
Les contrôles aux frontières intérieures de l’espace Schengen sont inefficaces dans la lutte antiterroriste et risquent d’entraver la reprise économique après la pandémie de Covid-19, a averti lundi la commissaire européenne aux Affaires intérieures Ylva Johansson.
“La liberté de mouvement sera notre outil le plus important pour la relance”, a déclaré la commissaire suédoise lors d’un premier “Forum Schengen”, qui a réuni virtuellement à l’initiative de la Commission les ministres de l’Intérieur des pays membres, et des eurodéputés.
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Citant plusieurs études, elle a mis en garde contre les conséquences des contrôles aux frontières intérieures dans l’espace Schengen, qui “nuiront gravement au Produit intérieur brut” de l’UE.
“Dans le contexte d’une relance économique post-Covid-19, ce n’est pas acceptable”, a-t-elle insisté. “Les contrôles aux frontières intérieures n’arrêteront hélas pas les terroristes. Mais nous savons que les contrôles arrêteront le transport, le commerce et les touristes”, a-t-elle dit.

La présidente de la Commission Ursula von der Leyen a aussi appelé à ce que les contrôles aux frontières intérieures restent une mesure “de dernier recours”.
Elle a souligné que depuis 2015 - date de la crise migratoire mais aussi d’attentats jihadistes en France -, “les contrôles aux frontières intérieures ont été réintroduits 205 fois” par différents Etats membres, ce qui représente “une augmentation significative”. Le code Schengen prévoit la possibilité pour les Etats de réintroduire à titre exceptionnel et “de façon temporaire” de tels contrôles en cas de “grave menace” à la sécurité notamment.
“Les défis auxquels est confronté Schengen ne sont pas les mêmes qu’il y a 25 ans”, a-t-elle reconnu, estimant qu’il fallait travailler à un renforcement des contrôles aux frontières extérieures de l’UE, à un meilleur échange d’informations et à une coopération policière plus étroite, ainsi qu’à une amélioration de la gouvernance de Schengen.
Ce premier forum doit être suivi d’un second débat en avril, et donnera lieu à une stratégie de l’exécutif européen en mai-juin pour “renforcer” Schengen, espace de libre circulation mis en place par des accords signés en 1985.
“Les premiers mois de la pandémie ont montré ce qui se passe quand Schengen arrête de fonctionner: l’Europe est paralysée”, a-t-elle rappelé.
Une semaine après l’attentat perpétré par un Tunisien passé par l’Italie le 29 octobre dans la basilique de Nice (3 morts), le président français Emmanuel Macron a prôné une refonte de Schengen, promettant de soumettre des propositions au sommet européen des 10 et 11 décembre. Depuis les attentats du 13 novembre 2015, la France a rétabli les contrôles aux frontières et les renouvelle tous les six mois depuis. Il ne s’agit pas de contrôles systématiques mais d’une possibilité de procéder à des vérifications d’identité.
À ce jour, l’espace Schengen rassemble 26 Etats: 22 des 27 pays de l’UE, ainsi que la Norvège, l’Islande, la Suisse et le Liechtenstein.