
La pandémie est un terreau fertile pour les théories du complot, même au Grand-Duché. Ces derniers jours, des dépliants présentant des faits alternatifs à propos du coronavirus ont été distribués dans le pays. L'existence du virus y est notamment remise en question. La réaction ne s'est pas fait attendre: de nombreuses personnes ont immédiatement contacté RTL.
Quand elle a trouvé le papier dans sa boîte aux lettres la semaine dernière, Nadine Petit a été consternée. En résumé, il figure là-dedans que le Covid-19 n'existe pas, explique-t-elle à nos collègues de RTL. De sorte qu'il n'y a pas de pandémie et dans cette logique, personne n'est mort du virus.
Des affirmations brutes, qu'on pourrait ignorer, mais ce n'est pas aussi facile pour Nadine et Carlo, car la mère a été l'une des premières personnes contaminées par le virus au Luxembourg et elle est décédée des suites de cette maladie. Pour Carlo Goetz, dire qu'il n'y a pas de virus est une insulte vis-à-vis de ceux qui ont perdu des êtres chers à cause du Covid.
Voilà pourquoi Nadine Petit a non seulement contacté la police, mais aussi RTL. Il est important pour elle de se pencher là-dessus, parce qu'il y a certainement des gens qui croient ce qui est écrit dans ses dépliants. Et ce n'est pas sans danger.
Il y a encore quelques mois, très peu de gens savaient ce qu'est un test PCR, même s'il s'agit d'une méthode utilisée dans le diagnostic depuis les années 90. On entend souvent que l'inventeur de la PCR n'a pas du tout développé cela à des fins de diagnostic. Et c'est vrai, dit le professeur Bernard Weber, microbiologiste. Mais il précise également qu'il a été rapidement reconnu que ce test peut fournir une preuve beaucoup plus précise de la présence des virus, qui sont souvent présents en très petites quantités.
Au Luxembourg, près de 590.000 résidents ont déjà été dépistés au moins une fois au Sars-CoV-2 au moyen d'un test PCR. 2,18 millions de tests PCR ont déjà été réalisés sur les résidents.
Le Professeur Bernard Weber des Laboratoire Réunis ne peut s'expliquer qu'il y ait toujours aujourd'hui des gens qui remettent en question l'existence du virus. Parce que le virus peut être détecté chez les personnes avec ou sans symptômes. En outre, nous pouvons aussi mettre le virus en culture et prouver les facteurs de virulence du virus.
Et nous pouvons prouver le génome, les composants du Sars-Cov-2. Cela se fait depuis des mois au Laboratoire national de Santé, où des chercheurs analysent génétiquement des échantillons des tests PCR positifs, c'est-à-dire les séquencent. C'est une étape préliminaire au séquençage, explique Jessica Zapp, qui peut démontrer la quantité de virus dans un échantillon.
600 échantillons de Sars-CoV-2 sont séquencés chaque semaine dans une machine spéciale au LNS. De cette manière, les bioinformaticiens déterminent pour chaque échantillon de quel variant du virus SARS-Cov-2 il s'agit.
Mais il y a aussi des preuves indirectes du Sars-Cov-2, comme l'explique le Professeur Friedrich Mühlschlegel, directeur du LNS, qui cite la réponse immunitaire et la formation d'anticorps comme preuves.
L'usage du masque est aussi régulièrement remis en question. Le masque ne protègerait pas contre les virus, cela figurerait sur les emballages, alors pourquoi le porter? Rien de tel ne figure toutefois sur de nombreux emballages.
Mais sur quoi pourrait porter cette déclaration? Nous nous sommes rendus chez le seul producteur de masques au Luxembourg et le directeur administratif des Hôpitaux Robert Schuman, Michel Schütz, nous fournit une réponse inattendue.
Un masque chirurgical ne filtre aucun virus, dit Michel Schütz. Les masques européens sont fabriqués selon la norme européenne 14.683. Cette dernière spécifie que les masques doivent filtrer les particules de plus de 500 nanomillimètres. Le virus lui-même est plus petit que cela.
Le masque chirurgical à trois épaisseurs ne peut filtrer que les particules cinq fois plus grosses que le coronavirus. Et pourtant, il protège contre le SarS-Cov-2, ajoute Michel Schütz. Le virus ne circule pas dans l'air, il a besoin d'un véhicule tel que des gouttes ou des aérosols, et un bon masque chirurgical filtre les aérosols.
Et donc le virus aussi, à condition que le masque soit porté correctement et remplacé au plus tard au bout de quatre heures.
Le dépliant distribué contient donc des semi-vérités et de fausses informations.
Dans ce cas, la liberté de penser, n'est pas un argument pour Nadine Petit. Selon elle, il y a une grosse différence entre exprimer cela oralement et l'imprimer dans des dépliants distribués dans les boîtes aux lettres.