
Des trous béants déchirant le sol, avec d’étonnantes cavités circulaires émergeant des profondeurs: depuis des années, ces cratères se multiplient en Sibérie, comme le rapportent nos confrères de la RTBF.
Et aussi surprenant que cela puisse paraitre, ces phénomènes observés depuis des années sont encore largement inexpliqués! En septembre dernier, CNN avait ainsi filmé un cratère de 30 mètres de profondeur et 20 mètres de largeur, et estimé qu’il s’agissait “au minimum” du neuvième cratère de ce genre découvert dans cette région de Russie depuis 2013. Mais ce décompte est certainement limité, car d’autres se cachent certainement dans l’immense territoire de Sibérie.
D’ailleurs, si on en croit des chiffres de la BBC, 17 cratères auraient été découverts, dont huit nouveaux entre septembre et décembre.
Reste à expliquer leur origine. Evgeny Chuvilin, un géologue moscovite qui se penche dessus, a exclu la piste d’un affaissement du terrain. Il penche plutôt pour une explosion soudaine. “Au moment de l’explosion, des blocs de terre et de glace sont lancés à des centaines de mètres de l’épicentre”, décrit le géologue. “Nous faisons face à une force colossale, créée par une très forte pression. La raison de sa force reste encore un mystère.”
Le géologue constate qu’avant que les cratères ne se forment, la surface du sol se gonfle “jusqu’à atteindre plusieurs mètres” puis le sol explose en libérant du gaz. Cette matière gazeuse libérée est le sujet d’analyse principal des scientifiques, qui veulent savoir pourquoi elle se forme sous le permafrost, le sol gelé qui recouvre le territoire sibérien.
Leur tâche est rendue difficile car le gaz disparait lors de la création du cratère, et la plupart des cratères passent inaperçus: “Le principal problème avec ces cratères est la vitesse à laquelle ils se forment géologiquement, et leur courte durée de vie avant de se transformer en lacs”, expliquait le géologue.

La piste du réchauffement climatique est évidemment envisagée. Evgeny Chuvilin explique que “des gaz et principalement du méthane peuvent s’accumuler dans les couches supérieures du pergélisol, à la fois à partir des couches profondes de la Terre et des zones situées en surface”. Le pergélisol est le sol des régions des plus froides de notre terre, gelé depuis des millions d’années.
Le pergélisol renfermant d’immenses quantités de méthane, sa fonte rapide entraîne une accumulation rapide de gaz à la surface, générant une forte pression dans le sol qui pourrait aboutir aux explosions à l’origine des cratères. Une perspective effrayante à plus d’un titre, car le méthane est “un gaz à effet de serre environ 30 fois plus nocif que le dioxyde de carbone. On estime que, si tout ce méthane venait à être relâché dans l’atmosphère, là, le changement climatique serait carrément hors de contrôle et nous ne pourrions plus rien y faire”, alertait en juillet dernier François Gemenne,chercheur à l’université de Liège et enseignant à Sciences-Po.
"Le problème, c’est que ce pergélisol contient des choses qui sont très dangereuses pour nous. Il contient des virus et des bactéries, dont beaucoup nous sont encore inconnues. Et donc, potentiellement, il y a en dessous un nouveau coronavirus” ajoutait-il.https://www.lavoixdunord.fr/846018/article/2020-07-31/permafrost-en-siberie-les-incendies-gigantesques-vont-liberer-du-methane-et-d