Les ados et l'IA"Sensibiliser les jeunes et les parents afin d’éviter qu’ils ne deviennent dépendants"

Dany Rasqué
Le CePAS, le Centre psycho-social et d'accompagnement scolaires, organisait mercredi soir au Centre Atert à Bertrange une conférence consacrée à l'usage de l’intelligence artificielle chez les adolescents.
Les jeunes ont de plus en plus souvent recours à l’IA. Cela devient problématique lorsque le chatbot finit par devenir leur meilleur ami.

"Mon ami est un robot", ce sont des phrases de ce genre que le docteur Emmanuel Thill, pédopsychiatre et thérapeute familial, entend de plus en plus souvent dans son cabinet. Il était au Luxembourg mercredi pour participer à une conférence organisée par le CePAS dans le cadre des Semaines de la santé mentale.

La conférence du CePAS était consacrée aux adolescents et à leur utilisation de l’intelligence artificielle. La situation en Europe n’est pas aussi préoccupante qu’en Asie du Sud-Est. Au Japon, par exemple, l’intelligence artificielle occupe une place qui devrait donner matière à réflexion.

Le docteur Emmanuel Thill : "Il y a des gens qui vont même jusqu’à épouser leur IA ou qui créent des personnages entièrement virtuels avec lesquels ils partagent absolument tout dans leur vie. J’espère que, dans notre culture européenne, nous n’en arriverons pas là. Mais nous devons malgré tout sensibiliser les jeunes et les parents afin d’éviter qu’ils ne deviennent dépendants de l’IA."

Emmanuel Thill ne veut cependant en aucun cas diaboliser l’intelligence artificielle. Dans de nombreux cas, elle peut aider, par exemple pour les devoirs scolaires, la recherche d’informations ou encore l’apprentissage d’une nouvelle langue.

Cela devient plus problématique lorsque le chatbot finit par devenir le meilleur ami.

"Trois ados sur dix, soit tout de même près d’un tiers des jeunes, demandent conseil à l’IA et lui parlent de questions concernant leur vie, par exemple de questions concernant leurs relations : dois-je rester avec ma petite amie ? Que dois-je faire dans telle ou telle situation de tension ou de conflit avec un ami ? Il s’agit donc d’une recherche de soutien émotionnel et de conseils sur le plan affectif et relationnel."

Les réponses de l’IA sont souvent loin d’être stupides, estime le docteur Emmanuel Thill, mais elles peuvent aussi être dangereuses, car elles ne sont pas forcément adaptées à l’âge de l’utilisateur. À cela s’ajoute le fait que l’IA a tendance à aller dans le sens de l’utilisateur et à approuver tout ce qu’il fait.

"Ce qui n’est pas le cas avec nos vrais amis dans la vie réelle. Nos véritables amis humains sont capables de nous dire : 'Regarde, là, tu as fait quelque chose qui ne te ressemble pas du tout, tu t’es un peu éloigné d’une valeur qui est importante pour toi.' L’IA ne fera jamais cela, à moins qu’on ne la programme un peu différemment. Mais dans sa configuration par défaut, elle conforte l’utilisateur et risque finalement d’enfermer l'adolescent dans ce qu’on appelle une relation parasociale. Autrement dit, une relation totalement artificielle, qui rend de plus en plus difficile pour le jeune de s’investir dans la vie réelle et dans de véritables relations."

Selon le pédopsychiatre et thérapeute familial, le meilleur moyen d’éviter cette situation est de parler avec ces jeunes sans les juger. Beaucoup de parents ignorent combien de temps leurs enfants passent avec l’IA et que certains considèrent un chatbot comme une amie ou un petit ami.

Confondre l’IA avec un être humain peut également arriver aux adultes. C’est une réalité dans notre société, où beaucoup de personnes vivent seules, estime le docteur Thill. Il dit même avoir entendu des personnes âgées raconter qu’elles communiquaient avec une intelligence artificielle.

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