
Le Sénégal a voté début mars une nouvelle loi doublant les peines pour relations homosexuelles, désormais passibles de cinq à dix ans de prison, avant sa promulgation le 31 mars par le président Bassirou Diomaye Faye.
Elle intervient dans un contexte marqué par une vague d'homophobie dans le pays et une série d'arrestations dont plusieurs célébrités locales pour homosexualité présumée, certaines étant en particulier accusées d'avoir volontairement transmis le sida.
"Il y a une sorte de tyrannie. Dans le monde, nous sommes peut être 8 milliards d'êtres humains. 80% ou plus n'en veulent pas (de l'homosexualité)", a dit vendredi M. Sonko, répondant à une question d'une députée lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée.
"Aucun pays arabe ne nous critiquera, (ni) aucun pays africain mais il y a un petit noyau qui s'appelle l'Occident, au sein duquel d'ailleurs le débat n'est pas tranché parce qu'il y en a beaucoup (dans cette zone) qui n'en veulent pas, qui veut l'imposer (l'homosexualité) au reste du monde. Au nom de quoi ?", a tancé M. Sonko, également chef du parti Pastef, majoritaire à l'Assemblée nationale.
"Parce qu'ils ont les moyens (et) maîtrisent les médias, (ils) veulent imposer leur diktat. Le peuple sénégalais souverain ne veut pas de ces pratiques ici au Sénégal", a-t-il poursuivi.
Le chef du gouvernement a affirmé, après le vote de la loi, avoir "entendu beaucoup de gesticulations (critiquant le Sénégal) dans des pays étrangers, particulièrement la France. S'ils ont opté pour ces pratiques, c'est leur problème mais nous n'avons pas de leçon à recevoir d'eux, absolument pas".
Le chef du gouvernement sénégalais, plusieurs fois applaudi par les députés, a affirmé que "si la loi doit être renforcée, elle le serait".
Il a appelé la justice "à veiller" à son application "totale, intégrale, impartiale et parfaite parce qu'il y va des intérêts supérieurs de cette Nation". L'objectif "principal" du nouveau texte est de "mettre un terme à la prolifération du phénomène de l'homosexualité".
M. Sonko également rejeté tout "moratoire" sur l'application de la loi après une demande dans ce sens d'un collectif d'une trentaine de personnalités d'origine africaine, dans une tribune publiée mi-mai dans le journal français Libération.
Cette demande de moratoire est exprimée par les auteurs de cette tribune face, selon eux, à un "climat de peur, de haine et de violence" qui "s'est installé dans le pays" depuis le vote de la loi.
La tribune est signée notamment par l'avocate Alice Nkom, l'ancien rapporteur spécial de l'ONU pour les nouvelles formes de discrimination Doudou Diène, l'essayiste Matthieu Niango, l'animateur radio et entraîneur de football Brahim Naït-Balk, le cinéaste Jean-Claude Barny.
M. Sonko s'est attaqué à eux: "Nous avons une partie de nos élites, de nos intellectuels qui sont complexés et complètement formatées (par l'Occident) qui ont peur de leur propre ombre", a t-il dit, évoquant de "soi-disant intellectuels africains qui écrivent au président de la République qui a librement promulgué la loi pour demander un moratoire".
Il a décidé qu'"il n'y aura pas de moratoire. Cette loi sera appliquée".
Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme Volker Türk avait, le 12 mars, dénoncé la nouvelle législation sénégalaise qui "bafoue", selon lui, les droits humains.
Dans une rare prise de position politique internationale, une ministre wallone a remis en cause le financement au Sénégal des projets liés au climat.
Les relations entre personnes du même sexe sont considérées comme une déviance au Sénégal et le durcissement de leur répression est une promesse de longue date du camp au pouvoir, porteuse politiquement dans ce pays.