
Leo (prénom d'emprunt), trentenaire, père de famille et résident d'une commune du centre du Luxembourg, a été testé positif au coronavirus lundi matin. Il travaille dans le secteur financier et jusqu'à vendredi dernier, ne se doutait pas que son quotidien allait être chamboulé d'un jour à l'autre.
Cela faisait deux semaines qu'il souffrait d'une toux persistante mais ce n'est qu'à la fin de la semaine dernière que de nouveaux symptômes sont apparus. "J'étais au bureau et j'ai eu une montée de fièvre puis des frissons et un mal de tête qui ne me quittait pas" nous confie-t-il par téléphone. Il nous explique qu'il a pris du paracétamol mais que "ça n'arrangeait rien".
Le lendemain matin, Leo s'est dit qu'il souffrait vraisemblablement d'une grippe. Ce n'est qu'au soir, lorsque ses symptômes se sont empirés qu'il a envisagé qu'il pouvait être atteint du coronavirus.
"J'ai fini par appeler la hotline lundi matin quand je me suis rendu compte que j’avais perdu mon odorat. J'ai donné de la nourriture à mon chien et je ne sentais pas l'odeur qui est d'ordinaire assez forte" décrit-il.
Il nous raconte que son interlocuteur lui a conseillé d'appeler son médecin traitant. Leo s'est exécuté et s'est vu recommander un test de dépistage qu'il est allé faire en milieu de matinée au "drive-in" de Junglinster.
Quelques heures plus tard, il a reçu un appel de son médecin qui lui confirmait que son test était positif et qu'il devait dorénavant rester confiné chez lui. "Elle m'a dit qu'elle partait du principe que ma femme était infectée aussi et qu'il n'y avait rien à craindre avec mon enfant mais qu'il valait mieux que je garde mes distances" précise-t-il.
Le lendemain, Leo a été contacté par le ministère de la Santé pour faire un point sur son état de santé. Il a été informé du fait qu'il fallait qu'il fasse appel au 112 si son état se dégradait.
"On m'a dit que vu mon âge et mon état de santé, je n'avais pas grand chose à craindre", commente le père de famille qui ne s'est pas montré très satisfait des recommandations du ministère.
"Le ministère recommande de faire garder les enfants par quelqu'un d'autre mais c'est tout bonnement impossible... Je ne vais pas le confier à mes parents de peur que je leur transmette le virus via mon enfant et aucune crèche n'est ouverte. De plus on m'a posé des questions concernant mes symptômes, on m'a même demandé de participer à une enquête pour faire un suivi mais on ne m'a jamais demandé avec qui j'étais entré en contact" dénonce-t-il.
Pour ce qui est de son traitement, Leo nous explique qu'on ne lui donne rien d'autre que du paracétamol. "Mon médecin a vraiment insisté sur le fait qu'il ne fallait pas que je prenne d'anti-inflammatoires" et ce, malgré le fait que l'OMS ne reconnaisse pas leurs effets néfastes en cas d'infection.
En attendant, le père de famille a pris ses distances, il reste cloîtré dans sa chambre et ne descend dans les parties communes que lorsqu'il sait que sa femme et son fils ne sont pas présents. "Quand on se croise, je prends mes distances. Je reste à 2 mètres d'eux et je ne m'approche pas" nous confie-t-il.
Interrogé au sujet de l'état de santé de sa femme, il a avoué être resté perplexe en apprenant que son test s'était révélé négatif. "On partage tout, quand on mange, quand je bois une bière...Maintenant elle a de quoi soutenir la théorie selon laquelle je suis plus fragile qu'elle", sourit-il.
Depuis mercredi après-midi, Leo se sent un peu mieux. Son mal de tête a disparu, il respire mieux mais sa toux et "une sensation constante de brûlure dans le nez" ne le quittent pas. Malgré tout, il reste optimiste et nous a même lâché un "j'ai eu des grippes et des angines qui étaient pire que ça".
Cependant, il n'oublie pas la mise en garde d'une de ses amies qui travaille dans le secteur hospitalier et qui l'a prévenu que "l'état de beaucoup de patients s'empirait autour du 7e jour de leur convalescence". Leo pourrait donc ne pas être sorti de l'auberge.
Actuellement, il se confronte à d'autres problématiques. Lui et sa femme sont en quarantaine et ne peuvent donc pas quitter leur domicile. Ils doivent donc se faire livrer leurs provisions. Une tâche qui n'est pas aussi simple que l'on pourrait se l'imaginer.
"Des systèmes sont mis en place pour livrer les personnes vulnérables mais pas pour nous. Les services de livraison d'Auchan et du Cactus sont tous dépassés et on a donc pas d'autre choix que de se reposer sur nos amis pour qu'ils nous fassent des achats et qu'il nous les déposent devant notre porte."
Il y a donc clairement des failles dans le système de livraison mis en place par les communes luxembourgeoises. Heureusement, la solidarité continue à prévaloir en cette période de crise comme le prouvent les amis de Leo.
Si l'état de santé de Leo ne se détériore pas dans les prochains jours, sa quarantaine pourrait s'achever au bout de 14 jours et il pourrait donc reprendre ses activités.
Cependant, pour ce faire, il faut qu'il n'ait plus de symptôme pendant au moins 48 heures avant la fin de son confinement. Autrement, sa quarantaine sera prolongée d'une semaine.
Interrogé au sujet de la crise sanitaire en cours, Leo nous a confié qu'il pensait que la pandémie aurait pu être mieux gérée. Il soutient "qu'en fermant tout (aéroport, frontières, écoles, banques etc...) pendant deux à trois semaines" le Luxembourg aurait pu éviter une "propagation brutale".
"Le Grand-Duché n'a pas réagi assez vite à mes yeux. Moi j'ai eu de la chance mais ce n'est pas le cas de tout le monde" conclut-il. Contacté jeudi, il nous a confié que ses maux de tête étaient réapparus et que sa toux n'avait toujours pas disparu.