
C'est un long périple qu'ont vécu ces dernières semaines de nombreux ressortissants ukrainiens qui ont fui une zone de guerre pour parvenir au Luxembourg. D'heure en heure, des bus arrivent au Grand-Duché. 1,5 million d'Ukrainiens ont fui leur pays au cours des deux dernières semaines. Selon des estimations de l'ONU, il pourrait y en avoir trois millions de plus pendant les prochaines semaines. La solidarité est importante au Luxembourg, même si de nombreuses questions subsistent quant à l'avenir de ces réfugiés.
Plusieurs centaines de réfugiés ukrainiens sont parvenus au Luxembourg. Une partie d'entre eux sont arrivés à Bettembourg. Gilles Ramponi était en Pologne ces derniers jours: "Nous sommes revenus hier [dimanche] de Pologne avec quatre minibus et 21 personnes. La plupart ont été directement recueillies à Bettembourg par des familles originaires d'Ukraine ou des connaissances. Il reste encore six personnes, qui ont un statut plus particulier."
Parmi eux il y a aussi la famille de Daniel. Il est originaire du Gabon, mais réside en Ukraine et il est marié à une Ukrainienne. Le couple a un enfant, David.
Daniel a fui avec son épouse et son fils: "Le soir, nous étions en visite chez des amis et soudain nous avons entendu des tirs. Puis il y a eu aussi des explosions. Il y a eu des détonations tout au long de la nuit. A ce moment-là, l'armée russe n'était plus très loin, peut-être à 60 ou 70 kilomètres de la capitale Kiev. Nous sommes restés chez les amis. Aussi parce que nous ne pouvions plus partir. Il n'y avait plus de taxis, plus rien ne roulait. Le lendemain nous avons décidé que nous devions partir."
Le trajet en train vers la Pologne a été une odyssée: "Ils ont cherché les quais. Quand on a voulu monter dans un train, ils nous ont retenus: non! Tu ne montes pas dedans. Ils ont même braqué leurs armes sur les gens. Nous ne savions vraiment plus si c'était seulement de l'intimidation. Nous avons attendu le train pendant une heure trente sur le quai. Nous n'étions pas libres de nous déplacer et il faisait froid. Un froid glacial. Quand le fameux train est arrivé, nous avons à nouveau été séparés. Les deux premiers wagons étaient pour les femmes et les enfants. C'est là que sont montés ma femme et mon fils. Les Noirs, les Arabes et les Turcs ont été placés dans un autre wagon. Nous avons tous été séparés."
Après 15 heures de train et deux jours de trajet sans dormir, il y a eu l'arrivée à Varsovie. Une fois là, comme les autres passagers, ils ont cherché un contact avec le Luxembourg via internet: "La grande question qui reste à présent, c'est comment peut-on s'intégrer? Comment ça va se passer pour le logement, comment cela va se passer avec les documents? Nous avons laissé toute une vie derrière nous, de nombreuses questions sont en suspens dans nos vies."
Il y a aussi deux étudiants gabonais, qui ont commencé leurs études à Kiev des jours avant l'invasion russe. Leur futur est incertain.
De nombreuses questions sont en suspens, des réponses seront cherchées, étape par étape, par les organisations et les ministères.
Nadine Conrady de la Croix-Rouge: "Il y a un certain nombre de questions qui ne sont pas encore clarifiées et pour lesquelles les réponses arrivent peu à peu. Je pense que le statut de "protection temporaire", qui vient d'être annoncé, est nouveau, il n'existait pas avant. Il y a des choses qui en dépendent, où nous essayons, dès que nous avons l'information, de la transmettre à ceux qui sont chez nous au foyer ou qui sont en contact avec nous. Il y a de nombreuses questions: qu'en est-il de mes enfants, peuvent-ils aller à l'école, puis-je aller travailler? Le ministère de l'Education a mis en place une hot-line. On le voit: chacun essaye de s'organiser progressivement."
L'objectif commun: une certaine normalité qui permettrait aux blessures de guérir lentement mais sûrement.
En général, les organisations humanitaires rappellent que l'Ukraine a besoin d'une aide directe importante sur place. Un grand nombre de personnes seraient actives pour aider la population dans les zones de guerre. Ils ont surtout besoin de médicaments, de produits sanitaires et de nourriture. Les aides financières permettraient d'acheter localement ce dont les gens ont besoin.
Le reportage en luxembourgeois de nos collègues de RTL: