Norvège Le fonds souverain fait un énorme saut de puces au premier semestre

AFP
Le fonds souverain de la Norvège, le plus important au monde, a enregistré au premier semestre les plus gros gains de son histoire, tirés en grande partie par ses investissements dans les fabricants de puces au coeur de la révolution de l'IA.
Le directeur du fonds souverain norvégien, Nicolai Tangen, à Oslo, le 29 juin 2026
Le directeur du fonds souverain norvégien, Nicolai Tangen, à Oslo, le 29 juin 2026
© NTB/AFP/Archives

Alimenté par les revenus pétroliers de l'Etat norvégien et investi à travers le monde, le fonds a annoncé mercredi avoir gagné 1.753 milliards de couronnes (160 milliards d'euros) depuis le début de l'année, du jamais vu en 30 ans d'existence.

Fin juin, sa valeur atteignait la somme vertigineuse de 22.683 milliards de couronnes, soit 2.071 milliards d'euros.

"Des puces, des puces, des puces, des puces, des puces...", a souligné, lors d'une présentation, le directeur du fonds Nicolai Tangen, en détaillant les principaux facteurs de la performance financière.

A lui seul, le secteur technologique, qui englobe les groupes actifs dans l'intelligence artificielle, a contribué à hauteur de 1.065 milliards de couronnes aux gains semestriels.

Et à l'intérieur de ce domaine, les principaux contributeurs individuels sont des fabricants de semi-conducteurs : les sud-coréens Samsung et SK Hynix, le taïwanais TSMC, l'américain Micron Technology et le néerlandais ASML.

Une telle concentration commence à interroger : l'évolution de la valeur du fonds dépend d'"un nombre toujours plus réduit d'entreprises", a noté M. Tangen.

Le fonds, qui finance aujourd'hui un quart du budget de l'Etat norvégien, semble de plus en plus vulnérable à une éventuelle explosion de la bulle technologique.

Le ministère norvégien des Finances a mis en place un comité pour réfléchir aux risques liés à une telle concentration, laquelle est aussi géographique puisque le fonds est investi à près de 55% aux Etats-Unis.  

"Ces dix dernières années, la hausse des bénéfices aux Etats-Unis et les performances boursières ont été deux fois supérieures à celles enregistrées en Europe. Il a donc été très rentable de surpondérer les Etats-Unis ou d'y avoir d'importants investissements", a fait valoir M. Tangen.

Une tendance que les risques géopolitiques, notamment, pourraient briser à l'avenir.

Risques de partir en fumée?

Les gains enregistrés au premier semestre correspondent à un rendement de 9,4% et s'expliquent par un fort rebond au deuxième trimestre puisque le fonds norvégien avait perdu 58 milliards d'euros sur les trois premiers mois de l'année.

Fin juin, le fonds était investi en actions à hauteur de 72,1%, en obligations (25,8%), dans l'immobilier (1,6%) et dans les projets d'énergies renouvelables non cotés (0,5%).

Les placements en actions ont rapporté 13% sur le semestre.

Le fonds est le plus gros investisseur unique au monde : avec des participations dans près de 7.100 entreprises, il contrôle en moyenne 1,5% de chaque groupe coté sur la planète.

En valeur, ses placements les plus importants sont dans Nvidia, Apple, Alphabet, Microsoft et TSMC. 

Il a aussi pris des positions au sein de SpaceX, le groupe d'Elon Musk qui a été introduit en Bourse, lors d'une opération record, le 12 juin. Fin juin, il en détenait 0,05%, valorisés à 12,1 milliards de couronnes. 

Malgré sa taille, M. Tangen juge possible que le fonds, censé s'inscrire dans le temps long et bénéficier aux futures générations, parte en fumée en cas de catastrophe majeure (guerre nucléaire, terrorisme biologique) ou de grande dépression similaire à celle de 1929.

"Aucun pays dans l'histoire n'est parvenu à conserver durablement une fortune aussi considérable. Les fortunes finissent toujours par disparaître", a-t-il affirmé mardi lors d'un discours à Arendal, ville du sud de la Norvège où l'élite du pays est réunie cette semaine.

"Nous venons de traverser 30 années tout à fait extraordinaires, avec une évolution anormalement forte des marchés financiers. Cela ne va donc pas continuer ainsi", a-t-il répété mercredi.

Les placements obligataires ont, eux, pris 0,9% sur le semestre, et l'immobilier 3%. Les investissements dans les énergies renouvelables ont en revanche affiché un rendement négatif de 0,2%.

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