Les nappes phréatiques ne sont pas pleinesVers un manque d'eau cet été au Luxembourg?

Thomas Toussaint
Après un hiver pluvieux, un printemps poussiéreux. Va-t-on manquer d'eau cet été au Luxembourg?
© Mi Pham / Domaine public

"Alors Jean-Paul, il a beaucoup plu cet hiver, tu dois être content." Cette phrase, Jean-Paul Lickes, directeur de l'Administration de la gestion de l'eau, l'a entendue à plusieurs reprises récemment. Comme bon nombre de personnes - et à juste titre - il aura remarqué que l'hiver 2019-2020 a apporté son lot de précipitations. Suffisamment pour doucher tout espoir d'hiver blanc... Et pour espérer recharger en eau le sous-sol, après un été 2019 très sec. Il était même 25% plus arrosé que les moyennes précédemment enregistrées, nous détaille MeteoLux. Le mois de février s'est placé "au 2ème rang des mois de février les plus humides jamais observés" à la station du Findel.

Pourtant, Jean-Paul Lickes a vite ramené à la réalité ceux qui lui avaient fait cette remarque. "C'est vrai, il a beaucoup plu cet hiver, mais ce n'est pas quelques semaines de pluie qui feront oublier plusieurs saisons de manque d'eau. Il faut savoir qu'on a eu, ces trois dernières années, un déficit relativement marqué en pluviométrie. On a vu une baisse constante du niveau des nappes phréatiques" regrette-t-il. La chaleur, et surtout le épisodes de sécheresse qui se sont succédé chaque été, ont rendu l'or bleu moins abondant. "Nos mesures des nappes et du débit des sources le confirment" ajoute-t-il.

CHANGEMENT CLIMATIQUE ET URBANISATION, DES PROBLÈMES DE TAILLE

Au-delà de l'image de grisaille humide subie durant les mois les plus froids de l'année, des mécaniques complexes sont à l'oeuvre. "Globalement, la fenêtre de recharge des nappes phréatiques s'est raccourcie à cause du changement climatique." Sans entrer dans des explications trop techniques, cette "fenêtre de recharge" se présente lorsque la végétation sommeille pendant l'hiver. Or, grâce au changement climatique, la végétation a vu sa saison se rallonger. Un problème puisqu'en présence d'une flore abondante, les précipitations ne rejoignent plus les nappes phréatiques mais abreuvent les plantes.

Sans compter que la nature même des précipitations a changé. "Avant, il pleuvait de manière continue pendant plusieurs semaines et c'était bien pour la recharge, l'eau pouvait traverser les couches du sol. Maintenant, les pluies sont plus concentrées, elles s'écoulent davantage vers les rivières et moins dans le sol."

L'autre frein à la recharge des nappes phréatiques est l'urbanisation, ou le "taux de scellement des sols" comme le qualifie Jean-Paul Lickes."On a eu un développement économique soutenu au Luxembourg, donc nouvelles zones urbanisées pour du logement, des activités... Là où vous construisez, il n'y a plus de place pour l'infiltration de l'eau. L'eau est collectée dans des tuyaux est acheminée vers les cours d'eau. Elle ne pénètre donc pas le sol comme elle peut le faire dans un champ ou un pré."

Le barrage d'Esch-sur-Sûre.
Le barrage d'Esch-sur-Sûre.
© Finck Roderick / CC BY 3.0

VERS UNE NOUVELLE BAISSE DU NIVEAU DE L'EAU CET ÉTÉ?

Le printemps 2020 rappelle déjà l'été 2019. Ces quatre dernières semaines, les précipitations ont été quasiment nulles. Ce qui n'inquiète pas MeteoLux, qui nous confirme avoir déjà enregistré des débuts de mois d'avril sans précipitation. Jean-Paul Lickes non plus n'est pas inquiet à ce sujet.

Pour autant, difficile pour lui de sortir sa boule de cristal et de proposer des prévisions sur l'été 2020. "Cet hiver, on a eu une recharge plutôt normale. Ni exceptionnelle ni mauvaise, mais elle ne compensera pas les années précédentes. On a eu une stabilisation à bas niveau." Aujourd'hui, le barrage d'Esch-sur-Sûre est à un niveau "convenable": "On a bien piloté son niveau pour subvenir aux besoins de l'été. On a de la réserve pour alimenter le pays en eau potable."

Plusieurs facteurs imprévisibles peuvent, pourtant, faire évoluer la situation. À commencer par les précipitations futures, mais évidemment, impossible d'assurer des prévisions sur plusieurs semaines. "La crise du coronavirus va jouer sur la consommation" nous apprend Jean-Paul Lickes. Bien que de nombreux frontaliers ne viennent plus travailler, réduisant ainsi la demande en eau, celle des résidents a augmenté. C'est également la tenue du congé estival qui s’avérera déterminante: "Habituellement, en août, on voit une baisse de la consommation grâce aux congés collectifs, aux vacances. Cette année, rien n'est sûr" commente le directeur de l'Administration de la gestion de l'eau. "Il faudra être réactif et s'adapter très rapidement à la situation."

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