Qui se souvient de l’Holodomor ? Qui se souvient de cette terrible famine qui, il y a 90 ans, terrassait des millions d’Ukrainiens ?
Les Ukrainiens certainement. Mais cette tragédie reste malheureusement peu connue d’une majorité d’Européens.
Cette tragédie prend racine il y a près d’un siècle. Terre agricole et industrialisée, la République Socialiste Soviétique d’Ukraine représente alors, au début des années 1920, le “grenier à blé de l’URSS”. 10 ans plus tard, elle sera pourtant frappée par une terrible famine.
Peu de temps après sa création en 1917, l’Ukraine intègre l’URSS. La vie politique et économique est rapidement placée sous l’influence du parti communiste, même si le pays conserve tout de même son identité.
À la mort de Lénine, Staline y instaure sa politique de collectivisation des terres agricoles, avec la création des fermes d’États (kolkhozes). L’URSS décide donc du prix des récoltes et en prélève une partie pour nourrir sa population. Les exportations de blé vers l’étranger vont s’accentuer, pour augmenter les recettes de l’URSS.
Ce système plongera ainsi plusieurs pays dans la misère. Le Kazakhstan sera le premier à en faire les frais, causant la mort de près de 1,5 million de civils.

L’Ukraine sera, elle aussi, touchée par ce phénomène. Pour pallier aux mauvaises récoltes des autres greniers à blé soviétiques, en 1931, 43% de la récolte globale du pays est prélevée par Moscou. Un chiffre record qui va mettre en péril les moissons à venir, puisque une partie des récoltes doit être conservée pour être ressemée et nourrir la population l’année suivante.
Ce prélèvement record a suscité le mécontentement de la population ukrainienne. Pour faire taire ces protestations, Staline, dans le cadre de sa politique de Grande Terreur, emploie la faim comme outil politique. C’est l’Holodomor, terme ukrainien signifiant “extermination par la faim”.
Toutes les récoltes et les semences sont ainsi confisquées par le Kremlin, tandis que les personnes soupçonnées d’être hostiles à la collectivisation sont envoyées au goulag. La loi des épis condamnera même à mort toute personne détenant du blé.
La grande famine perdurera près d’un an (1932-1933), et plongera l’Ukraine dans le chaos. De nombreux actes cannibales vont être commis par la population affamée. Le bilan est toujours sujet à controverses, mais des estimations portent le nombre de victimes à plus de 4 millions de civils.

Si aujourd’hui encore les mémoires de l’Holodomor sont commémorées chaque année en Ukraine, cet évènement tragique reste globalement peu connu du grand public.
Sous le régime communiste, Staline a pris soin de faire disparaitre une grande partie des traces incriminant l’URSS. De nombreuses photos et documents officiels ont ainsi été détruits.
Mais les choses évoluent y compris au Luxembourg. En mai dernier des parlementaires ukrainiens demandaient au Grand-Duché de reconnaître l’Holodomor comme génocide. C’est désormais chose faite : 90 ans après et dans le contexte de la guerre en Ukraine, la Chambre des députés a voté en ce sens mardi 13 juin. Le ministre des affaires étrangères ukrainien Dmytro Kuleba a salué dans un tweet ce “vote historique de la Chambre des députés du Luxembourg pour reconnaître l’Holodomor de Staline de 1932-1933 comme un génocide contre les Ukrainiens. Cette étape rend hommage à des millions de victimes et rétablit la justice historique.”
-> Le texte de la résolution prise par la Chambre des députés peut être trouvé ici.
Faut-il considérer pour autant, dans le contexte actuel du conflit russo-ukrainien, que l’Histoire se répète ?
En mars dernier, la Commission d’enquête de l’ONU, qui documente les exactions commises en Ukraine, rendait son premier rapport, constatant des “crimes de guerre avérés, de possibles crimes contre l’humanité, mais pas de génocide observé, en tout cas pour le moment”.
De leur côté, l’Ukraine, et plusieurs de ses alliés, ont déjà accusé Moscou de planifier un génocide dans plusieurs villes ukrainiennes, notamment après la découverte des massacres de Boutcha au début du conflit, en avril 2022.