Salaires, temps de travail, conditions extrêmes...Dans la tourmente, Wolt est en discussion avec les syndicats

Pierre Jans
adapté pour RTL Infos
Les conditions de travail des livreurs, qui distribuent chaque jour des repas, par tous les temps, sont problématiques. L’OGBL et le LCGB ont récemment qualifié ces conditions d'inacceptables. Des chauffeurs de la plateforme de livraison Wolt avaient cessé le travail quelques jours plus tôt en raison d’une dégradation des tarifs.
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Il arrive à tout le monde d'être un peu paresseux quand il s’agit de cuisiner, et il est alors pratique de pouvoir se faire livrer à domicile ce dont on a envie sur le moment. Quelques clics dans une application et, dans la plupart des cas, le repas est livré à votre porte en moins d’une heure. En revanche, on ne se demande probablement pas assez souvent combien gagnent les livreurs qui apportent ces commandes, ni dans quelles conditions ils doivent travailler.

Une réunion importante sur ce sujet s’est tenue mercredi au ministère du Travail. Elle est arrivée à la conclusion que les services de livraison de repas devraient faire l’objet de contrôles beaucoup plus stricts afin de vérifier s’ils respectent le droit du travail luxembourgeois.

Le ministre du Travail, Marc Spautz, entend répondre à l’exigence minimale formulée par les syndicats OGBL et LCGB. Pour l’instant, il n’est pas encore question du travail via les plateformes en tant que tel ni de la directive européenne correspondante, mais concrètement de l’entreprise Wolt, dont les livreurs ont récemment exprimé leur mécontentement. Environ 160 d’entre eux avaient cessé le travail le 12 juin pour protester contre une dégradation des tarifs.

Marc Spautz a déclaré : "Pour l’instant, il s’agit directement du travail non-déclaré. Il est aussi question de savoir dans quelles conditions ces personnes travaillent dans ce secteur et si elles sont respectées. Ce sont les aspects sur lesquels nous allons désormais nous concentrer."

Le ministre a laissé entendre que l'Inspection du travail et des mines (ITM) va renforcer ses contrôles. Les modalités précises restent toutefois à définir.

"La plupart des livreurs travaillent plus de 12 heures par jour."

Les syndicats, qui soutiennent les livreurs de ces services de livraison, dénoncent des conditions de travail extrêmes, autrement dit : beaucoup de travail pour peu d’argent. Paul Glouchitski, du LCGB, explique : "La plupart des livreurs travaillent plus de 12 heures par jour. Ils subissent une forte pression. On leur dit qu’ils seront supprimés de la plateforme s’ils n’atteignent pas un certain chiffre d’affaires. Ils sont sous pression."

Au final, leur rémunération mensuelle atteint environ 2.000 euros par mois, soit nettement moins que le salaire minimum au Luxembourg. De plus, les livreurs doivent eux-mêmes prendre en charge leurs frais, explique à RTL un livreur qui souhaite rester anonyme par crainte de perdre son emploi. Il effectue ses livraisons en scooter.

"Je dois payer moi-même l’essence et l’entretien [de mon scooter]. Et nous dépendons énormément de la météo. Quand il fait aussi chaud qu’en ce moment, ou lorsqu’il pleut beaucoup ou qu’il neige, cela a un impact sur notre travail et sur nos revenus."

Un travail extrêmement difficile, confirme également David Angel de l’OGBL. La situation devient particulièrement problématique lorsque des entreprises s’inscrivent sur la plateforme et sous-traitent ensuite les livraisons.

"Nous savons que nombre de pratiques illégales se trouvent à ce niveau-là"

"Normalement, ce sont des indépendants - à nos yeux, il s’agit de faux indépendants, car ils ne peuvent pas réellement choisir quand, combien de temps et pour qui ils travaillent – qui s’inscrivent sur la plateforme et vont chercher des commandes auprès des restaurants pour les livrer aux clients. Or, ces dernières années, nous observons de plus en plus un autre phénomène : des personnes enregistrent une entreprise sur l’application et donnent ensuite du travail aux gens par l’intermédiaire de celle-ci. C’est véritablement la plus grande zone grise du secteur. Nous savons que nombre de pratiques illégales se trouvent à ce niveau-là. La plateforme peut alors se décharger de sa responsabilité en affirmant qu’elle collabore avec une entreprise sur laquelle elle n’a pas d’influence directe. Derrière cela, ces entreprises imposent ensuite les pires conditions de travail qui soient."

Il y aurait même du recrutement au sein des structures d’accueil pour réfugiés, auprès des personnes les plus démunies. La plateforme Wolt n’en est pas directement responsable. Toutefois, l’entreprise n’est pas non plus très loquace lorsqu’il s’agit d’évoquer ses propres structures de travail. Interrogé à ce sujet, le responsable de la communication de Wolt Luxembourg a fait savoir qu’il n'est actuellement pas possible d’organiser une interview avec un responsable de l’entreprise pour des raisons de disponibilité. Dans une réponse écrite, le porte-parole de la société a indiqué :

"Wolt soutient la directive européenne sur le travail via les plateformes. Sa mise en œuvre doit refléter la manière dont le travail via les plateformes fonctionne dans la pratique. Nous prenons les retours et les préoccupations au sérieux et nous avons invité les représentants des livreurs à un échange. Le 12 juin, nous n’avons constaté aucun rassemblement devant nos bureaux, nos délais de livraison étaient normaux et le volume de commandes a été parmi les plus élevés jamais enregistrés sur une seule journée. Ce qu’un livreur gagne dépend fortement du moment et de l’endroit où il effectue ses livraisons. Il ne faut pas confondre son temps de livraison effectif avec le temps pendant lequel il est connecté à la plateforme. Nous souhaitons rester constructifs et maintenir un dialogue fondé sur des faits, afin de protéger les personnes concernées tout en restant flexible."

Les syndicats doivent rencontrer le 1er juillet une société mandatée par Wolt pour mener cet échange.

Un renforcement des contrôles constitue un premier pas important, selon les syndicats. Toutefois, l'OGBL et le LCGB ne considérant pas que les livreurs sont de véritables indépendants, ils demandent qu’ils bénéficient, par la loi, du statut de salarié.

Selon le ministre du Travail CSV, Marc Spautz, il ne fait aucun doute que le Luxembourg mettra en œuvre la directive européenne sur le travail via les plateformes. Il l’a affirmé dans le contexte du mouvement de protestation des livreurs de l’entreprise Wolt.

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