
Avec un peu moins de 50% de résidents étrangers, le Luxembourg est l'un des pays les plus cosmopolites au monde. Une force et un défi lors des élections.
Très concrètement, les ressortissants d'un État membre de l'UE ou de l'Espace Schengen domiciliés au Luxembourg peuvent demander leur inscription sur la liste électorale.
C'est également le cas des autres ressortissants étrangers s'ils disposent d'un titre de séjour ou d'une carte de légitimation. Une fois inscrits sur les listes électorales, le vote devient obligatoire.
Pour ces élections communales, le délai d'inscription est dépassé. Mais l'enjeu est de taille. Car la population étrangère peut peser dans la balance.
En 2017, sur les 285.000 électeurs inscrits, le gouvernement n'avait recensé que 34.000 électeurs étrangers... Par manque d'informations ou par manque d'envie, une grande partie des résidents n'avait donc pas pris part à un scrutin qui les concerne autant que les citoyens luxembourgeois.
"Avec une moyenne nationale de 50% de résidents étrangers dans les communes, la représentativité légitime des conseillers communaux issus des élections communales du 11 juin est en jeu, sans parler du manque flagrant de candidats étrangers" prévenait l'Asti en avril dernier. "Notre système démocratique ne peut fonctionner que si sa base électorale est représentative de l’ensemble de la population."
À l'été 2022, le gouvernement a justement assoupli l'accès au droit de vote des étrangers en supprimant la condition des cinq années de résidence au Luxembourg. Une question de représentativité et de légitimité des élus. Résultat: "presque 10.000 non-Luxembourgeois résidant au Luxembourg depuis moins de 5 ans ont profité des modifications de la loi électorale votée en juillet 2022" se réjouissait Sylvain Besch, directeur du Centre d'étude et de formation interculturelles et sociales, en avril dernier.
Fin mai, le ministère de l'Intérieur avait relevé 329.725 électeurs inscrits sur les listes, dont 50.093 électeurs étrangers. Près de 21.000 d'entre eux se sont inscrits depuis le début de l'année, juste avant la date limite, rapportait précédemment le ministère de la Famille et de l'Intégration. Ce qui permet une nette progression par rapport à 2017.
Mais le manque de communication autour des élections reste un frein au vote, estime l'Asti. Avec environ 50.093 électeurs inscrits sur 252.464 électeurs possibles, c'est environ un étranger sur cinq seulement qui se déplacera le jour du vote.
"Les messages incitant à s’inscrire sur les listes électorales doivent être sans cesse répétés et visibles, à chaque coin de rue, dans chaque édifice public, à chaque occasion et par tous", y compris hors année électorale, soulignait encore l'Association de Soutien aux Travailleurs Immigrés. L'utilisation de pancartes en langue luxembourgeoise incitant à voter "sèment la confusion chez des Luxembourgeois non avertis" et sont "peu, voire pas, compréhensibles pour les résidents étrangers visés".
En plus d'être électeurs, les résidents étrangers peuvent aussi... être élus ! Toujours en 2017, les électeurs avaient pu cocher les noms de 3.308 Luxembourgeois et 267 non-Luxembourgeois.
Cette année, des résidents étrangers sont logiquement présents sur les listes dans les communes du Luxembourg: 379 candidats sur 3.847 au total.
Le parti des Pirates présentent, par exemple, 21,8% de résidents étrangers sur ses listes. Ce taux atteint 20% chez Déi Lénk et 19,1% chez Fokus. De la coalition gouvernementale, c'est déi Gréng qui se place le mieux avec 16,3% d'étrangers dans ses rangs pour les communales. Contre seulement 9,3% et 7,9% pour le LSAP et le DP. Le CSV est à 6,3%.