L'avis d'un psychiatreUne ado de 14 ans dans une prison pour adultes : "Là, quelque chose a mal fonctionné"

Annick Goerens
adapté pour RTL Infos
La santé mentale des enfants et des adolescents était le sujet de l'émission matinale de RTL Radio ce mardi.
© Annick Goerens

Lorsqu’une fille de quatorze ans, qui a certes commis un acte grave, se retrouve malgré tout dans une prison pour adultes, à quatorze ans, alors quelque chose a mal fonctionné.” Voilà ce qu’a déclaré mardi matin sur RTL le Docteur Paul Hédo, à propos du récent cas d’une attaque au couteau perpétrée par une adolescente de 14 ans au Limpertsberg. Le président de la SLPPP, la Société luxembourgeoise de psychiatrie, pédopsychiatrie et psychothérapie, dit ne pas pouvoir affirmer que la propension à la violence chez les jeunes a globalement augmenté, car il n’existe pas de bonnes données sur ce sujet. Selon lui, il s’agit là d’un cas isolé grave.

De plus en plus de souffrance mentale chez les jeunes

Très généralement, on constate toutefois que la souffrance mentale, les problèmes et les troubles psychiques augmentent fortement chez les jeunes. Et que les services chargés de leur prise en charge n’arrivent plus à suivre. La SLPPP observe également qu’il y a nettement “plus de troubles du développement chez les enfants, ainsi qu’une augmentation des comportements oppositionnels, par exemple à l’école ou envers les parents”. “Chez les adolescents, il s’agit plutôt d’une hausse des cas d’anxiété, de dépression, ainsi que de comportements autodestructeurs et de troubles alimentaires”. Le plus grand problème reste cependant que l’on se heurte sans cesse aux limites du système de prise en charge.

“Frustrant” que rien ne soit mis en œuvre

La Société luxembourgeoise de psychiatrie, pédopsychiatrie et psychothérapie demande depuis longtemps que la prise en charge ambulatoire et pluridisciplinaire soit améliorée à travers tout le pays. Ce ne sont pas de nouvelles revendications, et il est assez “frustrant” que tout cela ait déjà été mentionné dans un audit datant de 2010. Une clinique de jour pour enfants a ouvert à Wiltz, ce qui est positif. Mais on demeure “très loin d’une prise en charge réellement à grande échelle”. Il reste aussi beaucoup à faire dans le domaine hospitalier de la psychiatrie pour enfants, adolescents et adultes. Même dans les hôpitaux, il manque des unités de crise. Tout cela figure dans le programme gouvernemental, mais peu de choses ont été mises en œuvre jusqu’ici.

Bien sûr, il y a un manque de personnel spécialisé, mais, selon le Docteur Hédo, “le manque de personnel spécialisé n’est pas responsable de ce que le gouvernement ou d’autres personnes en charge ne mettent pas en œuvre”. Ce qui manque en premier lieu, dit-il, c’est la volonté politique de mettre des choses en oeuvre. Cela fait près de deux ans que la SLPPP a rencontré la ministre de la Santé, Martine Deprez, pour discuter de ses doléances et revendications. Depuis, elle attend toujours une nouvelle entrevue.

Les personnes malades relèvent de la psychiatrie, pas les personnes violentes

Le psychiatre Paul Hédo critique aussi globalement l’association faite entre acte avec violence et psychiatrie. Il rappelle qu’il existe aussi des personnes ayant un comportement violent qui n’ont rien à faire en psychiatrie. “La très grande majorité des personnes souffrant de problèmes psychiques, d’une maladie mentale, sont souvent elles-mêmes victimes de violences, plutôt qu’elles n’en exercent”.

La SLPPP constate également que “la police amène de plus en plus souvent aux urgences des personnes qui ont proféré des menaces, notamment de mort, afin qu’elles fassent l’objet d’une évaluation psychiatrique ou d’un placement. Mais c’est à la police ou à la justice de s’occuper de ces personnes”, selon le président de la SLPPP.

Pour les mineurs, la situation est plus “nuancée”. Lorsqu’une jeune fille de 14 ans attaque quelqu’un au couteau, il y a certainement des problèmes psychologiques et des éléments qui ont dysfonctionné dans le développement. Mais cela ne signifie pas que la jeune fille doit, en premier lieu, être envoyée chez un psychiatre ou un pédopsychiatre. C’est aussi une question de protection de la jeunesse, selon le Docteur Hédo.

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