FranceLes gilets jaunes veulent retourner dans la rue en même temps que les lycéens

AFP
Mouvement social d'ampleur en France en 2018 et 2019, les gilets jaunes ont annoncé un millier d'actions samedi contre la vie chère, avec l'objectif de "reprendre la rue", surfant sur la colère des lycéens et des étudiants pour dénoncer notamment une inflation au plus haut à six mois de la présidentielle.
© LOU BENOIST/AFP

Depuis des semaines, des appels à ressortir le 17 octobre les gilets jaunes, tenues emblématiques du mouvement né après l'arrivée au pouvoir du président Emmanuel Macron, circulaient sur les réseaux sociaux mais ils ont enflé ces derniers jours, nourris par la colère des lycéens qui exigent davantage de moyens pour l'éducation.

Cette éventuelle "convergence des luttes", redoutée par les autorités, intervient sur fond de fortes tensions sociales, alimentées par une inflation ayant atteint 3,1 % sur un an en septembre, soit un plus haut depuis janvier 2024 et par une baisse du pouvoir d'achat dans un pays surendetté surveillé de près par les marchés financiers.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a dit jeudi redouter des violences samedi. Il a estimé que le "mouvement lycéen" en France se transformait en "mouvement de violences urbaines".

D'un point de vue politique, le parti de gauche radicale, La France insoumise (LFI), appelle depuis plusieurs semaines à cette "convergence", dont elle espère bénéficier. Pour l'instant, dans les sondages, c'est Marine Le Pen, candidate de l'extrême droite, qui caracole en tête.

Jeudi, les principales organisations de jeunesse mobilisées depuis mi-septembre pour de meilleures conditions d'apprentissage et contre la plateforme d'orientation Parcoursup ont appelé à rejoindre la mobilisation.

"Jaunes et jeunes"

Un appel intitulé "jaunes et jeunes" sur internet exhorte "Gilets jaunes, Gen Z, Indignés, paysans, pompiers, ouvriers, profs, soignants, défenseurs du climat, habitants des quartiers, retraités" à faire converger leurs revendications.

Hausse du coût de la vie, et particulièrement des carburants, gel des allocations et des salaires des fonctionnaires dans le projet de budget, répression policière, critique d'une démocratie où "on vote tous les cinq ans et où, le reste du temps, il faudrait la fermer", fermeture de services publics, manque de professeurs, rejet de Parcoursup, dénonciation du capitalisme qui "exploite le vivant" : la liste des revendications de cet appel tente d'englober toutes les colères.

"On ne s'est pas concerté en amont avec les autres figures pour appeler à manifester mais on a tous eu le même réflexe en voyant les violences de la police contre des lycéens", assure à l'AFP François Boulo, figure des gilets jaunes qui appelle à manifester samedi, comme d'autres visages médiatiques du mouvement.

Hétéroclite

Samedi, un cocktail de manifestations et blocages dans les villes, barrages filtrants ou rassemblements sur des ronds-points, ponts, stations-service, péages, gares, raffineries, dépôts pétroliers, est prévu. Une carte collaborative en recense jeudi matin plus de 1.000 dans toute la France.

Les autorités, qui s'attendent à des mouvements sociaux jusqu'à la présidentielle, notent le caractère très hétéroclite de la mobilisation mais comptent sur une moindre présence des jeunes en raison du début des vacances scolaires.

Tous les abords des sites sensibles (présidence, siège des services du Premier ministre, Assemblée nationale...) devraient faire l'objet d'interdictions de manifester.

Pour le chercheur Paolo Stuppia, coauteur de "Géopolitique de la jeunesse", "la dynamique de poly-crise dans laquelle une partie des jeunes scolarisés se sentent pris", changement climatique, précarité, difficultés d'entrée sur le marché du travail, crainte de l'arrivée de l'extrême droite au pouvoir, "peut justifier une jonction sur des revendications plus générales".

"La réponse policière peut aussi jeter des ponts" entre lycéens et gilets jaunes, qui ont été confrontés à une "très forte répression", estime-t-il.

D'autres pays dans le monde sont secoués par des manifestations houleuses. En Albanie, des heurts ont opposé jeudi pour la 3e journée consécutive des forces de l'ordre et des manifestants qui réclament davantage de soutien pour les étudiants du pays.

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