
La "Forge du Sud" qui compte presque 22.000 habitants dont 40% de non-Luxembourgeois (de 109 nationalités) s'est forgée un nouveau centre-ville au cours des deux dernières législatures sous la houlette du LSAP. C'est le seul parti aux commandes de la quatrième ville du pays depuis 77 ans!
Le collège des bourgmestre et échevins a modernisé le centre-ville en shared space où piétons, cyclistes et voitures cohabitent et qui laisse plus d'espace aux terrasses des cafés et restaurants.
Le nouvel espace partagé qui englobe les Place Frantz Kinnen, le parvis de l’église, la rue du Commerce l'avenue Grande-Duchesse Charlotte et la Route de Zoufftgen a été inauguré en grande pompe le 23 mai. Le centre-ville de Dudelange se présente aujourd'hui comme un "espace flambant neuf" affiche le site web de la commune. Une quatrième phase de shared-space autour de l'hôtel de ville cette fois est "en amorce", glisse Dan Biancalana, député-maire de Dudelange.
Mais comme toutes les villes du sud du pays, Dudelange se prépare à accueillir bien plus de monde dans les quinze années à venir. La ville a "dimension humaine" et au "potentiel énorme", où "il y a une belle qualité de vie", et pourtant face à des défis énormes, sait bien Dan Biancalana. Le tout premier c'est de maintenir la "forte cohésion sociale" qui caractérise la vie associative de la ville aujourd'hui, mais qui cache parfois la réalité d'une partie de la population ayant du mal à joindre les deux bouts.

Les deux grandes lignes pour consolider l'existant sont l'indispensable développement économique dans une ville dont le premier employeur est aujourd'hui la commune (via la zone d'activités sur le site "Koibestrachen" et la création d'"une zone mixte "op Helper") et de continuer à "investir dans le logement durable".
Toute une série de projets de développement urbains sont planifiés. Le nouveau quartier "NeiSchmelz" "va façonner l'identité de la ville au cours des dix à quinze années à venir", prévient Dan Biancalana. Le futur éco-quartier à émissions neutres en CO2, s'étalera sur 36 hectares et doit permettre de construire près de 1.600 logements.
Les premiers logements, dont la majorité sera louée, devraient sortir de terre d'ici 2028, avait annoncé le ministre du Logement fin 2021. Réalisé sous la houlette du Fonds du logement, cet immense projet a un coût estimé autour de 500 millions d'euros pour l'État.

Le long de la route de Luxembourg, juste derrière la station Esso, le lotissement "A Belleg" prend forme depuis quelques semaines et verra se construire 180 nouveaux logements en plein cœur de Dudelange sous peu. Le tout jeune quartier de "Lenkeschléi" a vu pousser 250 nouvelles maisons et appartements et sa nouvelle école, crèche et maison-relais ont été inaugurés début 2021.
Autant de projets qui attirent de jeunes familles à Dudelange, mais qui sont synonymes de défi pour la commune. Elle doit planifier et construire de nouvelles infrastructures structures scolaires et d'accueil pour les enfants.
La commune est "sur le point de terminer dix unités de logements abordables près de Burange", "utilise son droit de préemption pour être co-lotisseur quand c'est possible", "a acquis des logements abordables à "Lenkeschléi" et va acquérir "17 logements abordables dans le lorissement "A Belleg"" via le Pacte Logement, cite le bourgmestre.
Mais "nous avons besoin de plus de logements abordables" et "surtout pour la jeune génération" qui peine à trouver un toit, pense le DP. Il propose la création de "logements pour jeunes actifs" et de "logements multigénérationnels". Le CSV préconise l'"achat par la commune de terrains pour le logement abordable".
Déi Lénk sont plus catégoriques et font deux pas de plus. À leurs yeux, "la commune doit acheter autant de terrains, d'appartements et de maisons que possible afin de devenir elle-même un acteur incontournable des logements abordables". Avec un objectif clair: Dudelange doit atteindre les "10% de logements locatifs publics à un prix abordable", sur son territoire. Le parti estime sur le site NeiSchmelz, "l'occasion de construire de manière plus efficace", c'est-à-dire "plus haut et plus dense par endroits", "a été manquée".

Déi Gréng défend l'idée de constructions à venir "à faible emprise au sol, c’est-à-dire plus haute et plus dense" et encourage "des formes d’habitat participatif" via lesquelles des habitants "s’organisent et construisent ensemble".
Pour l'ADR, la location de logements abordables communaux iront "en priorité aux jeunes de la commune" tout comme les logements sociaux et abordables seront d'abord loués "à des gens issus de la commune".
Très récemment, le 17 mai, les élus de tous bords ont présenté un Plan de mobilité durable pour Dudelange qui souligne l'apaisement du trafic en centre-ville grâce aux zones 30 et aux espaces partagés. Mais il met aussi le doigt sur de nombreuses faiblesses comme le trafic élevé sur les axes principaux, les barrières ferroviaires qui gênent la fluidité du trafic, les stations-services sur la route de Luxembourg qui attirent les poids-lourds et surtout le "trafic de passage élevé" des frontaliers français. Un jour de travail en semaine, le trafic frontalier pèse 19% de l'ensemble des déplacements. Soit 13.300 déplacements quotidiens de frontaliers.
D'ici 2030, Dudelange veut "augmenter de 60% les trajets des navetteurs en transports publics" qui passerait à 21.000 par jour (contre 12.600 aujourd'hui), promouvoir les services de partage, mais surtout "rendre la marche à pied plus attractive" (37% des déplacements se font déjà à pied dans la commune) et "augmenter de 120% les déplacements à vélo sur le territoire de la commune".
Pour délester le centre-ville, Dan Biancalana compte sur l'élargissement de l'A3 à 2x3 voies. La troisième voie destinée aux transports public et au covoiturage donnera accès à vaste projet de P&R à l'entrée de Dudelange, près de l'usine Husky.
Le DP estime carrément que "Dudelange étouffe dans la circulation" et promet "un concept de mobilité stable et efficace pour sortir de la situation actuelle de circulation chaotique". Il veut construire une "route de contournement du laboratoire national jusqu'à Buetschebuerg et éventuellement aussi de l'Eurohub à Burange".

Déi Gréng proposent de mettre en place "un plan de mobilité pour toute la ville" avec la collaboration ses citoyens et de nommer un planificateur communal de la mobilité pour prendre en compte la mobilité active dans chaque nouveau projet. Pour rééquilibrer l'utilisation de l'espace public, les Verts promettent de créer "autant de chemins séparés du trafic motorisé que possible pour les piétons et les cyclistes."
La question qui revient est celle de la cadence des trains entre Dudelange et la capitale. Le LSAP veut parvenir à "deux trains directs par heure" vers Luxembourg-Ville, mais sait bien que ce ne sera que possible en supprimant "tous les passages à niveau". La gare serait aussi réaménagée et un passage souterrain serait construit pour les piétons et les vélos. "Elle aura une toute nouvelle fonction de pôle d'échange", explique Dan Biancalana, avant de glisser que "ces enjeux vont au-delà des six prochaines années.
Tandis que l'ADR dénonce des liaisons "très limitées" et ne fait que le réclamer, le DP s'engage pour "au moins un train direct par heure entre Dudelange et la capitale".
Comme déjà mis en place dans d'autres grandes communes, le LSAP, promet un "Plan local de sécurité". Les socialistes misent sur les agents municipaux pour lutter contre les incivilités quotidiennes et surtout sur la construction d'un nouveau commissariat de police sur la place Fohrmann où se trouve le Match.
La sécurité "s'est massivement dégradée" à Dudelange "ces dernières années", s'alarme l'ADR qui promet de "revoir complètement l'architecture sécuritaire" pour "reprendre les choses en mains". L'ADR réclame "d'urgence plus de policiers" et estime que la commune "doit prendre ses responsabilités et soutenir la police grâce à une collaboration étroite avec des sociétés de sécurité privée".
Le DP veut une "police municipale" à Dudelange et faire installer des caméras de surveillance "à des endroits stratégiques". Il est, en même temps pour "un nouveau bâtiment de police bien visible".
Le CSV est plus sobrement pour "plus de présence de la police pour que les citoyens se sentent plus en sécurité".
Dudelange est "le" bastion du LSAP, seul parti à tenir les rênes de la ville depuis... 1946! Une situation unique au Luxembourg alors que les majorités se font et se défont dans les communes pour bousculer l'ordre établi. Le LSAP détient aujourd'hui dix des 19 sièges du conseil communal.
Six partis sont en lice ce dimanche 11 juin 2023 et la donne pourrait changer. Le DP, parti du Premier ministre Xavier Bettel, était absent des débats électoraux depuis 2005 et ses 3,73% de suffrages obtenus. Refondé à Dudelange en 2018, le DP refait surface! Emmené par l'ex-socialiste Marc Meyer et Sheila Schmit, le parti démocratique pourrait chambouler la donne politique si le LSAP ne parvient pas à garder ses dix sièges.

Le LSAP se présente avec un bilan solide mais contestable sur plusieurs plans, dont l'endettement communal qui a souffert du Covid. Le parti promet d'ailleurs pour les six ans à venir de "limiter les emprunts aux projets d'infrastructures de grande envergure". Les cinq membres du collège des bourgmestre et échevins repartent pour un tour, preuve de stabilité dans l'équipe. Mais, à moins de quatre mois des élections législatives se pose la question du destin ministrable de Dan Diancalana, co-président du LSAP, qui est aux manettes communales depuis décembre 2014.
Le CSV est le plus a même de faire vaciller la majorité vers une autre couleur que le seul rouge. Le parti chrétien-social estime qu'"un changement s'impose" et il est "prêt à prendre ses responsabilités". Déjà représenté par cinq conseillers communaux, la cheffe de file de l'opposition, Michèle Kayser-Wengler, a ouvertement critiqué la mauvaise gestion des finances communales.
Déi Gréng sont représentés par quatre tête de liste: Semiray Ahmedova, Monique Heinen (les deux conseillères sortantes), Denis Barthelmy et un nouveau candidat: Yves Steffen. Leur slogan: "Ça suffit avec la majorité absolue à Dudelange!". Leur objectif: renforcer leur présence au conseil communal où ils siègent à deux.
Déi Lénk sont conduits par Thessy Erpelding, seule conseillère sortante, et Carole Thoma. La Gauche prône un "Reset Dudelange", c'est-à-dire une remise à plat des choses.
L'ADR, conduit par Rosella Spagnuolo, s'engage pour une démocratie directe et promet que les Dudelangeois "décideront via référendum pour tous les projets importants qui influenceront directement leur qualité de vie".
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