
Depuis l'aurore du 24 février, jour de l'invasion de l'Ukraine, son pays natal, par la Russie, Anna Dolya ne vit plus au même rythme. Dans son petit village au Sud-Est de Luxembourg elle est physiquement loin de la guerre, mais ses journées en sont remplies. Ce samedi elle sera une nouvelle fois "au front" devant la gare centrale de Luxembourg-Ville pour participer à la manifestation "anti-guerre" organisée à 14h00 par l'asbl LUkraine, comme tous les samedis.
"Tout ce que nous vivons est extrêmement violent. Nos familles sont là-bas. Voir notre pays dans cette situation. Les enfants. Les bombardements d'hôpitaux. Les services de néonatologies où à chaque sirène qui retentit, il faut déplacer les couveuses et les mères..." Les images viennent plus vite que les mots à la professeure de français qui enseigne la langue de Molière aux Ukrainiens et aux citoyens des pays baltes qui débarquent au Luxembourg.
Elle résume d'un trait un sentiment partagé par nombre de ses concitoyens: "Personne n'est prêt à affronter ça d'un coup. C'est très violent pour chaque Ukrainien, peu importe où il se trouve aujourd'hui".
À la toute fin de notre entretien seulement, Anna Dolya, 37 ans, confessera, en rougissant, vivre personnellement des "moments difficiles avec des hauts et des bas". Tout le long de son témoignage, elle gardera l'armure de la résistante car "même si nous vivons des moments difficiles, nous restons forts. Nous n'avons pas le choix. Pour l'Ukraine, pour ceux qui sont là-bas et ceux qui quittent le pays".
-> Ukrainiens au Luxembourg: "Nous sommes très inquiets pour nos familles"
Natalya et Youri, ses parents, sont restés à Poltava, une ville de près de 300.000 âmes entre Charkiv et Kiev. Il y a bien eu "quelques bombardements autour dans la région de l'aérodrome militaire" au début du conflit, mais malgré les alertes de sirènes et le fait que la ville se trouve "dans des couloirs de tirs d'autres villes", Poltava est restée épargnée jusqu'ici.

Arrivée au Luxembourg il y a cinq ans avec son mari français, l'Ukrainienne n'a "pas le temps d'allumer les infos" pour suivre l'évolution de la guerre. Anna a un combat à mener. Elle doit gérer sa vie, sa famille, son gagne-pain et donner toute l'énergie qu'il lui reste pour venir en aide à son pays natal, touché de plein fouet.
Coordinatrice au sein du comité de l'asbl LUkraine, elle s'active en coulisses, car "il faut réagir vite" pour que toute l'aide (vêtements, médicaments mais aussi casques et gilets pare-balles) parviennent en Ukraine. Mais aussi communiquer avec les médias et les décideurs pour demander, sans relâche, "la fermeture du ciel ukrainien par l'OTAN. C'est devenu primordial vu la quantité de bombardements".
"Depuis 2014 nous vivons dans la connaissance des choses militaires que normalement les civils ne doivent pas connaître", confie Anna. Elle fait référence à la révolution de Maïdan ou "révolution de la dignité" de février 2014 qui avait conduit à la nomination d'un gouvernement pro-européen. Son fils Frédéric a vu l'été dernier mamie Natalya confectionner des filets de camouflage. "Ma mère est volontaire en Ukraine", glisse Anna.
Pour la travailleuse de l'ombre qui a rencontré depuis le début du conflit nombre de personnalités au Luxembourg comme des ambassadeurs, la bourgmestre de Luxembourg et même le Grand-Duc, "il n'y a plus de doute aujourd'hui sur la place de l'Ukraine. Elle a prouvé qu'elle fait partie de l'Europe, avec ses valeurs démocratiques, comme c'était déjà le cas en 2014".
Anna est aux premières loges pour observer combien le Luxembourg se mobilise en faveur de l'Ukraine et des réfugiés, essentiellement des femmes, des enfants et des personnes âgées, qui affluent. Près de 3.000 réfugiés ukrainiens ont déjà déposé une demande de protection temporaire au Luxembourg.

Plus de trois semaines après le début de l'invasion "les gens continuent de nous soutenir, ils ont envie d'aider. Nous recevons un message toutes les minutes sur notre site internet de personnes prêtes à aller chercher des réfugiés, qui proposent une chambre, un appartement, ou pour aider à trier des affaires", glisse Anne Dolya.
Mais ce qui préoccupe aujourd'hui le comité de l'asbl LUkraine, tout comme les autorités luxembourgeoise c'est d'assurer l'accueil de tous ces réfugiés à tous les niveaux: médical, hébergement, scolarisation des enfants, etc. De quoi occuper aussi les pensées d'Anna.
-> Suivez ici notre direct sur la crise ukrainienne
[Comment]