est plus proche qu’on ne le pensait auparavant de franchir des “points de basculement” auxquels les boucles de rétroaction climatique se déclenchent pour que le réchauffement climatique s’auto-perpétue.

Une étude de septembre a suggéré que certains des événements qui pourraient déclencher ces boucles de rétroaction, comme l’effondrement de la calotte glaciaire du Groenland ou la fonte du pergélisol arctique, sont imminents.

L’HUMANITÉ EST BIEN RESPONSABLE

Les trois cinquièmes des émissions mondiales estimées de méthane proviennent de l’activité humaine. Le reste provient de sources naturelles comme les marécages.

Parmi les émissions d’origine humaine, les deux tiers proviennent de l’élevage et des combustibles fossiles, le reste provenant en grande partie des déchets en décomposition ainsi que de la culture du riz, selon les données de la Climate and Clean Air Coalition.

Partout où nous avons regardé, les émissions de méthane se sont avérées plus élevées que ce que les agences ont dit qu’elles devraient être”, a déclaré Robert Jackson, co-auteur d’une étude de février sur l’ impact du méthane sur le réchauffement . “C’était le cas des champs de pétrole et de gaz, des décharges...”

Alors que les scientifiques peuvent mesurer avec précision le niveau de méthane dans l’atmosphère, comprendre d’où il vient est crucial pour les décideurs qui cherchent à imposer des réglementations qui réduisent les émissions.

PIRE QUE LE CHARBON?

Les entreprises pétrolières et les nations font pression pour que le gaz naturel soit un “carburant de transition” vers les énergies renouvelables alors que le monde entreprend une transition vers une énergie propre pour lutter contre le changement climatique. Leur argument: la combustion du gaz naturel émet deux fois moins de carbone par kilowatt que le charbon.

Mais en tenant compte des fuites de l’industrie gazière provenant des plates-formes de forage, des pipelines, des compresseurs et d’autres infrastructures, et ces gains peuvent rapidement être effacés.

Il y a un seuil de rentabilité dans la quantité de méthane qui fuit. C’est pour cette raison que le gaz naturel peut être pire que le charbon pour le climat”, a déclaré Sam Abernethy, co-auteur de l’étude de février.

Stefano Grassi, chef du cabinet du commissaire à l’énergie de l’Union européenne, a déclaré mardi que les fuites risquaient de devenir une catastrophe climatique et écologique”.

Bref, il s’agit d’une énième mauvaise nouvelle pour le climat. La quasi-totalité des scientifiques tirent pourtant depuis des années la sonnette d’alarme. Nous nous approchons littéralement d’un point de non-retour”, a déclaré il y a quelques jours Jane Goodall, la célèbre éthologue et militante de la cause environnementale à Los Angeles.

L’humanité est en train d’épuiser ses recours face au changement climatique”, s’inquiète la primatologue britannique Jane Goodall, qui appelle du haut de ses 88 ans à combattre “la pensée à court terme” pour sortir de l’impasse environnementale.

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