SuisseLa fonte des glaciers s'accélère lors d'une nouvelle année "catastrophique"

RTL Infos avec AFP
C'est une nouvelle année "catastrophique" pour les glaciers suisses, qui ont connu leur deuxième pire bilan annuel après 2022, portant à près de 20% la perte de leur volume en cinq ans, selon une étude publiée jeudi.
Le glaciologue Matthias Huss brandit une perche de mesure de quatre mètres de long, équivalant à la hauteur de la couche de glace ayant fondu en un an, le 24 septembre 2024 sur le glacier du Scex Rouge, en Suisse
Le glaciologue Matthias Huss brandit une perche de mesure de quatre mètres de long, équivalant à la hauteur de la couche de glace ayant fondu en un an, le 24 septembre 2024 sur le glacier du Scex Rouge, en Suisse
© AFP

Selon les données du Réseau des relevés glaciologiques suisse (Glamos), les glaciers suisses ont encore perdu 5,5% de leur volume cette année après avoir connu l'été le plus chaud jamais enregistré et un hiver pauvre en neige.

Perché sur le glacier du Scex Rouge, à près de 3.000 mètres d'altitude, Matthias Huss, responsable de Glamos, contemple avec tristesse le paysage qui l'entoure : "Ce glacier est en train de disparaître. (...) Il pourrait ne plus rester de glace d'ici dix à quinze ans".

Il retire alors la longue tige d'aluminium de quatre mètres installée par Glamos au milieu du glacier. Fin juillet, elle affleurait à peine à la surface de la glace. Aujourd'hui, elle en dépasse de plus de trois mètres.

"Voir ces montagnes sans neige, avec leurs rochers et ces glaciers sombres, vestiges d'un autre temps, c'est vraiment quelque chose"

"Nous ne sommes pas surpris car nous savons à quelle vitesse les glaciers fondent. Mais voir ces montagnes sans neige, avec leurs rochers et ces glaciers sombres, vestiges d'un autre temps, c'est vraiment quelque chose", commente le glaciologue.

Les glaciers de Tsanfleuron et du Scex rouge, dans le massif des Diablerets (Suisse), photographiés le 13 septembre 2022 (à gauche) et le 6 septembre 2026 (à droite)
Les glaciers de Tsanfleuron et du Scex rouge, dans le massif des Diablerets (Suisse), photographiés le 13 septembre 2022 (à gauche) et le 6 septembre 2026 (à droite)
© AFP/Archives

Entre 2022 et 2026, les glaciers suisses ont fondu à un rythme plus de deux fois supérieur à celui observé lors de toute autre période de cinq ans jusqu'ici, entraînant une perte de près de 20% de leur volume depuis 2021.

Leur fonte s'accélère : 10% du volume de glace ont disparu dans les années 1990, contre 27% au cours de la décennie 2016-2026, selon des mesures réalisées sur une vingtaine de glaciers, extrapolées à l'ensemble des près de 1.300 formations glaciaires que compte encore la Suisse.

"Aucune chance de survie"

Le réchauffement du pays est deux fois plus important que la moyenne mondiale, selon MétéoSuisse.

Les mois de juin à août ont été les plus chauds jamais enregistrés en Suisse depuis le début des mesures en 1864. Ils ont détrôné l'été caniculaire de 2003, qui détenait jusqu'alors le record.

"L'été futur dans un monde à +3 degrés serait environ +3,6°C plus chaud que la période de référence 1991-2020. Au cours de l'été 2026, l'écart s'est élevé à +3,4°C", indique MétéoSuisse, qui estime que "dans un monde à 3 degrés, l'été 2026 serait dans la moyenne".

Ce qu'il reste du Mauvais Glacier, en Suisse, le 24 septembre 2026
Ce qu'il reste du Mauvais Glacier, en Suisse, le 24 septembre 2026
© AFP

Dans les montagnes, le constat est alarmant. La neige qui protège les glaciers avait déjà fondu en partie en juin et avait totalement disparu en septembre, même à 3.500 mètres d'altitude.

"Dans de telles conditions, les glaciers alpins n'ont aucune chance de survie à long terme", prévient Glamos.

En raison de la fonte importante cette année, les chercheurs ont même dû réinstaller plus haut les piquets de mesure, y compris dans les altitudes les plus élevées, car la glace autour d'eux avait fondu.

L'épaisseur moyenne de glace de certains glaciers a diminué de 2,5 à 4 mètres et sur les langues glaciaires, elle s'est parfois contractée de jusqu'à 10 mètres durant l'été.

Glaciers du Rhône et d'Aletsch

Bien que les températures aient été plus élevées cette année, les pertes de 2022 n'ont pas tout à fait été atteintes, car de nombreux glaciers étaient recouverts d'un peu plus de neige qu'il y a quatre ans.

Le bas du glacier du Rhône à Gletsch (Suisse), le 24 juillet 2026
Le bas du glacier du Rhône à Gletsch (Suisse), le 24 juillet 2026
© AFP

De plus, moins de poussière du Sahara s'est déposée sur la neige cette année. La lumière solaire a donc été mieux réfléchie, ce qui a permis qu'une plus grande partie de cette énergie reparte vers l'atmosphère, au lieu d'être absorbée par la neige. 

Quatre grands glaciers ont toutefois connu cette année une fonte plus importante que jamais, dont celui du Rhône, l'un des plus emblématiques, ainsi que celui d'Aletsch, le plus grand des Alpes.

A mesure que les glaciers reculent, les inquiétudes grandissent quant à la disponibilité future des ressources en eau.

Entre juillet et septembre, les glaciers ont perdu au total environ 2.200 milliards de litres d'eau. "Difficile à imaginer : cela correspond à plus de quatre fois la consommation annuelle d'eau douce des ménages suisses", relève M. Huss.

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