Quelques secondes plus tard, une violente gerbe de flammes a jailli horizontalement vers la rue, comme le montre une vidéo authentifiée par Reuters. Les cris ont immédiatement envahi l’air.
Usa Tadsree, 41 ans, qui venait de sortir fumer une cigarette, a vu les lumières vaciller à l’intérieur avant de repérer la fumée. "On allait rentrer pour voir ce qu’il se passait. Mais avant même d’atteindre la porte, quelque chose a explosé vers l’extérieur, un boum très rapide", raconte-t-elle.
Le bilan est terrible : au moins 30 morts et 75 blessés, dont 24 dans un état critique. Une tragédie qui relance une fois encore les interrogations sur les normes de sécurité incendie et leur application dans les établissements de nuit en Thaïlande.
Selon les autorités, le feu s’est déclaré à 23 h 57, probablement à cause d’un court‑circuit dans un climatiseur fixé au plafond. Les pompiers sont arrivés en quelques minutes, mais plusieurs facteurs ont rendu l’incendie particulièrement meurtrier.
Des matériaux hautement inflammables utilisés pour la décoration et l’acoustique — mousse, panneaux, feuillages artificiels — ont immédiatement pris feu, libérant une chaleur extrême et des fumées toxiques. Deux experts ayant inspecté les lieux évoquent un mélange de gaz brûlants et de plastiques en combustion qui a rapidement asphyxié les clients piégés à l’intérieur.
La police examine également si des issues de secours étaient bloquées. Plusieurs sorties auraient été obstruées par des tables et des caisses de bière. Une porte qui devait servir d’évacuation aurait même été verrouillée, selon les autorités.
Les équipes de secours ont retrouvé de nombreuses victimes près des toilettes, à l’arrière du bâtiment, là où les sorties étaient censées se trouver. Des images de caméras‑piétons montrent des corps allongés au sol, incapables de fuir la fumée noire chargée de monoxyde de carbone et de cyanure, produite par les matériaux non ignifugés.
Le propriétaire du pub, hospitalisé, n’a pas encore pu répondre aux enquêteurs. L’établissement, officiellement enregistré comme restaurant, fonctionnait en réalité comme un bar‑concert, ce qui implique des règles de sécurité différentes.
Ce drame rappelle d’autres incendies meurtriers dans le pays : en 2022, un feu dans une discothèque de Chonburi avait fait 13 morts ; en 2009, un incendie dans un club de Bangkok avait tué au moins 65 personnes. À chaque fois, les mêmes problèmes reviennent : matériaux inflammables, établissements surchargés, sorties inutilisables.
Depuis dimanche, les autorités de Bangkok promettent de revoir les réglementations, notamment sur les décorations, les matériaux autorisés et la classification des établissements de nuit.
"Il faut réévaluer les risques et mettre à niveau chaque bâtiment pour atteindre des standards modernes de sécurité", insiste Busakorn Saensookh, experte en ingénierie incendie.